TABLEAU GEIVBRAL. DES PROSCRITS
L'apôtre bien-aimé de Jésus, proscrit lui aussi et exilé sur le rocher de Pathmos, vit un jour les cieux s'ouvrir et une légion innombrable de triomphateurs parut à ses regards; ils étaient brillants de clarté, et tous portaient des robes d'une blancheur éblouissante!... et une voix lui dit : « Ceux que tu vois sont c^rux qui viennent de la grande tribulation: ils ont lavé leurs étoles dans le sang de l'Agneau. Hi sunt qui venerunt de tribulatione magnd. »
Nos lecteurs seront heureux de jouir de ce même spectacle. Voici les âls de la tribulation : '
« Le gouvernement qui les frappe, dit la Gazette de France, les a mis hors la loi, la <;onscience publique leur fait cortège, et dans ces hommes qui ont souffert la violence et l'arbitraire honore les représentants du droit et de la liberté.
« Catholiques, nous nous courbons devant eux, leur adressant l'expression de notre respect; citoyens, nous saluons en eux les premiers persécutés.
« lis étaient désignés par leurs vertus et leurs mérites aux fureurs révolutionnaires. Ils ont, avec l'énergie que donne le sentiment du droit, supporté la violence ; on les a chassés du sanctuaire où ils priaient et de la chaire où ils enseignaient; ils ont appelé les juges, on a fermé devant eux le prétoire de la justice ; ils demeurent errants et proscrits ; ils ont subi l'iniquité et sont devant le mon Je et devant l'histoire, les victimes qui porteront témoignage contre ce parti républicain qui a menti à toutes ses promesses, et dans les convulsions de son agonie frappe, brise, proscrit, insulte tout ce qu'on respecte, brûle tout ce qu'on adore, ferme les couvents et ouvre les bagnes, substitue la police à la magistrature, jette les prêtres dans la rue et hisse Constans au ministère, crocbotte les domiciles et violente les conscience^,
Voici le tableau général des ordres religieux de France dont les membres ont été expulsés.
Nous les plaçons par ordre de fondation :
R6vépcii<ls Pères Carmes.
Le montCarmel en est le berceau; le prophète Elle, qui l'habitait, est regardé comme leur fondateur. La Sainte-Vierge elle-même y est venue (de son vivant) les constituer en Ordre religieux. Saint Louis les introduisit en France et leur légua son manteau royal. Vie de contemplation et d'apostolat.
!7 couvents, 176 expulsés, 14 et 16 octobre 1880.
Chanoines réguliers tie Saînf-Jean-dc-Latran.
Jésus-Christ lui-même ayant réuni ses Apôtres et vivant avec eux de la vie commune en est regardé comme le fondateur. Saint Augustin restaura cette vie commune, et les Papes l'établirent dans leur insigne basilique de Saint-Jean-de-Latran, mère et maîtresse de toutes les autres églises. L'illustre cardinal Pie, évêq^ue de Poitiers, les a établis dans son diocèse en 1875; parmi eux, et devenu apôtre, est le jeune Mortara, une des perles de la couronne de Pie IX.
1 couvent, 27 membres expulsés en novembre 1880.
Révérends Pères Bénédictins.
Ce grand Ordre, si célèbre par ses saints et par ses magnifiques travaux d'érudition, fut fondé au Mont- Cassin par saint Benoît, patriarche des moines d'Occident en 495. Il a défriché la France et civilisé le inonde. Ce que les siècles reconnaissants ont vénéré, la République ingrate et brutale l'a frappé.
Dom Guéranger a rétabli cet ordre en France , à Solesmes, en 1837, et le P. Muard à la Pierre-qui- Vire, en 1850.
i'i couvents, 239 mwbres expulsés en nov. 1880,
CIstereicns de Sénanqiie.
Cîteaux, abbaye bénédictine, fille de Cluny, fat fondée en 1090 par saint Robert. Le P. Marie-Bernard a rétabli dans notre siècle les moines de Cîteaux, à Sénanque, mais en mitigeant la règle. Ils possèdent aussi les antiques abbayes de Lérins et de Fontfroide.
6 couvents, 75 membres expulsés en nov. 1880.
Olive tains.
Branche bénédictine du mont Olivet, fondée en Italie en 1319 par le bienheureux Bernard; rétablie en France, en 1855^ à Saint-Bertrand -de-Comminges.
2 couvents, 20 membres expulsés en nov. 1880.
Trappistes.
Réforme de TOrdre de Cîteaux, par Tabbé de Rancé, en 16;>0. Dom Augustin, en 1791, Ta restaurée.
Par leurs prières et leur incroyable austérité, ils sont les anges de la France; par leurs œuvres agricoles ils en sont la richesse. Leur célèbre trappe de Staouëli est la fleur de notre colonie algérienne,
23 couvents, i,\^'d membres expulsés en nov. 1880.
RR. PP. Cainalduies.
Congrégation fondée par saint Romuald en 1012. Vie d'austérité et de solitude.
1 couvent; 4 membres expulsés en novembre 1880,
RR. PP. Prôinontrés.
Foûdés par saint Norbert, h Prémontré, en 1119.
Cet Ordre a en France deux branches bien distinctes : celle de Mondaye et celle de Frigolet, désormais illustre par son fameux siège.
Vi# contemplative, ministère apostolique.
5 Couvents ; 123 membres expulsés en novembre 1880.
Trinitaires.
Ordre fondé en 11 78 par saint Jean de Matha et saint Félix de Valois, pour la délivrance des captifs chrétiens. — Dirige un orphelinat.
2 couvents ; 1 1 membres expulsés en nov. 1880.
fVèri^s-Xittears Observantins.
L'Ordre des Frères-Mineurs a été fondé par saint François d'Assise en Italie, en 5213. Jamais Ordre ne s'est plus multiplié. Il se divise en trois branches : les Conventuels, les Observantins et les Capucins. Chacune de ces branches a son Général à Rome.
