LA PERLE
Lc4 TE^LE
UN grand béret Van Dyck sur cette blonde tête, Oh! si blonde! est fixé par une épingle d'or. Patricienne, elle a daigné voir ce poète, Mais comment l'aime-t-elle? il n'en sait rien encor.
La fière épingle semble une flexible tige
Où, de rare grosseur et de pur orient,
Entre cinq griffes d'or, comme une fleur, s'érige
Une Perle. — Lui, cause; elle, écoute en riant.
Très correct, le cocher, un vrai serf de Russie, Fier de ses deux chevaux, n'a des yeux que pour eux.
— «Est-ce une passion? Suis-je une fantaisie? » Question. — Elle voit qu'il est très amoureux.
lis sont blottis au fond de la voiture ouverte.
— «Et, nous allons?» — «Au bois.» C'est un beau soir de mai. Tout là-bas, quelque part, dans l'ombre pâle et verte. Un rossignol redit le bonheur d'être aimé.
l^O LE LIVRE DHEURES DE LAMOUR
Sous les lueurs de lait d'une nuit diaphane,
La Perle triomphale apparaît par moment
Comme un rayon de lune au front blanc de Diane...
— «Quel joyau!» dit-il. — « Oui,... j'ytiensinfiniment! »
— « Ah ! » fait-il. Il se sent comme un frisson dans l'âme ;
— « Si je la demandais?... » murmure-t-il tout bas ;
— « Sachant comme j'y tiens, répond la jeune femme, La demanderiez-vous? non!... » — Il ne répond pas.
On roule doucement sous l'arceau frais des branches; ■ Paris, comme une mer qu'on entend sans la voir, ^
N'est qu'un bruit. Çà et là, formes vaguement blanches, Des couples enlacés se perdent dans le noir.
Pourtant l'obscurité leur semble solitaire; Et voici qu'elle sent sur elle se poser L'audacieux désir qu'enhardit le mystère... Il dit un mot bien bas qu'il achève en baiser.
Et tandis qu'immobile et tête renversée
Elle accepte ce long baiser silencieux,
L'Epingle, — dans les lourds cheveux blonds mal fixée, —
Glisse et tombe. — L'amour passe: on ferme les yeux.
Puis, leur âme, un moment enfuie, est revenue. L'heure sonne. Il est tard. — «Retournons, voulez-vous?" Or, lui, rêvant encor, voit qu'elle est tête nue... Où donc est ce joyau qui le rendait jaloux?