‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 8 sur 97 · LES JOURS NOIRS IJ · texte numérisé non relu

LES JOURS NOIRS IJ

LES jou%s v^on{S

UNE ardeur est sur moi, qui ravage mon être, Et qui fait de ma vie un champ d'aridité, Et l'amour oii je suis ressemble à quelque été Dont le soleil fatal brûlerait, sans paraître!

Fou, je le suis. Heureux qui ne doit pas connaître Mes étranges midis, torrides sans clarté, Mes aubes de chimère, où mon cœur dévasté Aux pâleurs d'un ciel mort sent le jour prêt à naître!

Les soirs surtout, les soirs de mon rêve énervant Sont tristes, de longs soirs oij les clameurs du vent Gémissent les adieux du jour sous les nuées...

Mes forces lentement meurent exténuées, Et je pleure, chargé de misère et d'ennui, Le départ de soleils qui ne m'ont jamais luil

SI TOCHi COEU\ EST 'BT{ISÊ i\

SI ton cœur est brisé, n'en dis rien à personne. La plus belle souvent a l'âme la moins bonne. Tais-toij cache ton mal, sois fier comme un vainqueur Et ne laisse pas voir tes blessures de cœur. Vaincu, ne laisse pas l'honneur de ta défaite A la méchante, à la joueuse, à la coquette. Ne pleure pas, sois grave et simple, sois très fort. Un homme doit braver l'amour comme la mort. Mais quand, las de mentir, tu voudras pour toi-même Etre sincère enfin, dis et redis : Je l'aime ! Et, seul, laisse éclater tes larmes, tes douleurs; Fais pleurer à tes yeux leurs richesses de pleurs. Roule sur tes tapis ton corps crispé de rage, Fais fi de ton orgueil et de ton faux courage, Mords tes draps, dans tes nuits sans sommeil, jusqu'au jour..I Elles ont leur saveur, ces angoisses d'amour!

LE TAUREAU IÇ

LE TcAUT{Ec4U

COMME une béte en moi mon âme est amoureuse. Moncœurtremble; mon frontpâlit,monoeilsecreuse, Car j'ai dû terrasser mon désir violent, Car l'être qui me fit sauvage et tout tremblant Est une femme à qui m'aimer est impossible, Lointaine comme l'aube au ciel inaccessible!

Souffre, âme triste, et meurs dans ton corps douloureux;

D'autres ont droit d'aimer, de vivre et d'être heureux,

De courir au hasard, les mains entrelacées,

De mêler la fraîcheur de l'aube à leurs pensées,

Et d'aller respirer à pleins poumons l'amour

Qui fait s'ouvrir le soir les fleurs lasses du jour...

Moi, mes lèvres en vain ont soif d'être baisées!

Les nuits, les fraîches nuits pour moi sont embrasées.

Et mon désir dompté, vers l'enfant aux doux yeux

Que je ne puis pas plus atteindre que les cieux.

Pousse un cri bestial, le cri, terrible encore.

D'un noir taureau blessé qui beugle vers l'aurore 1

Ho4^TÉ

OUI, l'espoir de ta couche a pénétré ma chair; Cetespoirmetourmente, et mon tourment m'est cher-j Partout je te revois; c'est ta beauté qui passe Dans tout ce qui contient du jour ou de la grâce : Dans l'onde, azur fuyant, je vois trembler ton corps; Dans les fleurs, d'où s'exhale un souvenir des morts, Te retrouvant aussi, je t'aime et je t'aspire. Et mon bonheur est fait de ce divin martyre De ne jamais t'atteindre et de te voir toujours! En vain ai-je invoqué souvent la fin des jours : Jamais rien n'effaça. Beauté noble et oharnelle, Dans mon cerveau rongé ta vision cruelle. Est-ce moi qui te cherche? Est-ce toi qui me suis? Je ne sais, — mais quand tout s'efface, dans les nuits. Quand tout est noir, le ciel, ma pensée et la terre, Ta forme nue en moi resplendit solitaire!

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