La glorieuse branche des Observantins renferme les Récollets. A elle est confiée la garde du Saint-Sépulcre et des sanctuaires de la Terre-Sainte. C'est à son zèle admirable qu'est due, en grande partie l'influence française en Orient : voici la récompense l
26 couvents; 409 membres expulsés en nov. 1880.
Frèrcss-niueurs Capueins.
En 15i5, un certain nombre de Frères-Minenrs Observantins d'Italie, désireux de se rapprocher plus étroitement de la manière de vivre de saint François , et reprenant son habit où le capuce plus long, ne fait qu'un avec la robe (leur nom de Capucins vient de là), obtinrent du pape Clément VII de former un Ordre à part dans la famille franciscaine et d'avoir leur Général particulier.
« Par leur vie mortifiée, leur costume austère, leur « corde, leurs pieds à vif et leur dévouement à Tœu- « vre des missions, ils ont toujours été par excellence « les apôtres du peuple, dit Lacordaire. »
« Le pauvre n'a-t-il pas besoin comme le riche des « ennivrements de la parole? Il a des entrailles à « émouvoir, des endroits de son cœur où la vérité « dort et où l'éloquence doit l'éveiller en sursaut. Il
« lui faut entendre Démosthènes, et le Démosthènes « du peuple, c'est le Capucin ! »
Ce que Lacordaire disait si brillamment, un évoque de sainte et chère mémoire, Ms' d'Arbou, dont Toulouse est fière, Pavait admirablement compris. Sa vie tout entière a été un travail de préparation pour le rétablissement des PP. Capucins à Toulouse
« Il les faut au peuple, me disait-il, il les faut au « peuple I » Et quand je le tenais dans mes bras pendant sa sainte agonie : «Ah! mon Père, je meurs heureux I Dieu m'a accordé la grâce de faire ce présent à ma ville chérie ! Enfin!... elle a des Capucins. »
Et aujourd'hui !!!... j'ai mis un voile de deuil sur le le portrait qu'il nous a laissé en héritage ».
42 couvents; près de 600 religieux expulsés en novembre 1880.
Tiers-Ordre règalier de Saint-François .
Saint François a été comme, une vigne féconde dont les rameaux out couvert la terre. Son p?*e7nier Ordre est celui des religieux qui professent sa grande règle: il a tt*ois branches magnifiques; sor^ deuxième Ordre est cplui des religieuses cloîtrées qlii suivent sa grande règle, donnée par Iih à sainte Claire sous les divers noms de Clarisses, de Colettines, de Capucines, d'Urbanistes; son troisième Ordre ou Tiers - Ordt^e est celui des personnes séculières qui suivent une règle particulière offerte par saint François à tous les chrétiens pour se sanctifier plus facilement
1. Toulouse doit encore à ce saint évêque le dôme si majestueux de l'hospice de la Grave. « La Papauté, disait-il, qui est la i)remière m,aje8té de la terre et dans laquelle vit le Christ, a le sien à Borne; la Pauvreté, qui est la seconde majesté et dans laquelle vit aussi le Christ, doit avoir le sien à Touloifte, » Paroles grandes comme son cœur et sa foi.
dans le monde. Les Papes, et en particulier Léon X, ont, par des constitutions particulières, rendu ce Tiers-Ordre régulier. Il n'est pas si austère que lèpremier Ordre et se trouve ainsi plus accessible à tous.
Il a été restauré en France, à Albi, par le R. P. François-Marie Clausade. Il se livre à l'apostolat et garde les pieux sanctuaires de la Drôche et d'Ambialet.
2 Couvents ; 20 membres expulsés en novembre 1880.
RR. PP. Dominieains.
Ordre célèbre fondé à Toulouse en 1218 par saint Dominique dans le but spécial de la prédication; il a été restauré en France par le R. P. Lacordaire.
Que de gloire! que de sainteté! que de grands souvenirs!... Un enfant de saint François peut-il prononcer le nom de ce grand Ordre sans tressaillir? Le baiser fraternel de saint Dominique et de saint François ne dit-il pas au monde, depuis six cents ans, nos saintes amitiés?
19 couvents; 293 memb. expulsés en novembre 1880.
RR. PP. Rinimes.
Ordre fondé en Italie en 1436 par saint François-de- Paule, mort en France, où l'avait appelé Louis XL
1 couvent, à Fréjus, 4 memb. expulsés en nov. 1880.
RR. PP. de la Somasque.
Ordre de Clercs réguliers, fondé par saint Jérôme Emilien, en 1530, à Venise. S',occupe des orphelins.
2 couvents ; 1 4 membres expulsés en novembre 1880.
RR. PP. Barnabites.
Clercs réguliers fondés à Milan dans l'église Saint- Barnabe par le vénérable Zaccaria, en 1530. Apostolat. Enseignement.
La Commune elle-même les avait respectés, à cause de leur dévouement dans les ambulances. Bannis aujourd'hui, ils ont pu écrire h M. Ôrévy que son gou-
vernement était plus cruel pour eux que la Commune.
4 communautés ; ^2 membres expulsés en oct. 1880. RR. PP. Jésaites.
Cette illustre Compagnie, qui fut fondée le 15 août 1534 à Paris (à Montmartre ou Mont-du-Martyre, comme signe de leurs futures tribulations), par saint Ignace de Loyola, se livre à l'apostolat et à renseignement. Nous avons raconté leurs gloires.
76 Communautés, soit Résidences, Collèges, Scolasticats ou Noviciats; 3,252 expulsés le 30 juin i880.
Frères liospitaliers de Sain(«Jean«de-*Dien»
Fondés par ee grand saint en Espagne, en 1540. Us se dévouent an soin des malades, et se sont toujours illustrés par fèur héroïque charité. Voici la récompense !
8 grands iiôpitaux d'aliénés ou incurables ;5168 membres expulsés en novembre 1880.
RR. PP. do la Doctrine ehrétlenne.
Cette Compagnie fut fondée dans le Vaucluse en 159'2 par le vénérable César de Bus. Apostolat.
