‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 67 sur 97 · LASCIVA PUELLA · texte numérisé non relu

LASCIVA PUELLA

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LA jeunesse est une amanie Savante à nous agacer; Je l'aime, elle me tourmente, Et moi, je veux l'embrasser.

Je veux prendre par la robe La jolie enfant qui rit; Je cours, elle se dérobe, Et me raille avec esprit.

« Ne fuis pas si loin! j'arrive!

Je veux tenir un moment Ta frêle taille captive En un doux enlacement... »

J'effleure en vain ses épaules D'un baiser furtifl... Là-bas, Elle est derrière les saules, Et ne reparaîtra pas.

IVcALSE LEC^TE

A Léon Bouyer.

LA vierge file au mois d'avril Un fil soyeux, un léger fil, Dont les brins perdus, dès l'aurore, Flottent au soleil qui les dore.

Tournez, flottez, tournez encore, Fils légers, si fins et si longs :

C'est la walse des cheveux blonds.

Valse en chantant, jeunesse blonde; L'oiseau bleu, qui mène la ronde, Dit, au bord de son nid joyeux.

Qu'avril ne sera jamais vieux...

Pour saisir les fils d'or soyeux Des amours nus, en ribambelles, Courent après, battant des ailes;

WALSELENTE 211

Ils en feront de fins réseaux Où les cœurs pris — pauvres oiseaux — Ont si peur de rester fidèles!...

Tournez, fils soyeux, fins et longs; C'est la walse des cheveux blonds.

...Mais le soir vient, mélancolique :

Un rossignol dit en musique Que les fleurs toujours fleuriront; La neige des sommets réplique Qu'un jour, au cœur et sur le front.

Les hivers pâles neigeront.

Tournez, fils d'or, valsez en rond!

Au vent des nuits Avril frissonne; Tout là-bas une horloge sonne.

Et l'été? — C'est déjà l'automne!

L'horloge chante monotone, Et, comme les feuilles des bois.

Les heures tournent à sa voix.

Un coucou, froide mécanique, Chante à son tour:... c'est la musique Qui rend les plus forts tout tremblants! Il chante, lentement rythmique :

L'horloge du clocher réplique; C'est la walse mélancolique.

C'est la walse des cheveux blancs.

LE VIOLOUHi

QUAND rhumble violon, sous la main qui l'anime, Frémit, tremble, tressaille, et bondit en accords. Vous n'y pensez jamais, que son àme sublime Use ineffablement les fibres de son corps!

Vous rêvez; vous suivez les sons, chemins du rêve, Dont le caprice errant va, vient, tourne et s'enfuit. Monte comme la vague et se brise, — ou s'enlève Comme un oiseau de flamme en essor dans la nuit!

Vous rêvez! Cependant, lui, l'instrument magique, Où bat comme du sang l'harmonie aux grands flots, 11 sent bien qu'il se meurt, en donnant sa musique Faite avec de sa vie expirante en sanglots.

N'importe; vous voulez l'entendre? il n'est plus libre ! Il s'abandonne au dieu des amours éplorés, Et c'est pour vous qu'il chante et qu'il meurt, et qu'il vibre, Et qu'il voudra mourir tant que vous le voudrez.

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