‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 31 sur 97 · L'ÉTOILE · texte numérisé non relu

L'ÉTOILE

ET quand on la lui donnerait, L'étoile, l'étoile qui brille, Dites-moi ce qu'il en ferait, Puisqu'il aime la jeune fille?

J'étais perdu dans les grands bois, Au flanc de la montagne,

Et je n'entendais plus la voix

Qui toujours m'accompagne.

Il faisait nuit, tout était noir.

Oh! les étoiles blanches!...

J'allais au hasard, sans espoir,

Déchiré par les branches.

A travers le bois, tout à coup.

Je vis une lumière.

En avant! marchons jusqu'au bout.

Dans la ronce et la pierre.

lOO LE LIVRE DHELRES DE LAMOUR

Les arbres cachaient tour à tour, Montraient la lueur pâle...

O feu d'espoir! 6 feu d'amour Soufflé par la rafale!

Serait-ce le feu d'un berger

Ou de quelque chaumière?

Et je méprisais le danger, Ayant cette lumière.

Le boiSj au sommet découvert.

S'écarta comme un voile,

Et je vis que, dans un désert.

Je suivais une étoile !...

Et quand on la lui donnerait, L'étoile, l'étoile qui brille, Dites-moi ce qu'il en ferait, Puisqu'il aime la jeune fille!

LA FLEUR lOI

Lc4 FLEU\

L'arbuste dépassait la muraille un peu haute. Je dis à mon cheval : « Les belles fleurs, Cabri! » La fleur était d'or pourpre, et je commis la faute D'attirer jusqu'à moi le brin le plus fleuri.

Droit sur les étriers, je maintenais la branche, Et Cabri, le nez haut, la mordillait un peu. Comme la rose est rose et l'aubépine blanche, Rouges étaient ces fleurs sur leur buisson de feu!

Je songeais : « Bien plus belle est la plante inconnue; La nouveauté nous semble une fleur dans les fleurs... De quel rivage ardent, fleur d'or, es-tu venue Ouvrir sous mon soleil tes étranges couleurs ? »

Poètes oublieux du siècle qui vous raille,

Vous les croyez à vous, les prés, les fleurs, les bois?..

Une tête apparut par-dessus la muraille :

« Voulez-vous bien laisser mes fleurs! » dit une voix.

Tu m'arrêtes à temps, sage propriétaire!

Sans toi, j'étais l'égal des vulgaires voleurs...

Aïa, Cabri ! cherchons un lieu plus solitaire :

Cet homme a trop raison, viens, laissons-lui ses fleurs.

Hep, hep! aïa! fuyons la voix qui m'injurie!

Pars, cours, bondis, fuyons, au hasard, devant moi !

Sous ton maître oublié galope avec furie!

Sois libre, ô mon cheval, fais-moi libre avec toi!

Emporte-moi joyeux dans l'oubli de ces hommes, Dans le pays sauvage où nos rêves bercés Foulent, sans rien savoir de la terre où nous sommes. La fleur d'or de l'amour sous des pieds cadencés.

LE PAPILLON lO^

LE TcATILLOC^

JE suis le papillon, je porte sur mes ailes Un pastel délicat qu'un souffle enlèverait... Si vous m'aimez un peu, mes belles demoiselles, Écoutez mon secret :

Je reviendrai souvent danser sur vos pelouses, Et réjouir vos yeux par mes belles couleurs... Si vous m'aimez un peu, ne soyez pas jalouses Des autres fleurs, des fleurs.

Le frisson de mon ailé ira sur votre bouche Courir et se poser comme un baiser d'amant... Mais je suis papillon : n'aimant pas qu'on me touche, Fidèle librement.

Si vous voulez me voir un peu de temps encore, N'étendez pas vers moi votre filet soyeux : Un papillon captif vite se décolore,

Triste au cœur, triste aux yeux.

Pourtant, si vous voulez, je peux, tant je vous aime, Perdre en vos mains mes feux et mon éclat d'un jour, Et dans vos doigts déçus, m'abandonnant moi-même, Mourir de votre amour.

L AMOUR lOf

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