‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 73 sur 97 · POUR UNE VIERGE · texte numérisé non relu

POUR UNE VIERGE

Redoute l'heure affreuse où, lassée en son cœur, Ayant chassé ceux-là que son orgueil estime, La femme au cœur hautain, qui se disait sublime. Donne au dernier venu la gloire du vainqueur!

Car l'amour tout puissant veut qu'on le reconnaisse; De plus fières que toi redoutent son courroux : Ne l'irrite donc pas, le dieu fort et jaloux; Promets-lui ta beauté dans toute ta jeunesse!

Choisis autour de toi le courage ou l'esprit, La force ou la beauté d'un fier, d'un noble mâle; Entre au bois de Diane et sors-en toute pâle, Puisque tu sais si bien qu'ici-bas tout périt;

Et quand se faneront plus tard tes couleurs roses, Tu connaîtras du moins l'étrange illusion Qui nous fait, dans un court moment de passion, Pénétrer l'infini des êtres et des choses;

Car c'est là tout l'amour, — secret religieux: Il fait sentir la vie, au moment où l'on crée, Inépuisable au fond, dans sa brève durée, Et sa minute à lui vaut les siècles des dieux!

VEcAU Q L'I TcASSE

L'eau passait; je regardai l'eau Dont le chant tombe et se relève, Et je vis le changeant tableau Du réel flottant dans un rêve.

L'eau chantait; j'écoutai ce bruit Dans récho sonner goutte à goutte; Un sanglot passe, un rire suit...

Et je dis: « La vie est là, toute. »

L'eau baisait; baisers palpitants Qui faisaient naître sur la rive La vie en fleurs, tout un printemps, Fils du ciel clair et de l'eau vive.

L*eau bleuissait; le vaste azur S'y posait sur un fond de terre...

Le Réel pur couvrait l'impur D'illusion et de mystère.

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