2 Communautés; 9 membres expulsés en nov. 1880. RR, PP. CamilUcns.
Leur Ordre a été fondé en Italie, en 1800, par saint Camille de Lellis pour le soin des malades.
4 Communautés; 30 membres expulsés en nov. 1880.
Les Clercs Ré^^iiliers de Notre Sanvcar.
Fondés par le B. Pierre Fourrier, en 1623, dans la Lorraine. Apostolat.
4 Communautés; 28 membres expulsés, nov. 1880. La Compagnie de Marie.
Fondée à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en 1700, par le vénérable Grignon de Montfort. Apostolat, 7 Communautés; 170 membres expulsés, nov. 1880.
RR. PP. Rédemptoristea.
Fondés en Italie, en 1722 par Saint- Liguori, le génie de la théologie pratique : Doctor uiilis. Apostolat.
Établis en Alsace, la Prusse les exila comme trop amis de la France et maintenant la France les exile !
M Communautés ; 126 membres expulsés, nov. 1880.
RR. PP. Passionnistes.
Fondés en Italie, en 1741, par Saint-Paul de la Croix, le grand apôtre de la Passion de Jésus. Apostolat. 5 Communautés; 31 membre expulsés, nov. 1880.
RR. PP. Raslliens.
Fondés à Annonay, en 1800, par Merd'Aviau. Apostolat. Enseignement.
80 membres expulsés en novembre 1880.
RR. PP. de rimmacuIée-Conceptton.
Congrégation fondée à Chavagnes (Vendée) sous le titre d'Enfants de Marie Immaculée, eu 1805, par le vénérable Baudouin. Apostolat et séminaires.
Les si aimés Pères de Lourdes, fils de N.-D. de Garaison, et établis à Garaison par Ms' Laurence, portent avant tous ce nom si beau. Apostolat et séminaires.
La Vierge Immaculée garde encore ses enfants.
RR. PP. Oblats.
Fondés à Aix-en-Provence, en 1816 par Mer de Mazenod et approuvés par Grégoire XVI et Pie IX. Apostolat et séminaires.
Le cardinal Guibert, archevêque de Paris, est une des grandes gloires de cette congrégation à la garde de laquelle il a confié TÉglise nationale du S^cré- Cœur à Paris, qui, malgré l'enfer, garde la France.
21 Comçaunautés; 240 membres expulsés, nov. 1880.
RR. PP. Rapistes.
Fondés à Lyon, en 1816, par le vénéré P. Colin. Apostolat. Collèges, séminaires, missions étrangères.
Ces missionnaires ont été et sont encore les grands apôtres de TOcéanie. En civilisant au prix d© leur sang ces peuples antropophages ils ont préparé les voies au drapeau français. Voici la récompense !
30 Communautés; 200 membres expulsés, no v. 1880.
RR. pp. du SAcré-Cœnr,
Les missionnaires du Calvaire, à Toulouse, portent ce beau nom. L'illustre cardinal d'Astros les y a fondés, en 1840. Apostolat. Séminaires.
4 Communautés ; 31 membres expulsés, nov. 1880.
Les missionnaires d'Issoudun portent aussi ce beau nom. Ils se sont dévoués au culte du Sacré-Cœur sous les auspices de Marie, d'où leur dévotion à Notre- Dame du Sacré-Cœur tant honorée à Issoudun. Le cardinal du Pont les y installa en IBoo. Apostolat.
La chapelle miraculeuse est fermée et les missionnaires expulsés en novembre 1880.
RR« PP. du Sai II f «Sacrement.
Fondés à Paris, en 18u7, par le P. Eymard pour Tadoration spéciale du Saint- Sacrement.
6 Communautés; 49 membres expulsés, nov. 18^0.
RR. PP. de IVotre-S>ame du Sion.
Fondés à Paris, en 1860, par ie R. P. Ratisbonne, pour l'apostolat de la Terre-Sainte.
3 Communautés; 19 membres expulsés, nov. 1880.
RR. PP. Aug^nscins de rAssamption^
Fondera Nimes par l'illustre R. P. d'Alzon, que la France pleure, et approuvés canoniquement par Pie IX en 1864. Apostolat. Enseignement.
Cette congrégation, sijeune encore est déjà, comme la Vierge en son Assomption, montée sur un trône de gloire : l'iatelligence exceptionnelle de ses membres et leur admirable dévouement les y ont placés. Qui ne lit le Pèlerin!' qui ne connaît Pœuvre de Notre- Dame du Salut et les miracles obtenus à Lourdes ?
7 Communautés; 68 membres expulsés, nov. 1830.
RR. PP. de Saint-Bertln.
Congrégation de prêtres séculiers. Apostolat.
2 Communautés ; 91 membres expulsés, nov. 1880.
QUAM PULCHRA. TBNTORIJL TUA ISRABL !
Qu'ils sont beaux tes innombrables Ordres religieux, 6 sainte Église catholique ! Quelle admirable variété dans une sainte et sublime unité. A chacun de ces Ordres son esprit particulier , à chacun son costume, mais à tous un seul cœur, une seule âme, un seul drapeau, la croix! un seul chef, te Pape! Le prophète Favait chanté : Voyez l'Église s'avancer comme une Reine parée du manteau d'or de la charité et riche de ses splendides joyaux aux couleurs variées ! Astilit Regina circumdata vutnetate. L'unité dans la variété n'est-ce pas la grande loi des œuvres divines?
Par cette ravissante variété la vie religieuse devient accessible à toutes les aptitudes, elle manifeste au monde les splendeurs diverses de la vie du Christ et répond admirablement à tous les besoins si multiples de l'humanité. Il n'y a pas une douleur, une infirmité, un cœur à consoler, une larme à tarir qui ne rencontre un religieux ! Comme les étoiles du ciel ils sont là et au premier cri du Dieu qui est charité ils répondent : Nous voici : Dicunt ei adsumus.
