AUBADE
cAWBcAVE
T^ouR voir comment un poète r Chantait son chagrin, Elle m'a tourné la tête...
Sonne, tambourin!
Pour voir comment une flamme
Se tordait, flambait, Elle a soufflé sur mon âme...
Sonne, galoubet!
Et mon âme est consumée.
Grand est mon chagrin...
La méchante bien-aimée!
Sonne, tambourin!
L'oiseau chantait dans Torage, L'arbre se courbait...
Voilà bien ma triste image!
Sonne, galoubet!
Qu'il est heureux, l'oiseau libre,
Dans le ciel serein !
O tambourin, sonne, vibre,
Sonne, tambourin I
On n'aimerait plus personne,
Si le ciel tombait!
O tambourin, sonne, sonne.
Sonne, galoubet!
DÉTRESSE IÇ
VÉTT^ESSE
QUAND j'arrivaij la nuit, seul, plaintif, marchant vite, Comme un fauve blessé qui regagne le gîte, Ayant fui tout à coup la ville, où j'ai laissé Les yeux dont la douceur tranquille m'a blessé, Quand j'arrivai, la nuit — nuit d'hiver glaciale, — Agitant ma pensée en feu sous mon front pâle, Les arbres, — et les murs qui bordent le chemin. Et qui m'ont vu jadis, petit, donnant la main, S'étonnant de me voir si tard, si solitaire. Me dirent: « Cependant que, captifs de la terre, Nous regardions tourner nos ombres à nos pieds, Dans quel bois marchais-tu, mon fils, par quels sentiers^ Pour avoir déchiré tes mains et ta poitrine? » Et lorsque je parvins au bas de la colline, La porte de l'enclos où j'ai joué petit Se dressa toute noire et fermée, et me dit : « La clef, qu'en as-tu fait> où donc l'as-tu perdue?» Et j'eus l'air de ne pas l'avoir bien entendue, Et je franchis le mur dont le faîte croula. Et mon chien dit : « Voleur, voleur! que fais-tu là ! »
l6 LE LIVRE d'heures DE l' AMOUR
Puis se coucha honteux en murmurant: « Oh! maître,
Vous êtes si changé! comment vous reconnaître! »
Et l'écurie, ouverte au souffle matinal :
« Je n'ai pas entendu le pas de ton cheval >
Est-il demeuré seul, au fond du précipice?»
Et la maison dit : « L'heure est au repos propice;
Ton serviteur est las : il a fait son devoir;
Que tu vinsses de nuit, il n'a pu le prévoir;
Vas-tu le rappeler de l'oubli, le pauvre homme?
... Qu'as-tu fait du sommeil? Laisse-nous notre somme! »
Alors, je m'arrêtai dans l'ombre, et je m'assis;
Et dans l'azur, les feux du ciel, clairs et précis,
Et, vers le sud, la mer, où nageait de la flamme.
Me crièrent: « Chanteur, qu'as-tu fait de ton âme?
Qu'as-tu fait de tes chants, de ton cœur, de l'orgueil ? »
Et je dis à la mer, au grand ciel, à mon seuil :
« Deux bras ont repoussé mes deux bras tout à l'heure,
Et je suis là, seul, pauvre, errant, — et sans demeure. »