‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 84 sur 97 · LA MER · texte numérisé non relu

LA MER

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LA mer dit, la grande amoureuse, Dont le sein se gonfle et se creuse : « Hélas! je ne suis pas heureuse !

Tout mon cœur dispersé se brise aux continents! » Et poussant une horrible plainte, La maudite, toujours enceinte, Sent venir, pâlissant de crainte, De nouvelles douleurs et de nouveaux amants.

Un trouble, au dedans d'elle, gronde,

Et, lasse d'être trop féconde.

Elle sent plus d'un nouveau monde

Monter, des profondeurs de ses flancs, vers le jour; En vain, vers le ciel qu'elle implore.

Elle hurle ! — toujours, encore, Par millions, le madrépore

Fait des iles, avec des atomes d'amour.

2^0 LE LIVRE d'hEURES DE LAMOUR

— « Assez ! dit-elle torturée, Mais soumise à la loi qui crée, Par les quatre vents déchirée,

Elle a senti, le long de tous ses flancs meurtris, S'ouvrir, béer, sous les caprices Des tempêtes génératrices, Des blessures et des matrices,

Mille bouches d'horreur toutes pleines de cris !

— « Amour, Amour! assez, dit-elle!

Laisse-moi, puissance immortelle. Sous l'azur noir qui me constelle

Goûter toutes les nuits la paix et le sommeil... Laisse-moi, force souveraine, Pendant les jours calme et sereine, En manteau bleu comme une reine,

Bercer entre mes bras mon amant le soleil !

Mais la mordant comme une proie :

« Ne t'attarde pas à la joie!

C'est ton amoureux qui m'envoie!

Je lui creuse un chemin, répond l'âpre typhon ;

Je précède un rayon sublime!...

Pour que le zoophite infime

Voie aussi le jour dans l'abîme, 11 faut bien qu'en pleurant je t'ouvre jusqu'au fond !

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