Quel spectacle ! On comprend la rage de Satan; mais au retour des religieux, quel triomphe ! ! I
La Providence n'a pas laissé accomplir de si graves événements^ sans manifester sa justice et son amour par des incidents divers qui humilient les méchants et exaltent les justes^ ces incidents sont si nombreux que nous ne pouvons en faire qu'un petit clioix pour réjouir, reposer et édifier nos lecteurs.
I>*arin6e au siège des Couvents.
Malheureux ! vous en flétrissez l'honneur !
Si le Gouvernement du 4 Septembre avait employé contre les Prussiens le dixième d'énergie que M. Constans vient d'employer pour faire l'assaut des monastères, certainement la France aurait été vingt fois victorieuse.
Quelle ardeur guerrière! Quelle intrépidité!... Police, gendarmerie, bataillons, dragons, artillerie à cheval; fusils, épées, canons môme, je crois, tout est en branle, et l'ennemi ! où est-il?... Je le cherche en vain... Je ne vois que quelques pauvres moines qui ne demandent qu'à prier, à faire du bien à tous . et à vivre tranquillement en paix avec Dieu, en paix avec leur âme, en paix avec tous leurs frères et même en paix avec la République ; ils vous l'ont déclaré!...
Et encore une fois, voici des bataillons qui s'ébranlent, voici venir des régiments entiers !...
Et voilà que par cette équipée, aussi ridicule que criminelle, on souille à la fois toutes les gloires de la nation, on en tarit toutes les forces vives, on en éteint toutes les énergies; police, fonctionnaires, magistrature , armée , il faut que tout entre dans un système nouveau dont Vinfection dégoûte et révolte quand elle n'asphyxie pas.
« Un des commandants de notre noble armée, cloué par le devoir à ce poste rebutant, frémissait de dépit d'avoir porté là Tépée de la France. On vint de la part du général lui demander où en était Topératioii : « Allez, dit-il, allez. dire au général, que les vidanges de Constans sont faites. »
Bravo ! s'est écriée la France vengée dans Thonneur de son armée si chère et d'autant plus aimée qu'elle porte encore les stigmates sanglants de son martyre.
A Saint-Brieuc a lieu l'expulsion des maristes et du salvatoriste, ce dernier dissous comme formant à lui seul une congrégation :
« Sur la place de la Préfecture, au moment où le citoyen Bertereau faisait donner l'ordre de croiser la baïonnette pour empêcher la foule d'arriver, un militaire s'écria : « Il y a toigours quelque chose que nous n'empêcherons pas de passer, c'est le mépris î »
Absolument authentique.
Bravo ! s'est écriée la France vengée dans l'honneur de son armée.
De son côté, le général de Sonis remettait dans le fourreau la noble épée qu'il portait à Patay et donnait sa démission de général de division au moment même où on lui offrait la position élevée entre toutes , celle de commandant de corps et les plus grands honneurs militaires : « Non, non, a-t-il dit, J'ai assisté aux désastres de ma patrie, mais je ne puis assister à ses hontes. »
Bravo! vénéré et vieil ami; je ne croyais pas qu'il vous restât une gloire de plus à conquérir. J'applaudis et je vous félicite; la France et l'univers catholique applaudiront et vous féliciteront avec moi.
Bravo I s'est écriée la France Tengôe dans l'honnear de son armée.
Non, non, l*armée peut lès souflBrir ces hontes, mais les vouloir, jamais 1... Quelle honte, que le siège du monastère de Frigolet.
On a hien choisi le nom du général qui commandait Tattaque... L'honneur français ^tait hien mis sur le Billot,
La Charipe an Clairon*
Ce n^est pas sur le champ de hâtai lie, contre les Prussiens, ni sur la place de la Concorde, contre l'émeute rugissante !...
Ecoutez I lé clairon retentit... Ahî si Farre le GRAND n'avait pas remporté son immortelle victoire sur les tamhours, quel tapage !
Clairons, sonnez la charge !
Gendarmes, soldats, un, deux, trois, chargez !
Et les épées hrillent, les gendarmes ont le revolver au poing et les soldats la haïonnette en avant. Seulement l'espace leur manque pour déployer leurs rangs.
Et où vont-ils donc ces terribles soldats ? Parlez, ne faites plus de mystère, où et contre qui s'exécute cette charge terrible?
Ne soyez pas impatients, je vais vous le dire : Elle s'exécute à Versailles, à Paris, à Mont^Roland, un peu partout, dans de pieuses chapelles, et, à Pau, dans le monastère des Frères Observantins, elle s'exécute, le croiriez-vous, dans un étroit corridor. Dans ces chapelles, c'est contre des femmes qui prient;
dans ce comdop, c'est contre quelques témoins qui protestent
Les pauvres femmes dans ces chapelles, les témoins dans ce corridor, tous sont renversés à terre, foulés aux pieds, balayés; la baïonnette môme a touché la poitrine de quelques-uns de ces témoins intrépides.
« Frappez, frappez, s'écrient-ils, voilà notre poitrine ouverte, frappez en pleine poitrine, frappez tant que vous voudrez, mais vous ne nous empêcherez pas de venir ici défendre les saints que vous persécutez et de vous dire que ce que vous faites est Inpamr. »
Kia Cdte«Pavée, li Tonlonse ^
« Prenons garde, prenons garde, 3>se disaient entre eux, tout doucement et à l'oreille, et préfet et commissaires de police, et agents et argousins de toute espèce. « Prenons garde, prenons garde..., vous ne savez pas ? — Et quoi ?— Ôh ! c'est terrible... là-haut, à la Côte-Pavée, nous y serons engloutis certainement, engloutis tout vivants!... Prenez la lorgnette, allez voir, mais tenez-vous loin, ne passez pas trop au-delà du chemin de fer. — Il est terrible ce couvent des Capucins I ce Père Marie- Antoine est capable de tout! il veut s'engloutir tout vivant et nous engloutir par dessus le marché ! tout est miné, il y a de la dynamite!... Tenez, je vous passe la lorgnette, regardez en face, du côté du mur de clôture, ne voyez-vous pas la bouche béante d'un canon braqué et d'un canon de gros calibre? »
Et les escouades d'agents arrivaient, et successivement toutes les figures pâlissaient, et ces frayeurs
1. lie monastère des Capticins, à Toulouse, est situé au quartier de la Côte*FftTée.
