‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 27 sur 97 · AMOUR ANTIQUE · texte numérisé non relu

AMOUR ANTIQUE

c4M0U\ c4C^TIQUE

UN mal par qui l'esprit est tristement gâté, Un mal contagieux, c'est toi, Mysticité, Qui donnes aux cerveaux l'angoisse de la fièvre. Et fais que tes rêveurs vont remuant la lèvre, Parlant tout haut, faisant des gestes en chemin. Ah! prenez-moi plutôt un hoyau dans la main, Et cherchez un trésor absent, pour que la sève Circule en votre corps plus vive, et que le rêve, A cette heure où le soir se meurt aux horizons, Ne vous transforme pas les parfums en poisons Alanguissants et doux, mais mortels à votre âme. Prenez aux crins, montez des chevaux pleins de flamme Domptez-les de la main, du pied et des genoux ; Escaladez des pics, voyagez, tuez-vous ! Mais ne vous laissez pas expirer, maigre et pâle, L'œil sur vos éternels couchants d'or et d'opale.

11 faut qu'un jeune amant soit fort et courageux Et que des grands périls il se fasse des jeux.

8o LE LIVRE d'heures DE l'aMOUR

Je voudrais que jamais rien ne pût le surprendre,

Et que, sans hésiter, il sût, comme Léandre,

Si l'Hellespont jaloux le séparait d'Héro,

L'oeil sur la tour qui luit, tranquille, entrer dans l'eau,

Dans la mer oij les vents ennemis feront rage,

Où des monstres hideux le suivront dans l'orage,

Et seul, tout nu, lutter contre les flots sans fond...

Rien ne l'étonné ; il va. La lame sur son front

Passe et repasse; il boit par instants l'onde amère,

-Mais il est sans horreur sacrée et sans chimère;

11 écarte parfois ses cheveux de ses yeux;

Lorsque le flot gonflé se dresse vers les cieux,

11 s'élève avec lui, balancé sur la cime.

Puis redescend après au profond de l'abîme....

Sa lampe d'une main, de l'autre soulevant

Sa robe à larges plis pour l'abriter du vent,

Héro l'attend. Voici qu'il arrive. Elle essuie

Son corps d'où ruisselait la mer comme une pluie,

Et lui dit : « Te voici bien souffrant et bien las,

« Mais viens, viens oublier tes travaux dans mes bras! »

LA FILLE DU LÉPREUX 8l

Lc4 FILLE VU LÉT\EUX

QUE fais-tu donc, ohéi la belle fille > Cria le cavalier d'abord...

— Moi? je ramasse du bois mort.

— Quoi! toute seule, et si gentille!

— Monsieur, passez votre chemin.

— Monte sur mon cheval, la belle :

Car ce fagot est lourd! — Oui, lui dit-elle.

Tendez Tétrier et la main.

Ils vont tous deux dans la forêt profonde.

— Ma foi, mon fagot n'est plus lourd!

— Ah! que le chemin paraît court A côté d'une belle blonde!

Au milieu du bois l'amoureux

Voulut embrasser la petite...

La belle enfant se détourne et l'évite :

— Je suis la fille d'un lépreux!

82 LE LIVRE o'HEL'REb ÛE l'aMOUR

Le cavalier qui la pressait, la lâche!

Mais au sortir du bois fleuri.

Comme elle a ri ! comme elle a ri !

— Qu'as-tu? dit l'autre qui se fâche.

Elle, fidèle à son amant, S'en va disant, leste et coquette :

— Mon bon monsieur, quand on tient la poulette. Il faut la plumer vivement!

l'art vaincu 83

Vz4\T VçAID^CU

LA beauté, par notre art est en vain poursuivie I Rien n'est beau, n'est puissant, n'est vivant que la vie. Ce qu'on écrit n'est rien, rien ce qu'on a sculpté; Et j'ai senti le vrai de l'art, et tout le charme, Le jour où par vos yeux dans le rêve emporté, Après les avoir fait plus brillants d'une larme. Avec un mot, un vers sans doute mal chanté. J'ai fait sourire en vous la Vie et la Beauté.

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