‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 21 sur 97 · LE DRAGON ^J · texte numérisé non relu

LE DRAGON ^J

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QUI vive? — Vingt-deux ans! officier de dragons; Je ne sais quoi d'enfant, malgré la haute allure; Amoureux d'une longue et noire chevelure. Car les brunes toujours charment les hommes blonds.

Il dit à son cornette un soir: « Mon camarade, Demain le régiment passe par là... » — « Demain, Pour la parade? » — « Oui, tiens mon cheval en main. » Ces amoureux sont tous des soldats de parade I

Cordieul les bons moments sont courts, surtout la nuit! L'aurore a réveillé le beau couple, un peu pâle; C'est vrai qu'il a, ce blond, je ne sais quoi de mâle!... Debout! — Elle se mire au casque d'or qui luit.

Mais elle l'a posé sur un fauteuil, bien vite,

Dès qu'ils ont entendu le clairon, les tambours!

«Un baiser, le dernier!... Encore! — Adieu! — Toujours! »

Une fanfare éclate, et la vitre en palpite.

«Vois là-bas... mon cheval!. ..Laisse-moi. — Non,encorl » O charme indénouable! Oh! les bras d'une femme! Mais le casque sonore a roulé dans la flamme... La flamme a dévoré les crins du casque d'or.

Et tandis qu'il le tient dans sa main consternée. Elle déjà, debout derrière son amant, Coupe sa chevelure, et lui dit simplement : « Me pardonneras-tu de te l'avoir donnée? »

Elle noue, elle fixe au fond du cimier creux La lourde chevelure en torrent ruisselante. Lui, court, saute à cheval... Elle, rêveuse et lente. Suit d'un regard sans fin le superbe amoureux.

Non, jamais fier dragon n'a, de plus fière mine, Pressant un cheval fou dans ses genoux nerveux. Secoué, plus pareille à de pesants cheveux. Sa crinière à lonss flots inondant son échine!

Aussi, lorsqu'il tomba, vaincu comme un vainqueur. Trois mois plus tard, un soir de deuil et de carnage, Les cheveux de son casque, épars sur son visage, Etaient rougis d'un sang qui sortait de son cœur!

ADAM TRAHI f^

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Lorsqu'Adam eut mangé du fruit offert par Eve, Le moment qui suivit fut triste infiniment ; Ils s'éveillèrent nus, honteux, — comme d'un rêve, De l'éternel bonheur perdu dans un moment.

Ils couvrirent leurs corps de feuilles enlacées, Et s'assirent muets, seuls, n'osant plus se voir, Agitant dans leurs cœurs de mortelles pensées, Nommant déjà l'amour père du désespoir.

Ils ne virent plus Dieu, quand Dieu vint les maudire Ils ne connurent plus l'Éternel — qu'à sa voix; Le paradis avait cessé de leur sourire; La colère de Dieu leur criait: « Je vous vois! >»

Alors, Eve croisa ses mains sur sa poitrine Et sous ses longs cheveux resserra tout son corps; Adam baissa le front sous la haine divine, Voulut pleurer sur Eve... et fit de vains efforts!

« La femme souffrira beaucoup pour être mère... Je vous affligerai dans vous et vos enfants... Ton pain sera trempé dans ta sueur amère... Vous ne reverrez plus l'Éden, — je le défends! »

Dieu dit, et les poussa vers la porte gardée Qui menait à la terre, aux douleurs, aux travaux. L'archange, qui tenait la flamboyante épée, Indiquait le départ et les chemins nouveaux.

Et le couple marcha, courbé, vers la sortie; Ils portaient sur leurs reins les malédictions, Et dans leur pauvre chair, pourtant anéantie, Tout le faix de douleurs des générations.

Oh ! qu'ils devaient souffrir dans leur chair, dans leur âme, Pales, en descendant les pentes de leur sort!... De tous les maux humains la source était la femme: Elle allait enfanter pour Tamour et la mort!

Or en passant le seuil où se tenait l'archange, Le châtié, déjà de sa honte vainqueur, Sentit contre Dieu même une puissance étrange: 11 prit une main d'Eve et la mit sur son cœur.

Mais elle, sans répondre au cœur qui la rassure, A vu déjà sans peur le glaive flamboyer... Elle lisse du doigt sa blonde chevelure, Sourit à l'ange et pense: « Oh! le bel officier! »

LE CHEVEU d'or 6l

LE CHEVEU WK

F LAVA GERES. Couleuf du blé. Un de ses cheveux d'or filé Au vent joyeux s'est envolé.

Elle, qui n'en sait rien, surprise, A ri d'une manière exquise, Croyant que je suivais la brise!

Aux fils de la Vierge pareil, Irisé, transparent, vermeil.

Il ondulait dans le soleil.

Or, il s'arrêta de lui-même

Sur un rosier, l'honneur suprême

Du jardin de celle que j'aim.e.

Et parmi les roses perdu.

Comme un fil de harpe — tendu.

Chanta, de mon cœur entendu.

Rendant un son si fin, si tendre.

Que je n'osai plus ni le prendre.

Ni remuer, — afin d'entendre.

Or, un petit papillon blanc (Peut-être une àme), en s'envolantj L'a rendu libre, à l'air tremblant.

Je me remets à sa poursuite;

Mais il va vite, il va si vite.

Que mon pauvre cœur en palpite.

Le vent fraîchit. Nous bondissons.

Tout le jardin a des frissons, Et je me déchire aux buissons.

Mais je l'aurai, coûte que coûte; Allât-il aux astres, sans doute J'irai! s'il me montre la route!

Car c'est un rayon de beauté, C'est un peu de For enchanté De la chaine d'éternité,

Un de ces fils d'or et de soie Que l'amour divin nous envoie.

Pour nous tisser les jours de joie !

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