‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 68 sur 97 · LE VIOLON · texte numérisé non relu

LE VIOLON

Parfois dans le torrent d'accords qui le secoue, Écoutez!... une corde a cassé brusquement! Mais voici que pressé plus fort contre la joue Il chante et pleure encor, le fragile instrument.

Et moij j'entends souvent, mystérieuse et frêle, Rompre et crier en moi, quand je chante mes vers, Une fibre profonde, — étrange chanterelle Dont l'adieu m'avertit des forces que je perds.

iMais quand tombe ma voix, mon regret la prolonge I Et désespérément de moi-même vainqueur Je donne tout l'accord de la vie et du songe En écrasant l'archet que j'ai mis sur mon cœur.

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ucuNE parole de sage Ne peut apaiser mes douleurs; Aucun mot n'arrêie les pleurs Qui baignent dans mes mains mes yeux et mon visage.

Des mots, des mots, rien que des mots! Les mots font des douleurs amères; Ils font des plaisirs éphémères, Mais aucun ne saurait nous guérir de nos maux.

Seule, la nature éternelle Dit ce qu'il faut en se taisant.

En faisant voir, dans le présent.

L'avenir, ce passé qui recommence en elle.

O terre, dis-moi qui je suis; Montre-moi ma fin et ma voie, Et quels sentiers vont à la joie, Sous l'ardeur des soleils, sous la fraîcheur des nuits.

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