AUX ALISCAMPS
« Soitj » dit-elle, et, troublée en son cœur qui faiblit, Elle se couche au fond de la terrible bière... Le ciel, moins chargé, verse une morne lumière : C'est à croire vraiment que, — morte, — elle pâlit.
Et voilà que le couple heureux s'ensevelit. Et la mort d'un instant va baiser leur paupière... Mais leurs membres heurtés aux parois de la pierre Sentent que le tombeau refuse d'être un lit!
« Je suis fait, leur dit-il, pour la mort elle-même, Etroit, pour la mort seule et l'immobilité... »
— Oh ! comme sur ce noir toute blancheur est blême !
— « Hors d'ici! jouissez, souffrez à mon côté,
Dit la mort... pas en moi !.,. Je ne veux pas qu'on aime. Vivants, dans le repos de mon éternité ! »
UCNilCoA
TOI, c'est Tamour profond — que l'amour te pardonne! • Profond, sans fond, immense, amer comme la mer, Doux comme un miel d'Hymette, au fond d'une âme bonne Où pourtant le doute est amer.
Toi, c'est l'amour qui meurt où sa griffe étoilée S'attache, comme fait le lierre dévorant. Une lumière d'astre à ton ombre est mêlée; Ta tristesse est d'être trop grand.
Toi, c'est l'étrange amour que rien ne déconcerte; Le corps défiguré peut languir et mourir : Tu chéris la douleur, et, par la mort soufferte. Tu prouves que tu sais souffrir.
Toi, tu suivras l'amant, blême et froid, dans la fosse; Et, comme Roméo, tu ne crains pas pour lit La tombe, — où la beauté semble avoir été fausse, Tant l'étrange mort la pâlit!
UNICA 26f
Toi, c'est l'amour jaloux, égoïste et sublime, Qui, se donnant entier, veut l'amant tout entier! Et ton désir d'archange a des noirceurs d'abîme, Et ta tendresse est sans pitié !
Puisse, ô bonheur, un dieu t'écarter de ma route ! Démon qui fais toucher le ciel avec la main. Céleste enfer, amour sans tache, que redoute Mon cœur mobile et trop humain!