A UNE JEUNE FILLE 23 I
c4 UC^E JEUD^E FILLE
A la rose, votre parente.
Quand j'aurais pris, avec des mots mystérieux, Ce sang, invisible à nos yeux, Qui la fait rose et transparente; Quand j'aurais pris aux frais lilas Leur charme qu'on désire et qu'on pleure tout bas, A l'eau du lac Léman ce qui la rend si pure, A l'air lointain ce qui fait qu'il s'azure; Quand j'aurai, de ces fils qu'Avril fait voltiger.
Tissé de mes mains un réseau léger.
Alors, mais seulement alors, ô jeune fille, J'aurai dit la fraîcheur qui dans vos regards brille, L'attrait de votre joue, — et de vos cils baissés. Et la grâce et l'amour seront pris et fixés.
cA UU^E JEUU^E z4miE
JEUNE fille au calme visage, Ne passe pas dans mon chemin; J'ai l'âge triste où l'on est sage.
Je ne peux te donner la main:
Ne passe pas dans mon chemin.
Je ne veux pas voir, ô jeunesse, Tes yeux frais où nage un rayon*
Vois voltiger ce papillon
Je ne crois pas qu'un cœur renaisse:
Va, suis plutôt ce papillon!
Tes cheveux, emplis de lumière, Tout brouillés, semblent des réseaux Mon âme y viendrait la première,
Car les âmes sont des oiseaux
Cherche plutôt des nids d'oiseaux.
AUNEJEUNEAMIE 2^"]
Mon âme est une fleur fanée Où ta lèvre boirait des pleurs; Je suis las; j*ai dans les douleurs Trop tôt commencé ma journée...
Jeune fille, ceuille des fleurs.
FUITE VU TEéMTS
h! ce qui manque à la jeunesse, C'est qu'elle-même se connaisse!
Elle est fraîche et pareille à l'eau pure qui court; L'eaUj joyeuse et légère, ignore Que sa fuite la fait sonore Et qu'un adieu secret pleure en son chant d'amour.
Bleue et claire comme l'espace.
Elle ne saura qu'elle passe Que parce qu'elle aura depuis longtemps passé;
Elle croit que le ciel qu'elle aime,
En elle immobile lui-même.
Doit y baigner sans fin son azur nuancé.
FUITE DU TEMPS 23f
Il lui suffit d'une hirondelle Pour sourire sous un coup d'aile
Sans voir que le temps vole et que l'oiseau le suit. Et si quelque horizon étrange Lui montre que la rive change,
Elle croit qu'elle rêve et que la rive fuit!
Hélas I la jeunesse est une ondel
Elle n'a pas une seconde Qui ne soit un départ, un indicible adieu!
Avec un doux bruit de caresse,
Elle s'écoule, elle se presse Sur la pente d'aimer qui la ramène à Dieu!
Dites-lui donc comme elle glisse,
Afin qu'elle se réjouisse D'avoir une heure, un jour, ce qui n'aura qu'un jour,
D'emporter sous le grand espace
Le passage de ce qui passe :
La rose d'un rosier sur un rayon d'amour!
CcA^RITcAS
L'amour fit, ayant fait les mcres, Ce désir, où tous sont enclins.
De sécher les larmes amères Dans les yeux des enfants câlins.
La mère sait, quand l'enfant pleure, Sentir son mal, même inconnu, Mourir parfois, s'il faut qu'il meure!.. De là tout amour est venu.
La pitié de l'homme pour l'homme N'est qu'un sentiment imité :
Maternel, — le seul mot qui nomme La douceur de la charité.
L'Amour, — qui veut, implore, exige^ Fit, avec l'amour maternel, Le dévoûment, comme un prodige, Qui, créé, devint éternel.