— Ui -
terribles ont duré, combien diriez-vous? plus d^ quinze jours et toujours crescendo.
Ce canon braqué n'était ni plus ni moins qu'une vieille carcasse d'ophiciéide enrhumée que nos jeunes défenseurs, aussi spirituels, aussi saintement gais que belliqueux et intrépides, avaient placée sur un affût, la gueule béante, et toujours- dirigée ver? nos argouslns,
La dynamite, ô foudroyante dynamite t le croiriezvous? ce sont les médailles que je distribuais aux petits enfants et les Ave Maria que je leur faisais dire pour la conversion de M. le Préfet et surtout de M. Gonstans. Oh f terrible dynamite I
Tout ceci fut nne petite diversion très-joyeuse, trèsagréable pour nous pendant cette interminable quinzaine d'agonie; mais ce qui ne fut pas très-joyeux pour nos envahisseurs, c'est la manière dont ils ont été reçus à la Côte-Pavée, quand ils y sont venus au grand jo^r des exécutions, de grand matin et à la sourdine. Malgré l'heure si matinale et une pluie glaciale, un bataillon de braves hommes, de braves femmes, armés d'indignation, de colère, les attendait de pied ferme, leur montrant le poing et les arrosant d'insultes. L'une de ces femmes ne peut se contenir; femme d'un commandant, elle sent monter au cœur une ardeur guerrière ; elle se jette au-devant do la voiture où sont les commissaires et qui vient àimit^ vitesse ; mais rien ne l'effraie, elle prend les chevaux aux mords, les arrête, et fait ses compliments à la portière. Jamais la grêle n'est tombée plus dru... Pendant ce temps, ses compagnes se précipitent à leur tour. « Pour nos PP. Capucins, s'écrient-eiles, nous portons des couronnes; pour vous, Messieurs, une botte de foin... il faut que vous ayez bien faim, misérables 1 il faut que vous soyez bien abrutis pour faire une nareille besogne!... Mangez, mangez, voilà
du foin ; et elles cherchent à enfoncer la botte de foin dans la voiture. »
Pas si mal trouvé!... Arrive un moment, a dit le Saint-Esprit dans les saints Livres, où celui qui abandonne le Seigneur pour devenir Tesclave de Satan « doit manger du foin comme le cheval et le mulet, privés de raison. » Sicut equus et mulus quibus non est intellectus.
Pour les hommes, au contraire, qui vivent de charité, de foi et d'amour, il faut des fleurs et des cou» ronnes, parce que c'est par la foi que le juste remporte toutes les victoires.
La Côte-Pavée en a été le théâtre en ce grand jour. Oui, toutes les victoires ont été remportées à la fois : victoire sur Satan et les fils de Satan, victoire sur le respect humain, victoire sur la mollesse et la sensualité, victoire sur les passions trop souvent aveugles de la jeunesse, victoire sur les préoccupations de l'âge mûr et les timidités, les craintes exagérées de la vieillesse.
Depuis plus de quinze jours, des femmes, oubliant la faiblesse de leur sexe, veillaient devant nos portes nuit et jour; des jeunes gens, des pères de famille et des vieillards, habitués au luxe de la vie, se condamnaient dans notre monastère à une vie de pénitence et de sacrifices, couchant sur la paille et souvent même sur la planche nue, mangeant dans nos pauvres écuelles, s'unissant à nos exercices religieux, et interrompant leur sommeil pour le chant de notre office, et cependant la paix, la félicité, la joie parfaite et suave inondait toutes ces âmes, et tous nous redisent encore : « Oh l qu'il faisait bon habiter avec les fils de saint François I Oh ! le vrai paradis de ma vie ! »
Et depuis, la Côte-Pavée n'est jamais déserte. C'est vraiment un pèlerinage : chacun se dispute le bonhetir de venir v nourrir les pauvres proscrits; le$
pauvres eux-mêmes voudraient se priver de leur morceau de pain pour nous. La belle statue de la Vierge de Tavenue, celle de la douce Germaine, celle du séraphique Père, la grande porte de la chapelle, qui n'a pas voulu garder les scellés, -— ils disparaissent à rinstant, ainsi disparurent ceux de la pierre du sépulcre, — sont couvertes d'innombrables couronnes sans cesse renouvelées. On a placé sur la porte une croix avec ces mots : In hoc signo vincês*.
Nos vœux ont été exaucés. J'avais dit au jour des adieux et des larmes : « Mes frères, vous viendrez « lorsque l'œuvre d'iniquité sera accomplie, lorsque « notre Jésus sera expulsé, exilé de ce tabernacle ; « lorsque ces portes seront sous les scellés, comme « les portes de la maison d'un criminel, vous vienne drez et, à genoux sur ce seuil solitaire, vous pleu- « rerez et vous baiserez ces portes profanées. Vous « demanderez miséricorde pour les coupables et <i prierez pour les pauvres proscrits. Et vous, ô. « Viei'ge notre mère, vous ne pourrez plus nous sou- « rire du haut de cet autel!.. Et vous, ô notre serait phique Père, du sein de cette gloire, vous ne pour- « rez plus bénir vos enfants ! î t Et vous, ô mon bien- <( aimé saint Antoine de Padoue , le grand apôtre , le « grand thaumaturge de cette chère ville de Tou- « louse, vous resterez là sur cet autel solitaire, mais « vous aurez ce divin enfant toujours dans vos bras « pour vous consoler!... »
« Aht venez, mes frères, venez le prier toujours, « ce saint si aimable et si aimé, ce patron si chéri ; « vous vous mettrez à genoux sur le seuil de la cha- « pelle, il vous entendra toujours ; il fait trouver les « choses perdues, il vous fera retrouver vos Pères. »
Encore une fois, ces vœux sont surabondam-
ï. Chez Pïovost (Toulouse), magnifique collection des photo* graphies de ces statues, de ce portail et des religieux proscrits.
ment remplis. Aussi quelle joie! quels ineffables tressaillements, quand vont yenic les Jours du triomphe !
