‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 20 sur 97 · ÉCRIT SUR UN ÉVENTAIL · texte numérisé non relu

ÉCRIT SUR UN ÉVENTAIL

Il voit un papillon pâmé sur une rose

Et rêve tout à coup que, par métamorphosej

C'est Psyché qu'il voit là, sur la rose dormant.

« Oh! je t'aurai ! dit-il. Avançons doucement...

Je veux, qui que tu sois, prendre et baiser tes ailes.

En souvenir... » — Hélas! les papillons sont frêles ;

L'Amour et celui-ci furent des maladroits,

Et le dieu ne garda qu'une aile entre ses doigts!

a Bah! dit-il aussitôt, j'en ferai quelque chose!...

Sois heureux, papillon, de mourir sur la rose. »

Puis à l'aile fragile, il dit: <c Je te mettrai

Aux mains des femmes, comme un hochet préféré;

Tu garderas, du temps où, dans la rose close,

Zéphyre te berçait en balançant la rose,

Le don de répéter, au gré des mains mouvant.

Ce que murmure aux fleurs le soupir doux du vent;

Tu baiseras, sur les visages, le sourire,

La rougeur, une larme, et l'aveu que j'inspire.

Les lèvres, les soupirs, les yeux te toucheront,

Et tu seras le voile heureux, — du sein au front.

Va, parle, et sois discret, tendre, — au besoin sévère!

Adieu, vole et respire, ô mon œuvre légère! »

Tout en parlant, le dieu corrigeait maint détail: 11 avait grandi l'aile, et créé l'éventail.

Lc4 TETITE FÉE

UNE fée un jour, souple comme un fil, Grande comme une abeille, Petit corps de femme, esprit très subtil. Mignonne merveille.

Dit au papillon: « Beau coursier léger,

11 faut que je te dompte !

Je veux aller haut, sans peur ni danger; Descends, — que je monte!

« Je veux être aimée, au-dessus des fleurs,

Dans la brise embaumée-, Sur ton aile frêle aux mille couleurs, Je veux être aimée! »

— cJe t'aime! lui dit le beau papillon.

Si tu veux, je t'enlève!

Sur mes ailes d'or et de vermillon, Partons dans un rêve!

LA PETITE FÉE ff

((' Mon duvet demeure et n'est point gâté,

Quand c'est toi qui le touche!

Suis-je pas l'amour et toi la beauté?

Monte, fine mouche!

u Mets, deci delà, sur mon dos soumis.

Tes fines jambes nues ; Sois mon amazone, et montons unis Au pays des nues! »

— «Non, non, je veux plus, je veux plus encor,

Dit la petite femme; Mon fardeau n'est rien sur ta poudre d'or :

J'ai le poids d'une âme! i

« Non! j'aurai trop peur, si tu n'es sellé j

Comme un cheval de race;

Non... je tomberais du coursier ailé... -

Sois de bonne grâce! » i

— «Moi, je ne veux pas! » — «Et moi, je le veux! » \

L'amoureux se décide! :

Et la fée a pris un de ses cheveux, *

En a fait la bride. ;

La fée a forgé l'étrier, le mors, '*

Ne sais de quelle chose; ^

Elle a mis la selle à ce petit corps, j

En feuille de rosel s

Une jambe ci, l'autre jambe là:

« Hue, amour! » lui dit-elle; Mais un papillon, — apprenez cela, — Meurt quand on le selle!

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