‹ Le Livre d'or de Sainte-BeuveChapitre 43 sur 45 · III. — LAUSANNE · texte numérisé non relu

III. — LAUSANNE

Bien que plus ancien do dix ans que pour Liègv, le souvenir du séjour de Sainte-Beuve à Lausanne» ne s'en est pas moins conservé très vivaee dans la belle cité vaudoise, Hère à bon droit d'avoir provoqué Téclosion du livre sur Porl-lioi/al, dont l'édition définitive ne

devait paraître que trente ans plus tard. Et puis, sur la rive suisse du Léman, la littérature française est trop en honneur pour que la mémoire de l'auteur des Lundis ait pu courir le risque de s'effacer.

L'approche du centenaire fut l'occasion de la remettre mieux en lumière. Dans le courant de l'été, la Berne des Deux-Mondes publiait la correspondance si curieuse, si touchante parfois, de Sainte-Beuve avec M. et Mme Juste Olivier, où le charme de Lausanne est célébré, chanté presque à chaque page. De plus, l'annotateur éclairé de cette correspondance, M. Léon Séché, vint à Lausanne faire quelques conférences sur Sainte-Beuve ; il n'eut pas de peine à réveiller les sympathies autour de ce grand nom, et si le projet de monument qu'il proposa ne fut pas exactement celui qui fut adopté, on doit lui rendre cette justice d'avoir été le promoteur de l'idée : le canton de Vaud ne fit pas difficulté d'acquitter la double dette de reconnaissance jrju'il avait contractée envers l'auteur de Port-Royal et l'auteur des lettres aux Olivier.

Au mois d'octobre, un comité se forma sous la présidence d'honneur de M. le conseiller d'Etat Camille Decoppet, chef du département de l'Instruction publique du canton, et la présidence réelle de M. Van Muyden, syndic de Lausanne. Parmi les membres qui le composaient, nous citerons MM. Albert et Jean Bonnard, Charles Burnier, professeur de littérature française à l'Université ; le Dr Emile Diml, recteur de l'Université ; Paul Vallette, doyen de la Faculté des lettres; Louis (îrenier, pro- recteur de l'Université; Louis Dupraz, directeur de la Bibliothèque cantonale.

Ce comité, dans la séance qu'il tint le 14 octobre, décida d'ouvrir une souscription pour couvrir les frais d'un médaillon commémoratif h apposer sur la façade de l'ancienne Université, celle où avait été professé le cours sur Port-Royal. 11 fixa la cérémonie d'inauguration au vendredi 23 décembre, jour séculaire de la naissance de Sainte-Beuve.

La cérémonie eut lieu le jour dit ; elle comporta l'inauguration du médaillon, une séance solennelle à YAtda, où des discours furent prononcés par MM. Decoppet, Van Muyden, Léon Séché, — et un banquet.

La Gazette de Lausanne a reproduit le texte de ces discours, trop étendus pour qui1 nous puissions les donner ici. M. Gaston Boissier, secrétaire perpétuel de l'Académie française, avait écrit la lettre suivante, au nom de la Compagnie :

INSTITUT DE FRANCE Académie Française

Paris, 16 décembre.

Le secrétaire perpétuel de V Académie à M. le président du comité vaudois du centenaire de Sainte-Beuve.

Monsieur,

L'Académie française aurait bien voulu, comme vous le lui demandez, se faire représenter par quelqu'un de ses membres à la fête que donne Lausanne pour célébrer le centenaire de Sainte-Beuve, mais les circonstances ne le lui ont pas permis, et elle vous en exprime tous ses regrets.

Elle y aurait participé avec d'autant plus de plaisir qu'elle sait bien qu'aucun hommage n'aurait plus touché Sainte-Beuve que celui que vous lui rendez. Ceux de nous qui l'ont pu connaître se rappellent le souvenir qu'il avait gardé de votre ville, et comme il parlait des solides affections qu'il y avait trouvées. Ce cours de 1837 était une des dates heureuses de son existence. Pendant un an, il avait vécu chez vous dans une atmosphère de science et de sympathie, en dehors de ces rivalités mesquines, de ces basses jalousies, de cette ironie desséchante qui troublent trop souvent la vie littéraire. L'accueil que vous avez fait à ses leçons l'a encouragé à poursuivre et à terminer son Port-Royal. C'est ainsi qu'une part vous revient dans ce bel ouvrage, et qu'il n'a fait que payer une dette en vous le dédiant.

Vous parlez, Monsieur le président, de l'intérêt que doit prendre notre Compagnie aux efforts qui se font en dehors de nos frontières pour répandre la culture française. Cette culture vous appartient comme a nous : c'est un bien commun aux uns et aux autres. Dans notre littérature, vous avez su vous faire une province, qui n'est pas la moins riche et la moins cultivée. Vous nous avez donné une élite d'écrivains distingués, dont nous sommes fiers comme vous, et

les lettres forment entre nous un lien qui, nous l'espérons bien, ne sera jamais brisé.

La fête d'aujourd'hui en est une manifestation nouvelle; quoiqu'elle ne s'adresse qu'à un seul de nos grands écrivains, l'honneur en rejaillit sur tous les autres. L'Académie vous est reconnaissante d'avoir montré une fois de plus que les frontières ne peuvent pas complètement séparer ceux qu'a unis une môme langue, et elle me charge de vous en remercier au nom des lettres françaises.

Le secrétaire perpétuel de V Académie française, G. Boissiek.

D'autre part, M. Barthélémy, consul de France à Genève, donna communication du télégramme suivant, que lui avait adressé M. Jules Claretie au nom du Comité du Journal des Débats :

Le Comité qui a célébré Sainte-Beuve à Boulogne envoie à l'Université de Lausanne ses remerciments pour le souvenir qu'elle garde du grand critique. Personnellement, j'aurais été fier de me joindre à vous. M. Etienne de Nalèche, directeur du Journal des Débats, et moi, nous vous prions de dire la communauté de sentiments qui associe les admirateurs de Sainte-Beuve à la manifestation de Lausanne. Dévoûment.

Jules Claretie.

Le médaillon reproduit les traits de Sainte-Beuve d'après David d'Angers. Il est accompagné d'une inscription où est rappelée la dédicace inscrite par Sainte-Beuve en tête du Port- Royal :

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