Les Châtiments.
Ce n'est pas très-aimable déjà de trouver devant soi du foin & manger, mais ce qui est moins aimable c'est de trouver devant soi un avenir terrible de honte à dévorer et dans soi-même un remords éternel à endurer! C'est « lever rongeur qui ne meurt jamais. »
C'est à devenir fou de désespoir, déjà ce malheur terrible s'est réalisé pour les coupables^ l'excommunication est tombée sur leur âme comme la foudre!
Et ceux qui rient encore sauront bientôt ou pendant cette vie , ou après cette vie qui s'écoule comme un songe, si on peut prendre une excommunication à la légère.
Écoutez ce récit dramatique et lugubre à la fois : nous l'empruntons au correspondant du Gaulois.
M. Secret (Louis-Théodore), âgé de quarante-trois ans, chevalier de la Légion d'honneur, capitaine depuis le 3 mars 1873 à la compagnie de gendarmerie de Versailles, vient d'être frappé de folie à la suite des scènes horribles auxquelles a donné lieu l'expulsion des Capucins de Versailles.
M. Secret, auquel la triste besogne répugnait, reçut du préfet, le 5 de ce mois', l'ordre de se tenir avec ses hommes sur la voie publique.
Mais voici que les crocheteurs, après une heure d'effraction, se trouvent en. présence d'une foule pieuse qui remplissait la chapelle. du couvent.
Ordre fut donné d'évacuer : on refusa, et le capitaine Secret envoya une douzaine de ses hommes dans la chapelle. Trois ou quatre cents personnes,
femmes, enfants, vieillards et citoyens inoffensifs, étaient là, opposant aux gendarmes une résistance passive.
— Noils ne pouvons pas, capitaine, dit le brigadier. On adjoint aux gendarmes des soldats du i«' du
génie.
La moitié des fidèles est traînée hors du lieu saint.
— Capitaine, il n'y a plus moyen de rien faire, dit un lieutenant. Tous les assistants s'étaient, pour ainsi dire, enlacés les uns aux autres, se tenant par la main et formant un rempart humain au tabernacle.
Le capitaine Secret devient livide ; ses hommes sont haletants...
— Chargez ! hurle rofficier, chargez I
Et alors la troupe entière , surexcitée par la voix de son chef, fond sur le troupeau fidèle et Tarrache, brebis par brebis, du bercail trois fois sanctifié par sa résistance héroïque.
Les derniers sortent à leur tour , et le capitaine tressaille; il vient de reconnaître les magistrats du parquet de Versailles, maintenant démissionnaires, dont lui, l'officier de police judiciaire, a pu apprécier la haute et sublime intégrité. .
Us passent froids, impassibles.
C'est le coup de grâce, et désormais il n'y a plus place que pour le remords dans cette âme de soldat.
Rendu à lui-même, il s'est livré au plus profond désespoir.
La fièvre chaude, le délire..:, la folie, en un mot, s'est emparé de cette solide organisation de soldat ; pour la première fois de sa vie, il a rougi de ses épaulettes, et sa fpi militaire s'est écroulée, entraînant dans sa chute son intelligence bouleversée.
Pour éviter un suicide, on a transporté le capitaine à l'hôpital militaire de Versailles, où les médecins ont déclaré son état presque incurable.
Le malheureux officier gémit, pieure et s'écrie: « Que ne sont-ils là pour me dire qu'ils me pardonnent!»
liste pardonnent, malheureux, parce que leur Dieu est un Dieu de miséricorde ; ils te pardonnent, et nous, BOUS te plaignons.
P. S. — Les renseignements fournis plus haut ont été scrupuleusement contrôlés et reconnus exacts.
Le capitaine Secret est encore à l'hôpital, où personne ne peut l'approcher.
Que pensez-vous maintenant, chers lecteurs, de la naïveté ineffable et de la révoltante effronterie de notre pauvre commissaire Dalous? J'aime à ne pas croire à samalicç! Ce pauvre hopime, le croiriez vous, veut absolument avoir la gloire de m'avoir remis par bravade, oh! c'est trop fort, et je vous le donne en cent! de m'avoir donné, dit-il, et les mauvais journaux l'affirment avec lui, un reçu contrôlé, parafé, timbré, que sais-je! pointé même de points franc-maçonniques, et de quoi, je vous prie? De Vexcommunication! Pauvre M. Dalous! Relisez attentivement ma protestation, pesez-en bien tous les termes à ce passage capital où je vous parle de l'excommunication, et voyez si je vous dis ; « Je vous donne l'excommunication ! »Non ! non î je vous dis, au contraire, que vous vous la donnez à vous-même et que , par votre faute et votre seule faute, vous la faites, par le seul fait, tomber sur vous; votre crime l'y appelle lui-même : c'est un vrai suicide. Et comme le suicide, et encore plus que lui, c'est le dernier terme de la malice ou de la folie! Maintenant, soyez fier et laissezvous berner par la secte infâme qui exploite votre naïveté! Toujours est-Il que je n'ai nas conscieoee
d'avoir rien reçu de semblable et que mes yeux n'ont pas été souillés par ce factum franc-maçonnique
Nos hérofqoes défeiweiirs.
A Paris, à Toulouse et presque dans toutes les villes de France, nous avons le bonheur de compter un très-grand nombre de martyrs du droit et de la liberté. Quiconque souffle pour une cause sainte est un martyr, un témoin de Dieu : la prison est la première étape, l'effusion du sang est le triomphe.
Il serait difficile de dire tous les noms de ceux qui ont été arrêtés; ils sont déjà écrits en lettres d'or dans le livre des élus. Notre T. R. P. Arsène, "provincial de nos Pères capucins de Paris, a eu cette gloire.
