‹ Le livre d'or des proscritsChapitre 15 sur 26 · MAIRIE DB PARIS · texte numérisé non relu

MAIRIE DB PARIS

« Administratien générale des hôpitaux, hospices civils et secours à domicile.

« Paris, 20 septembre 18i8.

« Citoyen, » Vos fonctions cessent, et je suis heureux de vous remercier. Votre conduite est au-dessus de Téloge.

« Je vais adresser un rapport au préfet de police et au ministre de l'intérieur sur vous.

« Je dirai la vérité. Je vous recommande au gouvernement de la République qui vous tiendra compte de vos loyaux services.

« Salut et fraternité.

« Le vice-président de la Commission sanitaire pour les inculpés de Juin,

a ThURRI.

«Au citoyen Passei^ou^ pharmacien, au fort de nomainville (aujourd'hui révérend père Luc^ au couvent de TouloiiseJ,

du gouvernement, vous venez ici pour les violer 1 Est-ce possible?

Je proteste donc encore une fois comme religieux et comme Français; je proteste au nom de tous mes Pères et Frères, je proteste au nom de la France, et au nom de Toulouse.

Je proteste au nom de tous nos bienfaiteurs qui nous ont soutenus par leur charité.

Je proteste au nom de tous les pauvres qui. à l'endroit même où vous vous trouvez, ont été nourris chaque jour. Je proteste au nom des pauvres orphelins, des pauvres veuves qui viennent y ï)leurer chaque jour et y chercher des consolations. Voyez si vous pouvez briser tous ces cœurs à la fois i

Je proteste surtout au nom de vos âmes. Pauvres âmes I Vous les sacrifiez à Satan pour un vil intérêt, et elles ont coûté le sang de Jésus-Christ. Ayez pitié de votre âme, monsieur le commissaire, ayez pitié de votre âme !

Mon avoué vous lira dans un instant ma protestation comme propriétaire et mon appel aux tribunaux.

Après ce que vous yenez d'entendre, monsieur le commissaire, vous devriez vous arrêter et aller porter votre démission à M. le préfet ; de nobles exemples vous sont donnés. Celui qui nourrit les oiseaux du ciel vous comblerait de ses biens.

Si vous allez en avant, n'oubliez pas ce que je viens de vous dire : Vous commettez à la fois un délit contre la loi dont j'appelle aux tribunaux, un sacrilège et un crime de lèse-humanité.

Messieurs les témoins, si admirables de dévouement, l'acte que nous accomplissons ici est grave.

Il faut nous recueillir. Ce n'est pas sans y avoir réfléchi mûrement et avoir beaucoup prié que nous l'accomplissons. C'est une question de vie ou de mort Dour la société. Nous défendons ici le droit de

propriété qui est le corps de la société; nous défendons le droit de la conscience qui en est Tàme.

Nous sommes ici au-dessus des questions de parti , nous sommes dans le domaine éternel du droit.

Nous résistons à l'acte arbitraire du gouvernement de notre pays ; mais nous ne sommes pas des insurgés, nous sommes les défenseurs du droit et par conséquent de Dieu, en qui sont tous les droits et en dehors duquel aucun droit n'existe.

Les insurgés perdent les nations, les défenseurs du droit les sauvent.

Sachez-le bien, monsieur le commissaire, et dites-le à votre gouvernement : cette sainte cause ê.e Dieu et du droit, nous, religieux, nous la défendrons jusqu'aux cachots, jusqpu'au martyre, et ces messieurs jusqu'aux dernières limites du sacrifice. Tous nous verserons pour elle jusqu'à la dernière goutte de notre sang ; tous nous combattrons pour la sainte cause de Dieu et des saintes libertés des enfants de Dieu. Vous les avez foulées aux pieds toutes pour arriver jusqu'ici; nous les défendrons toutes, nous combattrons pour toutes, et, sachez-le bien, nous vaincrons.

Pendant que le R. P. Marie- Antoine lisait cette protestation, M. Carton a voulu l'interrompre ; mais le P. Marie-Antoine Ta dominé par la puissance de sa parole.

