LE LAURIER-ROSE
Dans les torrides mois d'été,
Lorsque juillet flamboie, Tu fais au regard enchanté Épanouir tes fleurs de joie.
Quand tout jaunit d'un or pareil
Dans toute la nature, Alors toi seul dis au soleil Le rose frais dans la verdure.
L'autre rose, fleur du rosier,
Ne sait pas si bien dire Comment, ô mon divin laurier, L'amour tue avec un sourire :
La rose, c'est la fleur d'un jour
Qui parfume et qui tombe ; Tu dis, toi, l'éternel amour, Toujours verdissant sur la tombe.
L'épine des roses de Mai
Fait aux doigts des blessures; L'amour, ce maudit bien-aimé, Blesse avec des armes plus sûres!
O laurier calme et triomphant,
Ta fleur, pure et charnue, Pâlit, rougit, comme une enfant Un peu honteuse d'être nue.
Ta feuille lisse^ fièrement
Se dresse en fer de lance, Prête à blesser au cœur l'amant.
Soit qu'il ose ou pleure en silence;
Et dans tes feuilles, dans tes fleurs^
Mortelle vit ta sève.
Qui donne d'étranges pâleurs Et qui peut tuer dans un rêve.
Fleuris-tu? lasse de souffrir.
Renaît l'àme abattue; • Maist'aimer trop ferait mourir :
Ton amer secret charme et tue.
Et voilà bien l'amour, voilà La mort sous un sourire; La fleur est belle, cueillez-la...
Il meurt, celui qui la respire.
Tels, souvent roses, verts toujours.
Vous portez, lauriers-roses.
L'éternel secret des amours, Vie et mort de toutes les choses.