‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 48 sur 97 · RÉPONSE A LA QUESTION I · texte numérisé non relu

RÉPONSE A LA QUESTION I

Un trompeur toujours venge Lui-même ou ses amis...

Ahl je vous trompe? — Échange Permis!

Ou, que sait-on? Je cache Un espoir, le meilleur, Sous ce pli de moustache Railleur.

Peut-être ai-je un mystère Sous mes paravents d'or!

Un amour qu'il faut taire Encor,

Et l'ironie est toute Pour mieux faire ignorer L'amour vrai que j'écoute Pleurer!

... A moins que ce mot même Soit là pour faire bien, Pour rire!... ou pour qu'on m'aime!...

Pour rien!

LES "BILLErS VOUX

Qu'importe à mon cœur fidèle, Un vain signe qui périt?

Ce que je sais garder d'elle Ne se dit ni ne s'écrit...

Que les lettres parfumées.

Que les billets émouvants De toutes les bien-aimées S'en aillent à tous les vents?

Bien imprudent qui les garde 1 Vite au feu, si c'est l'hiver!

(L'écriture est trop bavarde) Au vent, si c'est en plein air!

Consumés, une âme brûle Dans leur forme, entière encor; Une étincelle y circule.

Astre de feu, lampe d'or.

LES BILLETS DOUX Ifl

Et ravive chaque lettre,

Et l'amant, rêveur, croit voir

Le signal, — à la fenêtre

Qui s'ouvrait pour lui, le soir.

Déchirés, — le vent disperse Les mille petits morceaux, Dans le soleil, sous l'averse.

Sur les fleurs et sur les eaux.

Chaque morceau qui s'envole N'emporte qu'un demi-mot.

Parfois toute une parole; L'un tombe et l'autre va haut.

Quelquefois en plein espace Tous volent en tourbillons :

Un papillon blanc qui passe Les prend pour des papillons.

J'en ai jeté dans les haies,

Sur l'églantier frémissant

Dont les fruits semblent des plaies

Dans les épines en sang!

J'en ai jeté dans la Seine En passant le pont des Arts; Ils y tombaient par douzaine Suivis de bien des regards;

Étudiant, jeune filie, Admiraient, d'un air joyeux, Comme un secret s'éparpille. Sous le regard de tant d'yeux I

Sur le pont des grands navires J'en ai lancé dans la mer Aux innombrables sourires Nés des caprices de l'air...

Mais j'aurais dû prendre garde !

11 s'en échappe toujours :

Quelqu'un toujours nous regarde Pour deviner nos amours.

Et l'autre matin encore,

En visitant le doux nid,

Où les œufs sont près d'éclore,

D'un rossignol mon ami.

J'ai trouvé, dans le nid même, Un brin de papier subtil.

Et ce mot lisible : ... t'aime, jMêlés à des brins de fil !

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