UN BOUQUET A CHLORIS
Le cœur me faille, et pourtant je commande Qu'il soit vendu, pourvu qu'il reste au loin, Ne voulant pas, dans ma misère grande, D'un tel passé voir le triste témoin...
Il est vendu! mais il sied, comme on pense, Que ce ne soit pour de vilain argent... Pauvre cheval! voilà ta récompense D'avoir servi l'amour tant exigeant!
... Ghloris, voici roses rouges décloses. Bouquet d'hiver, chèrement acheté!
Où vous pourrez connaître, au teint des roses. Le prix fatal, de pourpre ensanglanté!
lyO LE LIVRE D HEURES DE L AMOUR
LE LILc4S "BLoA^NiC
LES arbres du bois se plaignaient entr'eux. Du verglas partout. C'était en décembre. Mais un feu de joie éclairait la chambre. Et c'était printemps pour les amoureux.
En venant ici, la belle était triste, Car ses pieds mignons battaient le verglas; .Mais j'étais allé chez un bon fleuriste, Qui m'avait vendu ce brin de lilas.
« Ce brin de lilas, mignonne, disais-je, Au parfum puissant quoique si subtil, Feuillage vert-pâle et thyrse de neige, Suffit à changer décembre en avril. »
Elle répondait: « Cette odeur suave, En tout temps, partout, je l'ai dans mon cœur. Et moi, me sentant beaucoup trop esclave, Je la regardais de mon air vainqueur!
LE LILAS BLANC IJl
Elle respirait la légère branche.
Sa bouche, au milieu, s'épanouissant.
Riait au travers de la touffe blanche, Parfum de lilas et rose de sang!
Alors, attiré par cette fleur double,
Je sentis mon souffle errer vers le sien.
Et tout le printemps passa, comme un trouble.
Dans mon cœur, oui tout : le futur, l'ancien !
O lèvres! ô fleurs ensemble baisées!...
Et ces pâles fleurs, expirant tout bas. Entre deux soupirs de joie écrasées, Rendaient à l'amour l'âme des lilas.
Et là, je sentis, dans l'odeur féconde. Que l'heure n'est rien, que le temps est un, Qu'on Ta tout entier dans une seconde, Et tous les lilas dans un seul parfum!
LES ÉTOILES FILoACHirES
ous me demandez ce que j'ai?
Je vous semble donc bien changé Depuis cette nuit d'août où nous nous rencontrâmes? Nous nous voyions alors pour la première fois.
Près de la mer aux grandes voix.
Sous un ciel plein de feux qui nous semblaient des àmeî
Comme elles brillaient vivement,
Les étoiles, au firmament, Dans cet azur de nuit pâle comme un visage!
Je me souviens, — souvenez-vous, —
Que le vent du soir était doux, Comme un aveu d'amour qu'on devine au passage.