‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 25 sur 97 · LA JALOUSE · texte numérisé non relu

LA JALOUSE

Loi JcALOUSE

JE te plains d'être aimé d'une femme jalouse, Pauvre enfant 1 je te plains surtout de l'aimer trop; C'en est fait; l'éternelle angoisse est ton épouse, Le soupçon ton geôlier, ton juge et ton bourreau. Ta vie est un cachot, ton cœur est une proie: Tu n'éviteras pas ce furieux destin, Et même aux jours d'été tu reverras sans joie Le soleil, — l'éclat frais et calme du matin. Tous ces plaisirs légers qui consolent les hommes, Qui, te mettant au cœur l'aile d'un jeune dieu, Te faisaient voltiger sur tout ce que nous sommes, Ils ne sont plus pour toi, tu peux leur dire adieu. Tout ce qui s'envolait de ton cœur : fin caprice. Chansons de bengali, rêves de papillon.

Il faut que tout cela tombe à terre et périsse : L'abeille est écrasée avec un poids de plomb ! Adieu le charme heureux du divin laisser-vivre! Adieu la liberté du génie, et l'orgueil! Ton cœur, plus feuilleté du doigt qu'un mauvais livre,

Toujours ouvert, sera toujours guetté de l'œil.

Les enfants, les oiseaux, toutes les belles choses,

Rien n'éveillera plus en toi l'écho divin;

Tu n'auras plus le droit de regarder des roses;

Des vierges passeront : tu seras jeune en vain.

Tu n'auras plus le droit de rire à des jeunesses,

Ni de payer d'un mot celles qui te riront ;

Et, pour finir, — car il faut bien que tu connaisses

De quel signe l'amour vient de marquer ton front,

Dans le vaste univers tu verras tout sans charme,

Et, buvant un poison à la source du jour.

Tu maudiras, avec des sanglots mais sans larme.

Les amours de ta mère au nom du grand amour!

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