Les journaux de Paris portent encore le nom d'un homme cher à notre cœur : M. le baron de Lassus, et ce qu'il y a de prodigieux, c'est le motif allégué pour sa condamnation : « à cause de son attitude. » Si cela suffit, Je sais à l'avance qu'il l'a bien mérité, parce que Je sais à l'avance que son attitude a été, qu'elle est et sera toujours noble et ferme; voilà un homme qui décidément n'est pas fait pour vivre sous la République, il est certain d'être éternellement condamné; et J'en connais bien d'autres comme lui.
Nous ne pourrions sans ingratitude taire les noniB de ceux qui ont été arrêtés à Toulouse ; ne pas revendiquer pour eux une éternelle reconnaissance serait un éternel reproche pour nos cœurs.
Par suite de l'attentat de la police, ont été arrêtés, rue Mage, en face de chez M. Courtois : M. de Viguerie, M. Léon de Poumayrac, odieusement insulté par les agents; MM. Bagnères, Auguste Reynis, de la Tourasse, Lafage, de Andrade, Paul Fieuzet , Bu^caillon et Daubin, jeune ouvrier.
Ces messieurs ont cie cnivlnits, les uns à la prisoa du Capitole et les autres nu Palais-de-Justitîe.
— loi -~
C'dst pour eux devant Dieu et devant les hommes un honneur dont ils ont le droit d'être fiers. Tous , leurs courageux amis leur envient ce bonheur, et i en particulier MM. le commandant Lefôvre, le baron d'Escaillars, Rivière, ingénieur civil, qui, avec :^1M. Paul Fieuzet et Buscaillon, dirigeaient leurs eiTorts, Veillaient avec eux sans cesse et partout, et protégeaient tous les points à la fois.
Que ce Dieu les bénisse au centuple, et qu'après en avoir fait des héros, il fasse de chacun d'eux un saint !
Notre jeune et vaillant rédacteur de V Union du Midi et des Nouvelles, et tous ses confrères de la presse conservatrice, tous si intelligents, si courageux, si cruellement poursuivis, ont une place con* Quise au milieu de ces noms glorieux.
Honneur à tous , honneur surtout à M. Georges Maisonneuve dont le journal vient d'être condamné et par conséquent exalté ! Sa plume, trempée dans le feu, rapide comme l'éclair, n'en sera que plus puissante pour foudroyer l'ennemi et le clouer au Pilori.
La Magistrature,
La religion, la magistrature, l'armée, l'agriculture unie à l'industrie, sont les quatre roues du char qui portent la patrie, la révolution qui a été, qui est et sera toujours son bourreau doit les attaquer nécessairement toutes : Ensemble à la peine, il faut qu'elles soient ensemble à la gloire : il faut qu'après l'armée, la magistrature ait aussi sa page dans notre livre d'or. Elle a si admirablement conquis ce droit.
M. Jules Ferry, président du conseil des ministres, parlant solennellement à la tribune , vient d'y proférer un mensonge solennel.
« Nous avons frappé les religieux, a-t-il dit, parce
qu'ils étaient en état de rébellion ; ils étaient l'instrument des partis hostiles à la république.
« En état de rébellion! s*est écrié M. Keller, l'illustre llls de l'Alsace, l'intrépide orateur catholique, que dites-vous? Votre gouvernement oublie-t-il la déclaration qu'il a proposée lui-même aux religieux, oublie-t-il que dans cette déclaration il est dit : Nous sommes complètement étrangers aux passions des partis politiques.
« Les religieux, instrument des partis hostiles à la république!... que dites-vous, M. le ministre... Et les magistrats que vous aviez choisis vous-même ou approuvés, les aviez-vous choisis ou approuvés comme hostiles à la république? or, qu'ont fait ôes magistrats? Ils ont protesté comme les religieux et avec les religieux. Bientôt près de trois cents sont descendus de leur siège. Ils ont tout sacrifié plutôt que d'aller contre leur conscience et de tremper leurs mains dans cette œuvre d'iniquité. »
« Ils se sont honorés, et je les honore, et la France et le monde entier les honore , et tous les siècles les honoreront à leur tour. Jamais, sachez-le bien, M. le ministre, jamais gouvernement n'a reçu un stigmate pareil infligé par ses fonctionnaires. »
Entendez ces nobles paroles : « Voici le texte de leurs démissions répété à l'unisson dans chacune de leurs lettres :
« Monsieur le ministre,
« Je ne puis m'associer aux mesures et à la procédure que prescrivent vos instructions sans porter atteinte à l'indépendance et à l'intégrité de mon caractère de magistrat. Des religieux dignes de tout respect, des citoyens français sont menacés d'être expulsés de leur domicile par la force publique sans mandat de justice.
« En présence d'actes pareils que ma conscience réprouve et que les magistrats du ministère public sont impuissants à prévenir et à réprimer, j'ai l'honneur de vous prier d'accepter ma démission, vengeant ainsi à la fois la France, la magistrature et les ordres religieux. »
A la lettre de démission qu'on a lue, j'en ajoute une autre d'un magistrat célèbre par son talent, mais plus célè.bre par sa sublime attitude.
Aux instantes prières qui lui étaient faites, dit VUnive7*s, de ne pas quitter son siège d'avocat- général à la Cour de cassation, puisqu'il n'avait pas à prendre part à l'exécution des décrets, M. Lacointa a fait cette noble réponse :
« Je remplis une mission honorable, IR LE RE-
« connais; mais je la tiens d'un ministre qui donne « des ordres déshonorants.
« Cela suffit pour que je refuse de conserver « mon poste. »
. Le mot de M. Lacointa restera, parce qu'il est l'expression de la vérité.