M. de Belcastel, l'intrépide et éloquent défenseur des causes catholiques, était debout à la droite du P. Marie-Antoine ; lui aussi veut protester au nom des témoins émus jusqu'aux larmes ; cette scène était d'une grandeur indegcriptible 1

M. le commissaire veut enchaîner cette parole vibrante en lisant l'arrêté.

M. de Belcastel ne se trouble pas. Il continue de

cile, ainsi que leurs témoins soussignés, requièrent l'agent de Tautorité de leur donner acte, en rinsérailt dans son procès-verbal de la protestation suivante :

« Attendu qu'aucune loi n'interdit à des citoyens français la faculté d'habiter et de vivre en commun ;

« Que l'article ^91 du Code pénal n'est pas applicable aux congrégations religieuses; que, alors même qu'il le serait, les personnes domiciliées dans la maison ne comptent pas.

« Que la loi du 10 août 1834, qui se réfère à l'article !â9l, n'a pas, dans la question, d'autre portée que ledit articîe; '

« Déclarent ne céder qu'à la violence, et réserver formellement tous droits de poursuite au civil et au criminel, pour violation de domicile et de la liberté individuelle, contre tout agent ou fonctionnaire public qui aura coopéré à cet acte de violence ou l'aura ordonné.

« Toulouse, le 3 novembre 1880. »

Ont signé, les Pères et leurs témoins.

MM. de Belcastel, ancien sénateur de la Haute-Garonne; Charles de Raymond Cahuzac, ancien préfet; Antoine du Bourg, Joseph du Bourg, Bert, ingénieur en chef en retraite; de Latour-Landorthe, ancien officier de cavalerie ; de Merlis, Despéramont, de Saint- Simon, Léon Castelbert, avocat; de Pardailhan, ancien colonel de gendarmerie; comte Begouën, ancien trésorier-payeur général; François de Salignac Fénelon, Lasserre, Jules André, Georges Maisonneuve, Emmanuel de Raymond -Cahuzac, Eugène Reynis, Jean de Marigny, Soulé, Laurent, Catalan, marquis de Scoraille, Paul Givelet, Jules de Martineng.

Après la protestation de la loi, l'honorable M. de Belcastel fait observer à M. Carton qu'il doit relire l'arrêté préfectoral, les témoins n'ayant pu entendre

ce qu'il avait eu l'inconvenance de lire pendant qu'il faisait sa protestation.

M. Carton obéit. Le R. P. Emmanuel, premier déflniteur de la Province, proteste et déclare que ses religieux ne céderont qu'à la force.

Tous les témoins renouvellent leurs protestations, et déclarent qu'ils ne céderont qu'à la violence et qu'ils feront leur devoir Jusqu'au bout.

MM. Carton et Dalous donnent l'ordre aux pompiers et aux crocheteurs d'avancer.

Des coujs de hache formidables se font entendre et retentissent lugubrement sous les voûtes du cloître.

La porte est solidement étayée; les crocheteurs, après avoir littéralement hachée, se trouvent en présence d'un obstacle imprévu : de lourds et épais madriers de chêne doublaient la porte de clôture; impossible de les entamer : les haches s'émoussent, les ciseaux se cassent.

MM. les commissaires tournent la difficulté; ils avisent la grille derrière laquelle ils avaient parlementé : des leviers et des haches en ont vite raison.

MM. Carton et Dalous passent triomphalement par la brèche, joignant ainsi l'escalade à l'effraction.

Ils sont maîtres de la place; les serruriers se précipitent à leur suite, et s'empressent de démolir la barricade intérieure qui avait déjoué tous leurs efforts.

Une fois dans le cloître, les exécuteurs se trouvent en présence du P. Marie-Antoine, de M. de Belcastel et de quatre témoins.

Les autres témoins, après avoir entendu la prêtes tation, sont venus assister les Pères dans leurs cellules. La police pénètre dans chacune par la violence.

Chaque Père proteste, et déclare, en présence de ses deux témoins, ne vouloir céder qu'à la force. Celle-ci est employée.

M. de Belcastel le constate chaque fois et d'une manière accentuée,

M. Dalous, impatient, s'échappe à dire que cette résistance est ridicule. M. de Belcastel réclame immédiatement, et l'oblige à retirer cette parole.

M. Dalous la retire.

Le R. P. Luc ne veut sortir de sa cellule qu'après avoir donné lecture du brevet d'honneur cité plus haut. Après avoir lu, il tombe à genoux, dit une prière pour ses persécuteurs et baise, en l'arrosant de larmes, le pavé de sa chère cellule! Qu'il était admirable, ce vieillard!... et la République lui avait promis, il y a trente-deux ans, de toujours le protéger, de toujours le défendre!...

