‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 83 sur 97 · NUIT EN MER · texte numérisé non relu

NUIT EN MER

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C'était la nuit, la mer, et je tenais la rame ; Et le bateau portait celle que j'aime tant, La belle jeune femme, Assise, en robe claire, et le voile flottant.

« Je dirigeai la barque au large, vers l'étoile Que choisit notre amour pour lui parler de nous.

L'air doux gonflait son voile...

A genoux, je posai le front sur ses genoux.

« La brise fit tourner notre barque à sa guise. Sur l'eau qui soupira comme un sein soulevé.

Elle, inclinée, assise.

M'effleura d'un soupir en caresse achevé.

Seuls, sous la grande nuit constellée et sublime, Sur la mer qui baisait les rivages au loin ; Sous nous, rétrange abîme ; Autour de nous, partout, l'infini sans témoin.

<; Jamais amour eut-il retraite plus profonde, O deux et mer ! et lit plus digne de l'amour !

Si près, si loin du monde, Qu'importent les retours du rivage et du jour !

(.< O barque, ile flottante, étroite, et mesurée Au désir de l'amour, comme un nid de goëland !

O mer ! ombre azurée ()u\ nous faisais le ciel si proche, et tout tremblant!

<c N'est-ce pas, cieux et mer, gouffre où le rêve plonge. Que, là, nous eûmes plus de joie, autant et plus

De réel dans un songe.

Que les siècles futurs et les temps révolus >

i< N'est-ce pas que la mort était sous cette planche, A deux doigts d'un bonheur qui ne la craignait pas.

Sous la barque qui penche, Dans l'onde où des cieux d'or nous invitaient tout bas?

« N'est-ce pas que la vie et la mort sont pareilles Pour ceux qui, s'endormant vaincus, au point du jour.

Las des nuits et des veilles, Sont morts, afin de vivre en épuisant l'arnour ! »

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