Plus de deux cents magistrats, au noble et héroïque caractère, ont regardé ces ordres comme un outrage : ils ont refusé de rester les subordonnés d'un ministre donnant, suivant l'expression de M. Lacointa, « des ordres déshonorants. »
Voulez-vous savoir ce que valent devant Dieu ces actes sublimes ? Écoutez encore M. Lacointa ouvrant son cœur à un de ses amis :
« Pour donner ma démission, j'ai dû, vous le savez, « renoncer à tout le bien-être qu'un père est si heu- « reux d'assurer à ses enfants, et, croyez-le bien, ce « n'est pas sans émotion que j'ai brisé une carrière « aimée. »
Que M. Lacointa reçoive ici mon cri d'admiration en même temps que mon baiser d'ami , et que ce cri
d'admiration arrive jusqu'aux générations futures. Son père bien-aimé, dont j'ai eu le bonheur de bénir la dernière heure, applaudit du haut du ciel.
Ecoutez encore, c'est presque à la veille des fameuses fêtes de la Bastille :
Gaillac, le 10 juiUet 1880.
MoDsiear le garde des sceaux,
J'ai l'honneur de tous adresser ma démission.
Ma loyauté ne me permet pas, en gardant plus longtemps le silence, de laisser supposer que j'approuve les décrets du 29 mars dernier, et que je pourrais, le cas échéant, prêter mbn concours à des mesures que ma conscience désapprouve.
Catholique sincère, je ne puis au lendemain de la première exécution de ces décrets, m associer à des réjouissances publiques.
Je renonce donc, non sans tristesse et regret, à des fonctions que j'ai toujours remplies avec impartialité et indépendance.
Ch. DE BONKB, Procureur de la RèjmUique à GaUlac.
La magistrature assise se déclare compétente^ malgré l'épée de Damoclès suspendue sur sa tête, et la magistrature debout se retire : quel spectacle !...
Jamais pouvoir a-t-il reçu une si solennelle leçon ?
Oui, nobles magistrats, c'est sublime ! retirez-vous, puisque l'injustice veut pénétrer dans le sanctuaire de la loi et qu'il faut en voiler le Christ !
Vous partagez les mêmes gloires que les proscrits. S'ils sont les victimes innocentes, n'êtes-vous pas les victimes volontaires ? Aussi, faut-il que toutes les générations vous bénissent et que la France soit éternellement fière de votre héroïque abnégation !
Gloire aussi aux membres du barreau finançais î Plus de deux mille ont signé la consultation de M« Rouss •. Déjà la fleur du barreau finançais avait opiné dans le même sens, en adhérant à la consultation de MM. de Vatismenil, Berryer, de Carné. Nous
avions été heareui:, à cette époque, de trouver au nombre des jurisconsultes qui affirmèrent si hautement le droit des religieux le nom de M. Charles de Saint- Grosse , maintenant premier président de la €our de Toulouse.
Tribaiial des conflits.
« Une loi et des Juges ! — Forum et Jus! » s'est écrié M. Demolombe en terminant son splendide chefd'œuvre.
Un gouvernement s'est rencontré qui a dit à vingt mille citoyens : « Vous n'aurez ni Loi, ni Juges. La loi, c'est Moi; les juges, c'est Moi, et pour qu'il n'y ait pas de débat possible, c'est moi qui m'a:ppelle Tinbunal des conflits, car c'est moi-même qui le présiderai eten le présidant je serai le maître. Je me suis assuré le nombre des voix; je serai ainsi Jw^e Qipartiey et c'est moi qui vous condamne à l'avance. •
C'est ainsi qu'aurait dit, qu'aurait fait Danton; c'est ainsi que dit et que fait M. Cazot.
Voyant cela, MM. Tardif et Lavenay, membres du, tribunal des conflits, se sont retirés, les avocats n'ont pas voulu plaider et M. Cazot débat en toute liberté, juge, immole, hache, pulvérise le droit et la justice!
Voilà le tribunal des conflits... de M. Cazot !1!
Tant il est vrai que la justice ne pourra jamais se trouver dans un gouvernement qui s'est séparé de Dieu; n'est-elle pas un des grands attributs de la divinité?
Dieu seul est grand!
Dieu seul est bon !
Dieu seul est juste!
M. le ministre de la justice ne l'oubliez jamais!
De ce grand chapitre des persécutioms, la conclusion lo^i(}ue^ S8|,isisç£^nte )£|, voie} ;
Tout honnête homme est persécuté ou peut s'attendre a l'être, et tout honnête homme est
FIER d'avoir mérité CETTE GLOIRE.
Qu'épargne-t-on en effet?
Rien, absolument rien; ni la majesté divine du Souverain-Pontife, ni la sainteté et le courage de nos évêques, ni la vie de perfection et d'austérité des religieux, ni le dévouement sublime des Frères des écoles chrétiennes et des Sœurs de charité, ni l'héroïsme des Charrette, ni l'intégrité et l'inamovibilité sacrée des magistrats, ni la liberté des électeurs, ni l'éloquence des orateurs, ni l'honneur de l'armée, ni la probité la plus modeste du plus humble, du plus petit des fonctionnaires : tout est suspect , tout est insulté, bafoué, persécuté !
Oui, tout c*e qui est bon, grand, honnête, sublime, entre nécessairement et de plein droit dans les gloires de la HUITIÈME DES BÉATITUDES.
La terre maudit les persécuteurs, admiré les victimes, le ciel applaudit. Et l'armée du bien serre de plus en plus ses rangs pour la grande bataille , unie et compacte sous le regard de Dieu !
Aux Femmes chrétiennes..
Femmes chrétiennes, nous avons cité, dans ce douloureux récit, les noms de nos témoins et nous ne citons pas les vôtres. Vous avez été cependant d'admirables témoins du Christ. Votre gloire fait notre impuissance : un grand volume n'y suffirait pas. Les hommes fesaient la garde par centaines, vous par milliers. Nuit et jour vous étiez à ce noble rendezvous de l'honneur et de la foi , priant, pleurant et prêtes à mourir martyres. Dignes émules des saintes femmes qui consolaient et assistaient Jésus aux heures douloureuses de sa passion, soyez mille fois bénies î Anges du ciel , écrivez leurs noms dans le livre de vie et préparez d'immortelles couronnes ! î !