POUR UNE VIERGE
Redoute l'heure affreuse où, lassée en son cœur, Ayant chassé ceux-là que son orgueil estime, La femme au cœur hautain, qui se disait sublime. Donne au dernier venu la gloire du vainqueur!
Car l'amour tout puissant veut qu'on le reconnaisse; De plus fières que toi redoutent son courroux : Ne l'irrite donc pas, le dieu fort et jaloux; Promets-lui ta beauté dans toute ta jeunesse!
Choisis autour de toi le courage ou l'esprit, La force ou la beauté d'un fier, d'un noble mâle; Entre au bois de Diane et sors-en toute pâle, Puisque tu sais si bien qu'ici-bas tout périt;
Et quand se faneront plus tard tes couleurs roses, Tu connaîtras du moins l'étrange illusion Qui nous fait, dans un court moment de passion, Pénétrer l'infini des êtres et des choses;
Car c'est là tout l'amour, — secret religieux: Il fait sentir la vie, au moment où l'on crée, Inépuisable au fond, dans sa brève durée, Et sa minute à lui vaut les siècles des dieux!
VEcAU Q L'I TcASSE
L'eau passait; je regardai l'eau Dont le chant tombe et se relève, Et je vis le changeant tableau Du réel flottant dans un rêve.
L'eau chantait; j'écoutai ce bruit Dans récho sonner goutte à goutte; Un sanglot passe, un rire suit...
Et je dis: « La vie est là, toute. »
L'eau baisait; baisers palpitants Qui faisaient naître sur la rive La vie en fleurs, tout un printemps, Fils du ciel clair et de l'eau vive.
L*eau bleuissait; le vaste azur S'y posait sur un fond de terre...
Le Réel pur couvrait l'impur D'illusion et de mystère.