Le P. Fulgence et le P. Antonin laissent dans les mains du commissaire leurs belles protestations ;

Protestation da P. Fulg^enee.

« Vous avez entendu nos protestations communes contre la violation des droits de propriété, de domicile et de liberté individuelle, et vous venez continuer ici, sur ma personne, vos attentats. Je proteste en mon nom personnel et je vous avertis que je me réserve des revendications légales do dix années. Dites bien à ceux dont vous vous faites les instruments aveugles, qu'ils commettent un acte de démence incomparable. Dieu est éternel et nos âmes immortelles. Tant qu'ils n'auront pas anéanti l'âme de celui qui vous parle, elle ne cessera d'invoquer la justice souveraine. Mais à l'heure présente, disciple d'un maître crucifié, je m'écrie avec lui : « Mon Dieu ! pardonnez-leur, ils ne savent ce qu'ils font. »

Quels accents! Ils sauront maintenant ce qu'on rencontre quand on ^encontre un moinç!... Entendez encore :

Protestation du P. Antonin.

« En présence de Dieu qui nous voit et nous jugera, et qui déjà vous frappe de ses excommunications ;

« En face de la France qui est représentée à la porte de cette pauvre cellule par ces témoins courageux et indignés de tous vos attentats.

« Je proteste, avec toute Ténergie de mon indignation, contre les violations que j^ai à subir dans mes droits éternels de liberté de conscience, de liberté personnelle et de domicile, — indignités qui n'apparaissent dans notre histoire qu'aux heures néfastes de décadence, de désordre et de tyrannie ; — indignités que je ne croyais pas avoir la douleur de voir se renouveler dans les temps de civilisation.

« Allez dire à vos maîtres qu'après avoir foulé aux pieds là liberté^ ils devraient encore effacer des murs de nos édifices , du dictionnaire français et de leurs discours le mot sacré de fraternité. S'ils croyaient à la fraternité, ils n'auraient pas abusé, pendant quatre mois, envers leurs victimes, de la souffrance morale. Quand on se croit fort de son droit, on signifie au coupable une heure claire et précise, et l'on frappe juste et fort.

« Messieurs, je vous plains beaucoup.

« Sachez-le bien, (ppendant, je ne sortirai de mon domicile qu'expulsé par l'ignoble force brutale.

« Sachez-le également, je demanderai devant les tribunaux de ma patrie justice contre vos attentats.»

« Saint Paul. disait : Je suis citoyen Romain, moi, je dis ; Je suis citoyen Français et je compte sur la justice de ma patrie! »

Un jeune religieux ne dit que trois mots, mais sublimes : « J'en appelle au tribunal de votre conscience : elle vous a déjà condamné. J'en appelle au tribunal des hommes, il vous condamnera.

« J'en appelle au tribunal de Dieu, et afin que

celui-ci ne vous condamne pas, pensez à la mort. » Et prenant une tête de mort aux pieds de son crucifix, il l'offre au commissaire.

Le commissaire lit de nouveau Tarrôtô du préfet à toute la communauté réunie et déclare que toutes les précautions sont prises pour que les personnes honorables qui vont sortir soient protégées jusqu'au bout contre les insultes qui pourraient se produire.

Des insultes!!!,., nous ne voyons en sortant que des mouchoirs qui s'agitent, des fleurs qui tombent, nous n'entendons que des vivats, des larmes sont dans tous les yeux, la colère sur tous les visages.

La sortie des Capucins, — Les ovations.

Le Père Marie-Antoine est sorti avec ses frères. Il a paru le premier sur le seuil. Une démonstration splendide a lieu, elle fait un consolant contraste avec les hideuses scènes de tout-à-l'heure.

Des maisons voisines s'élance une foule de tout rang , de tout sexe et de tout âge.

Deux vicaires de la paroisse Saint-Etienne, dans laquelle est située le couvent, se précipitent des premiers et embrassent avec émotion les proscrits. .

Applaudissements, acclamations, pluie de fleurs, de verdure et de couronnes : Vivent les capucins.

Nous nous précipitons, les yeux pleins de larmes, le cœur gonflé d'émotions vers ces martyrs sur les pas desquels s'élève une émotion indescriptible. Au loin une rumeur immense répond et nos cris de : Vive la liberté! A bas les décrets!

