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LA FOSSETTE

Lc4 FOSSETTE

QUAND tu souris, mon amoureuse, Une fossette, là, tout près Du coin de ta bouche, — se creuse, Et je te fais sourire exprès.

Plus creuse est la feuille de rose Que, sur la joue aux tons pâlis, La fossette où mon cœur se pose Comme une abeille dans un lys.

Mon désir sans cesse y voltige.

Car, — plus loin que nous ne voyons, Mon esprit y suit le prodige D'une fleur d'ombre et de rayons I

Qui naît, — grâce toute puissante, — D'un frisson, d'un mot dit tout bas!

Et que l'on sait là, même absente, Et qui, même en étant, n'est pas!

O charme indicible de vivre!

Qu'est-ce donc que ce pli de chair, Fine coupe oii l'amour s'enivre.

Exquis néant qui m'est si cher!

Je puis, durant de longues heures, La contempler sans me lasser; Et mes voluptés les meilleures.

C'est de mettre là mon baiser.

Ce pli suave, à ton sourire Donne je ne sais quoi d'enfant...

Qui le peindrait? Comment le dire L'art est vaincu; Dieu, triomphant!

Grandes puissances de la vie, Dites-moi, com.ment faites-vous.

Pour y prendre une âme ravie, Un piège si faible et si doux!

Vous qui travaillez sous des voiles, Qui faites, dans les firmaments.

Des chemins tout sablés d'étoiles Pour le rêve ailé des amants.

Oh! comment mettez-vous encore Tout l'amour, tout, sans l'épuiser, Dans cette fleur que fait éclore Un sourire sous un baiser!

A LA MÊME I^f

qA Lq4 éMÉiME

QUAND tu souris, près du coin de ta bouchC; Une fossette, — autre sourire, — naît... Souriez donc, ô petite farouche!

... Voici la fleur que ma lèvre connaît.

Voici la fleur de chair, ombre et lumière, Qu'un mot ranime et qu'un mot fait mourir!... J'aime baiser la place coutumière Où je sais bien qu'elle va se rouvrir.

Or, ce matin, — vois quel est mon caprice 1 — Je veux l'emplir de baisers jusqu'au bord, Comme s'emplit de rosée un calice...

Donne ta joue où ce mystère dort.

Mais les baisers sont d'essence subtile, Toujours naissants et jamais épuisés :

Un n'y tient pas plus de place que mille... Toute fossette est un gouffre à baisers 1

IfÔ LE LIVRE d'heures DE l'aMOUR

Et qui voudrait la combler « à rasette, » Devrait d'abord vivre éternellement...

Nous essaîrons... Tu vois donc bien, fossette. Que j'ai juré de mourir en t'aimant.

JAMAIS PLUS lf7

Jc4é7^fo4lS TLUS

CE recoin d'ombre, au lit obscur de la rivière, Nous y sommes venus tous les deux, elle et moi. Nous étions là, perdus, si loin de la lumière. Qu'elle me dit: «Partons!... » Je répondais: «Pourquoi?»

Des ronces sur nos fronts s'entrelaçaient en voûte: Doux coin d'ombre, où l'amour ose seul pénétrer!... Hier, ma bien-aimée en a repris la route Bien qu'elle sût ne pas devoir m'y rencontrer.

Des amoureux, tout peut surprendre, et rien n'étonne! L'amour, qui rend si bête, est un esprit subtil. Seule, elle a voulu voir, bien que ce fût l'automne, Le nid des rendez-vous et les sentiers d'avril!

Et, bien qu'un vent d'orage attristât la nature. Chassant de tous côtés la feuille en tourbillons, Ma rêveuse a posé les fleurs de sa ceinture A la place chérie où nous nous asseyions.

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Et quand elle m'eut dit ces étranges pensées, Vite, moi, j'ai couru pour voir les fleurs d'amour Sachant bien que le vent les avait dispersées!... Que rien n'est jamais plus de ce qui fut un jour!

LE CHER PARFUM l^^

LE CHE\ TcA^FUéM

TA joue est un fruit velouté, Ta lèvre une ferme cerise; Ton souffle, un soupir de la brise Où se joue un parfum d'été.

Comme elle sent bon, ta chair nuel Tes cheveux, d'eux-mêmes lustrés, Ont l'odeur d'une herbe des prés, Pénétrante et fine, — inconnue.

Tout sent bon en toi; tout autour De ton corps pur, ma bien-aimée. Languit une odeur innommée.

Où flotte pour moi tout l'amour.

De tous les parfums qu'on connaisse.

Aucun par moi n'est mieux perçu, Que celui-là, qu'à ton insu Dégage ta pure jeunesse.

l6o LE LIVRE d'heures DE l'aMOUR

Loin de toi, dans mon cœur aimant, Parfois il s'élève en bouffée...

Ma vie en est comme étouffée.

Et j'en meurs... mais si doucement!

Cette odeur, je t'aspire en elle; Ce parfum, pouvoir enchanté, C'est tout l'esprit de ta beauté, C'est ton âme matérielle...

Quand il n'est pas là, je me meurs; Sa présence oppresse et m'étouffe...

Ton souvenir est une touffe D'invisibles lilas en fleurs.

Je les sens; leur âme odorante Autour de moi vient voltiger, Et mêle son adieu léger A mon âme en elle expirante.

Quand elle passe, je te vois; Cette odeur suave, ohl si bonne !

M'apporte toute ta personne.

Tout ton être et jusqu'à ta voix!

Es-tu là> Cette odeur s'ajoute Au charme dont je souffre, heureux; Trop subtile, — oh! les amoureux! - Pour que je puisse t'avoir toute!

LE CHER PARFUM l6l

... Ouij comment toute te saisir? Même près de toi, mon aimée, Je sens cette absence embaumée Dont se meurt l'immortel désir!

NE te plains pas du temps qui passe et nous dévore; Dans le compte mieux fait de tes jours révolus, Un souvenir de joie est une joie encore : Celui des maux passés est un bonheur de plus.

LE LIT DU TORRENT îÔ^

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