‹ Le Livre d'or de Sainte-BeuveChapitre 39 sur 45 · I. — BOULOGNE-SUR-MER · texte numérisé non relu

I. — BOULOGNE-SUR-MER

La difficulté do fixer au vendredi 23 décembre, — jour anniversaire de la naissance de Sainte-Beuve — ou de reporter au dimanche suivant, jour de Noël, la cérémonie de Boulogne-sur-Mer avait décidé le Comité institué par le Journal des Débats à choisir le dimanche précédent 18 décembre. MM. Gaston Boissier, président d'honneur, Ferdinand Brunetière, président effectif du Comité, d'autres membres encore, parmi lesquels nous citerons MM. Jules Lemaitre, de Vogué, Georges Perrot, Jules Troubat, retenus par les indispositions qu'engendre la saison hivernale, s'étaient fait excuser. La délégation parisienne se trouva -composée de MM. Jules Claretie, président, Félix Chambon, Francis Charmes, A. Chuquet, de Nalèche, Maurice Tourneux, membres, et Fernand Bournon, secrétaire du Comité. Reçue à la gare de Boulogne par le maire, M. Charles Pérou, et son premier adjoint, M. Duboe, MM. Farjon, président de la Chambre de commerce, Henri Réveillez, secrétaire général de la mairie, Alphonse Lefebvre, homme de lettres, et la majeure partie du Conseil municipal, elle se joignit à ce groupe

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pour aller inaugurer sur la maison natale de Sainte-Beuve, rue du Pot-d'Étain, 16, la plaque coininérnorative due à l'habile ébauehoir du sculpteur Vernier.

M. Jules Claretie en fit la remise officielle à la municipalité dans les termes suivants :

Monsieur le Maire, Messieurs,

Au nom du comité constitué à Paris pour célébrer le Centenaire de votre illustre compatriote Charles-Augustin Sainte-Beuve, j'ai le grand honneur de remettre à la ville de Boulogne la plaque commémorative rappelant qu'ici même, il y a cent ans, naissait un homme dont le nom allait devenir immortel, et donner à sa ville natale, en même temps qu'à la littérature française, une gloire universelle.

Je ne me doutais pas, quand Sainte-Beuve voulait bien m'accueillir dans cette petite maison de la rue du Mont-Parnasse où Lamartine l'avait vu, tant d'années auparavant, pâle, blond, frôle, « poète jusqu'aux larmes », vivant avec sa mère âgée, entre les fleurs d'un petit jardin et les pigeons d'un petit colombier — et où il était demeuré pour mourir, — non, je ne me doutais pas que j'aurais, un jour, à vous présenter cette plaque où le talent de M. Vernier nous rend le Sainte-Beuve que nous avons connu, méditatif et penché, l'œil pénétrant, le crâne chauve, avec un fin profil où j)asse un sourire désabusé.

A l'heure où vous célébrez ici la mémoire de votre grand compatriote, la ville de Liège, où il étudia les origines françaises, fête aussi le souvenir de sa présence et l'écho de sa parole; et, dans huit jours, l'Université de Lausanne rendra hommage à l'écrivain qui trouva en Suisse un asile pour sa pensée et un toit pour son travail.

Mais la maison natale restera toujours pour les fidèles de Sainte-Beuve — avec cette maisonnette voisine du Luxembourg où nous l'avons connu — le coin de terre où aboutiront les admirations et les hommages.

Et ces traits d'un homme devenu illustre en devenant vieillard resteront encadrés dans ce logis qui vit ses premiers pas, entendit ses premiers cris, ceux que l'enfant jette à la vie comme s'il en devinait les tristesses.

Naître, vivre et mourir dans la môme maison, N'avoir jamais changé de toit ni d'horizon...

Ce sont des vers de Sainte-Beuve. Et cette retraite, cette vie tranquille et unie, c'était son rêve. Il vécut cependant Jloin de la maison natale vers laquelle nous nous acheminons aujourd'hui et — cet horizon, ce bel horizon de cité maritime, il l'élargit jusqu'à le rendre vaste comme une encyclopédie, large comme les recherches et les efforts et l'espérance môme de l'humanité...

Et c'est pourquoi les lettres françaises honorent pieusement le grand homme de lettres que fut l'enfant de Boulogne-sur-Mer.

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