‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 28 sur 97 · EC^VEZ-V0US · texte numérisé non relu

EC^VEZ-V0US

J'y viendrai, dit-elle^ demain. »

— «La grotte est un nid d'hirondelle.,. En connaissez-vous le chemin? »

— « Expliquez-le-moij » me dit-elle.

— « Allez d'abord au carrefour

Où six sentiers croisent leurs lignes... »

— « Et lequel prendre, mon amour r Ils sont tous pareils, dans les vignes. »

— « Ma chère, le petit Poucet Sema des miettes sur sa route... »

— «Une bande d'oiseaux passait, -^ Interrom.pit-elle; — «Oh! sans doute,

« Mais il sema de fins cailloux.

Et moi, pour les frêles bottines, Sur le sentier du rendez-vous Je jetterai des églantines. »

RENDEZ-VOUS 8f

Au carrefour des six sentiers Quand vint la reine des jolies, Elle vit bien des églantiers Mais point d'églantines cueillies.

Et des fillettes, des garçons, Tout là-bas, avec des poussées.

S'arrachaient, parmi les chansons, Mes églantines ramassées.

Méchants enfants! petits voleurs!

J'ai pleuré dans la grotte ombreuse...

...C'est parce qu'ils m'ont pris ces fleurs, Que j'ai perdu mon amoureuse!

VHI\O^T)ELLE

kA mon cheval.

REBELLE au mors d'acier secoué dans ta bouche, Cabri, cheval rapide aux jambes de fuseaux, Te voilà bondissant comme un chevreuil farouchc; Parce qu'une hirondelle a frôlé tes naseaux !

Connais du moins ma voix, cheval déjà fidèle ! Là, là, calme ta peur, ta vitesse et ton sang... Ne le voyais-tu pas? ce n'est qu'une hirondelle! Ou bien, fou, croyais-tu la suivre en bondissant?

Regarde, mon cheval : la voici qui repasse, Parmi d'autres, en rond, avec son cri léger... C'est l'esprit familier du grand, du libre espace : Elle ignore la halte, et son vol fait songer.

'hirondelle 87

Ni mes pieds ni les tiens n'iront où vont ces flèches, Car, vois, on dirait bien des flèches en trident! Elles viennent et vont, traversant les mers fraîches, Des hivers d'orient aux étés d'occident.

Le noir du bois d'ébène et le blanc de l'ivoire Tachent également leurs ailes et leurs flancs; L'azur des nuits d'été luit dans leur plume noire, Leur ventre pur est blanc comme les matins blancs.

Calme-toi, mon cheval : tes beaux pieds n'ont point d'aile ! Mais, va, le ciel lui-même est prison aux oiseaux... Sais-tu, volant sans fin, ce que fait l'hirondelle Et pourquoi celle-ci t'a frôlé les naseaux?

Pour elle, pour son nid elle cherchait fortune. Et, le bec grand ouvert, aspirait en plein vol Le moucheron cruel et la mouche importune, Car son nid et l'amour la ramènent au sol.

Et sais-tu, mon cheval, ce qu'elles rêvent toutes? C'est ce nid où leurs becs peuvent s'entrecroiser. C'est un nid de limon pétri gouttes par gouttes. Et ce serait des pieds plus hauts, pour se poser!

Aux poules de l'étable elles portent envie; Elles voudraient courir et picorer en bas; L'espace, qui nous tente, importune leur vie!... Elles voudraient marcher, et ne le peuvent pas!

88 LE LIVRE d'heures DE LAMOUR

Làj làj calme ta peur, ou ton désir vers elles... Retourne, mon cheval, d'un pas tranquille et sûr, A ce toit désiré même des hirondelles Que lasse infiniment le désert de l'azur!

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