Les cavaliers mettent le sabre au poing; les gendarmes prennent la tête du cortège,, et les soldats forment la haie. C'était une marche triomphale.

La manifestation grossit à chaque pas. Les Pères sont portés plutôt qu'ils ne marchent. Toutes les rues adjacentes regorgent de monde. Les fenêtres s'ou-

Trent, les fleurs pleurent, et les vivats montent toujours.

On traverse ainsi les francs-bords du canal, la rue des Potiers, la rue de la Brasserie, le côté du grand Rand. A peine quelques cris discordants et à distance. Ge n'est qu'un petit groupe de jeunes voyous payés pour la circonstance.

Le cortège arrive enfin devant ITiôtel de M. de Belcastel, au Jardin-Royal. C'est là que plusieurs Pères doivent recevoir Thospitalité.

Une longue ovation est faite aux religieux. Tous les fronts se découvrent. Les applaudissements retentissent, nourris, éclatants, vengeurs t

Tous les Pères, sur les désirs réitérés de la foule qui pleure et applaudvt, paraissent au balcon pour la bénir.

Les assistants s'inclinent et relèvent la tôte en criant : Vive la liberté! Vivent nos bons Pères!

La liberté, si odieusement meurtrie, a été vengée par les revendicatiolis courageuses, indomptables et vibrantes des hommes de cœur les plus honorés et les plus intègres de la cité.

Si les proscrits avaient eu besoin de se justifier devant la France, ils%i'auraient eu qu'à s'écrier :

« Voyez ceux qui nous persécutent et ceux qui nous acclament I »

Du côté de ces derniers, l'honneur, la probité, le nom intact, la foi et le courage.

De l'autre, les fimes vénales, les cœurs corrompus.

» J'étais rentré dans notre couvent solitaire, où j'ai été laissé comme propriétaire légal en compagnie du T.-R.-P. Emmanuel et d^ notre si bçn, si vénéré frère Rufin, portier de notre monastère, et toutes les voix de la ville entière arrivaient à nous à la fois sur

notre colline désolée. Aux acclamations qui accom pagnaient nos pères exilés et triomphateurs, se joignaient celles qui axîcompagnaient nos frères bienaimés : Dominicains, Maristes et Calvairiens. Tous avaient soutenu les mêmes assauts, tous avaient ressenti les mêmes douleurs, tous avaient livré les mêmes combats et remporté la même victoire.

Les Domintcains.

L'assaut au couvent de Toulouse fut terrible. L'ombre de saint Dominique et celle de Lacordaii^e, ses premiers prieurs, semblait se dres^îer devant l'ennemi et j'entendais tous les Dominicains do France protester ensemble dans ce cri sublime de leur T.-R.-P. Pascal, redit à la tribune de notre assemblée par le grand député Keller :

« Je suis une liberté, monsieur le préfet puis-je dire avec le père Lacordaire, dont j'ai l'honneur de porter l'habit, cet habit que vient de toucher la main de votre police, et dans ma personne vos agents ont violé la double liberté du citoyen et du catholique.

« A la force brutale, j'oppose la résistance du droit. De la violence qui n'a qu'une heure, j'en appelle à la justice de mon pays, à la justice Immortelle de Dieu, j'en appelle à la conscience de tous les honnêtes gens et à l'opinion publique, qui ne comprend pas que l'on emploie la chevaleresque épée de la France à guerroyer contre les moines. »

Ainsi protestent et protesteront toujours les nobles fils de saint Dominique et de Lacordaire.

De vaillants catholiques,, leurs témoins et leurs défenseurs, protestaient avec eux : MM. de Lacroix, de Malefette, Catalade Bruzaud,Mercadié, de Raymond - Cahuzac (Georges), de Labarthe-Mallard , Jaffary, lo marquis d'Ayguesvives, le marquis Dadvisard, G. de Peyrecave, G. Sabatié, C. Folie-Desjardins , Ducros, Jalabert Lugagne, de Montbel, Sénac, de Welies, Lamary, de Reyncs, P; de Montbel.

