‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 7 sur 97 · AUBADE · texte numérisé non relu

AUBADE

cAWBcAVE

T^ouR voir comment un poète r Chantait son chagrin, Elle m'a tourné la tête...

Sonne, tambourin!

Pour voir comment une flamme

Se tordait, flambait, Elle a soufflé sur mon âme...

Sonne, galoubet!

Et mon âme est consumée.

Grand est mon chagrin...

La méchante bien-aimée!

Sonne, tambourin!

L'oiseau chantait dans Torage, L'arbre se courbait...

Voilà bien ma triste image!

Sonne, galoubet!

Qu'il est heureux, l'oiseau libre,

Dans le ciel serein !

O tambourin, sonne, vibre,

Sonne, tambourin I

On n'aimerait plus personne,

Si le ciel tombait!

O tambourin, sonne, sonne.

Sonne, galoubet!

DÉTRESSE IÇ

VÉTT^ESSE

QUAND j'arrivaij la nuit, seul, plaintif, marchant vite, Comme un fauve blessé qui regagne le gîte, Ayant fui tout à coup la ville, où j'ai laissé Les yeux dont la douceur tranquille m'a blessé, Quand j'arrivai, la nuit — nuit d'hiver glaciale, — Agitant ma pensée en feu sous mon front pâle, Les arbres, — et les murs qui bordent le chemin. Et qui m'ont vu jadis, petit, donnant la main, S'étonnant de me voir si tard, si solitaire. Me dirent: « Cependant que, captifs de la terre, Nous regardions tourner nos ombres à nos pieds, Dans quel bois marchais-tu, mon fils, par quels sentiers^ Pour avoir déchiré tes mains et ta poitrine? » Et lorsque je parvins au bas de la colline, La porte de l'enclos où j'ai joué petit Se dressa toute noire et fermée, et me dit : « La clef, qu'en as-tu fait> où donc l'as-tu perdue?» Et j'eus l'air de ne pas l'avoir bien entendue, Et je franchis le mur dont le faîte croula. Et mon chien dit : « Voleur, voleur! que fais-tu là ! »

l6 LE LIVRE d'heures DE l' AMOUR

Puis se coucha honteux en murmurant: « Oh! maître,

Vous êtes si changé! comment vous reconnaître! »

Et l'écurie, ouverte au souffle matinal :

« Je n'ai pas entendu le pas de ton cheval >

Est-il demeuré seul, au fond du précipice?»

Et la maison dit : « L'heure est au repos propice;

Ton serviteur est las : il a fait son devoir;

Que tu vinsses de nuit, il n'a pu le prévoir;

Vas-tu le rappeler de l'oubli, le pauvre homme?

... Qu'as-tu fait du sommeil? Laisse-nous notre somme! »

Alors, je m'arrêtai dans l'ombre, et je m'assis;

Et dans l'azur, les feux du ciel, clairs et précis,

Et, vers le sud, la mer, où nageait de la flamme.

Me crièrent: « Chanteur, qu'as-tu fait de ton âme?

Qu'as-tu fait de tes chants, de ton cœur, de l'orgueil ? »

Et je dis à la mer, au grand ciel, à mon seuil :

« Deux bras ont repoussé mes deux bras tout à l'heure,

Et je suis là, seul, pauvre, errant, — et sans demeure. »

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