Ces nobles défensears accompagnent dans leur triomphe ces nobles victimes. Dieu conduit providentiellement le cortège cans la cathédrale, en face de . cette chaire où le grand Lacordaire a fait entendre pour la dernière fois sa grande voix. Arrivés à Thôtel Ck)urtois, qui leur a été offert si gracieusement comme refuge, ils entendent ces admirables paroles dictées par un grand cœur, qui par son acte sublime d'hospitalité chrétienne, a conquis en ce beau jour le droit à nos fraternelles espérances.

« Mes Pères,

« Vous êtes les bienvenus dans ma maison; je

« vous reçois avec bonheur, au nom de la Liberté et

« et au nom de la Religion. Je vous abandonne com-

« plétement ma maison, elle est entièrement à vous. »

Ces espérances, qui réjouissent nos cœurs et dont la réalisatioa si désirée sera pour cet hôte si noble, si généreux la plus belle récompense, la chère Angleterre veut nous les faire concevoir pour elle-même.

L'Union de l'Église anglicane a envoyé au Cardinal-archevéque de Paris la protestation suivante contre les persécutions exercées en France envers les ordres religieux. Cette Union, qui représente toute la haute Église d'Angleterre, comprend douze évéques, deux mille cinq cents membres du clergé.

« Londres, 9 novembre 1880.

« Monseigneur, « Au nom de la liberté si chère aux Anglais, les soussignés, membres du clergé de l'Église d'Angleterre ou laïques appartenant à cette communion, désirent exprimer à Votre Eminence, et par l'intermédiaire de Votre Eminence à tous les catholiques de France, l'indignation que leur cause la persécution

à laquelle les Ordres religieux sont actuellement soumis en France.

« Nous ne pouvons eùtendre parler dé couvents violés, de chapelles profanées et d'hommes recommandables par leur pitié et leurs bonnes œuvres jetés dans la rue sans asile et demeurer silencieux.

» Permettez-moi donc de faire parvenir, par Votre Éminence, aux victimes d'une aussi injuste persécution, Texpression de notre plus chaleureuse sympathie dans répreuve qu'elles supportent, et Tassurance que, qu'elles que soient nos divergences religieuses, nous sommes cœur et âme avec elles dans la noble lutte qu'elles soutiennent pour la cause sacrée de la liberté et de la religion. — Charles L. Wood, président. »

Les Mariâtes.

Ces âls privilégiés de la Reine du Ciel ont eux aussi soutenu bravement le siège. Les allées, où se trouve leur couvent, étant le rendez-vous habituel de tous les promeneurs , ils sont plus que tous sous les feux de l'ennemi : les lupanards, le temple maçonnique, tout l'enfer est là. La secte infernale les couvait donc des yeux et envoyait sa bave; mais Marie, leur mère, qui les a conduits là par miracle pour y écraser bientôt la tête de Satan, Marie les gardait, et le R. P. Choisin, leur supérieur, a pu, les yeux pleins de larmes , les bénir à la sortie , au milieu de la foule émue; ceux qu'on avait payés pour être méchants semblaient être devenus, comme par miracle, pieux et sympathiques.

MM. Charles Sacase, Laumond-Peyronnet, Xavier de Planet, Ernest Raymond, Louis Guiraud, Henri et Charles de Rayssac, Joseph-Raymond de Cahuzac, Noël Folie-Desjardins, de Carbonel, Joseph Grégory , Gaston du Bonrg, de la Vieuville, Paul Fénié, Com-

mandant Torta et Birot étaient leurs courageux témoins. Ils ont passé avec eux les longs jours d'agonie.

* • Xe CardinaNArehevêqae de Tonlouse expulsa.

Nos bien-aimés Pères Câlvairiens , plus heureux que tous, avaient pour gardien et défenseur le Père aimé de tous, le vénéré pasteur du diocèse, Son Éminence le Cardinal- Archevêque de Toulouge.

Il venait mettre à la fois à Tabri , sous sa grande autorité , ses fils , nos bien-aimés frères les missionnaires du Sacré-Cœur, et son propre domicile, la maison du Calvaire qui est la maison-mère de la Congrégation; cette maison appartient en propriété aux archevêques de Toulouse, depuis 1822. Ni Son Éminence, ni ses fils, ni son domicile n'ont été respectés.

M. Charret, commissaire de police, a répondu à Son Éminence qufl n'avait pas qualité pour discuter ses titres et écouter ses plaintes et que tous. Cardinal et prêtres, devaient sortir.

Alors le Cardiial-Archevêque, s'est assis dans son fauteuil, et regardant en face, avec une noblesse et une sublime majesté, le valet audacieux :

« JE PROTESTE, a-t-il dit, ET JE DÉCLARE QUE JE NE CODERAI qu'a la FORCE. »

Le valet appelle deux agents de police. A la vue du Pontife, ils restent interdits.

Le valet s'approche alors lui-même, il lève la main et la pose sur l'épaule du Pontife impassible. Et cette main n'est pas tombée à terre desséchée ! 1 ! Oh ! mon .Dieu! quand viendra le jour de votre justice ?...

Le grand cœur du cardinal d'Astros est là dans son urne funéraire, au milieu de ses enfants. Anges du ciel, vous seuls, pourriez nous en raconter les saintes et frémissantes indignations !

Victime' de la violence. Son Émin.ence se lève aus-

sitôt et S6 retire, chassée de son domicile avec ses missionnaires bien-aimés.

Leurs. frères de Nazareth, de Pibrac et de Notre- Dame d'Alet étaient chassés comme eux ; mais le cœur de ceux de Toulouse, en quittant leur sainte communauté, était déchiré deux fois : ils laissaient là, solitaire dans son tombeau, désormais désolée, une grande et illustre mémoire !!!

Le jour même, M. le ministre de l'intérieur et des cultes était saisi de cette énergique jprotestation :

« Monsieur le ministre,

« Il est de mon devoir de vous signaler un des « actes les plus révoltants auxquels a donné lieu « Texécution des décret^ du 29 mars dernier.

« Ce matin, je consolais, au moment de répreuve, « quelques prêtres auxiliaires soumis à ma juridic- « tion, quand un agent de la police s'autorisant d'un « prétendu mandat, n'a pas craint de m'expulser d'un « établissement qui est la propriété du diocèse en « portant la main sur moi.

« Vous n'en doutez pas, monsieur le ministre, c'est <c à l'épiscopat tout entier, c'est à l'Église, c'est à Dieu « que s'adresse l'outrage dirigé contre ma personne ; « aussi, je le dénonce à la justice des pouvoirs pu- « blics, et si ce recours devenait, comme tant d'autres « fois, inutile, j'aurais le droit de penser et de dire « que, après en avoir fini avec les religieux, on com- « mence à travailler à anéantir la religion elle-même.

« J'espère que vous ne me réduirez pas à une extré- « mité dans laquelle vos déclarations d'abus ne pour- « raient m'empécher de remplir un devoir de ma < conscience épiscopale.

« Veuillez agréer, etc. »

« f Florian, « Cardinal-Archevêque de Toulouse. »

Nons lisons dans la Semaine catholique de Toulouse, si chère à tous les cœurs pieux :

« Dès que se répandit dans notre ville la nouvelle de l'acte sacrilège commis, le 3 novembre, sur la personne de notre vénérable archevêque, Témotion fut grande, et les catholiques accoururent de toutes parts pour en exprimer leur profonde affliction au premier pasteur du diocèse.

« Le clergé sentait particulièrement le besoin d'une réparation solennelle. Aussi le chapitre métropolitain s'est-il rendu en corps à l'archevêché , avec MM. les curés, aumôniers et vicaires, pour dire à Mk' l'Archevêque, par l'organe de M. le vicaire-général Dencausse, la douleur que causera longtemps aux prêtres et aux fidèles le souvenir de l'attentat.

« Monseigneur, profondément touché de cette manifestation, en a témoigné sa reconnaissance en termes émus. Il a retracé en quelques mots la douloureuse scène dontll fut victime dans sa maison du Calvaire et, après avoir montré la folie des hommes qui méditent la ruine de l'Église, tant de fois persécutée mais toujours victorieuse de ses ennemis, il nous a exhortés à prier pour eux , tout en restant attachés invinciblement à nos évêques, comme nos évêques le sont eux-mêmes au roc inébranlable qui porte le siège du Vicaire de Jésus-Christ. »

Ce que vous venez d'entendre, chers lecteurs, ou plutôt ce que vous venez de voir , car à ces récits l'âme est illuminée, elle voit et devine , vous l'auriez vu se renouveler presque à la même heure et presque au même jour, sur tous les points de la France.

Pauvre France ! que de larmes ! que de sing il faudra pour laver cette tache ! 1 !

Page 1