‹ Le livre d'or des proscritsChapitre 20 sur 26 · VIVENT LES PROSCRITS · texte numérisé non relu

VIVENT LES PROSCRITS

Et ces voix me viennent de partout et surtout de l'exil !

Oh î voix des frères exilés, que vous êtes chères à nos cœurs I ! ! Ils pensent à la patrie ! Ils pleurent ! Ils rêvent déjà le retour et ils tressaillent !

« Me voici sur la terre d'exil! écrit un de nos Jeunes religieux; vous ne comprendrez Jamais ce qu'il en coûte à un cœur français pour franchir la frontière! Oh séparation du sol français! Oh chère Patrie ! ! ! Pour me séparer de toi, il m'a fallu regarder le oiel!... Je ne puis plus vivre loin de toi qu'en m'ap* puyant sur le tabernacle!..

« La nuit, je rêve de la France et il me semble rentrer à Toulouse au milieu des ovations que nous faisaient ses chers et pieux habitants !... »

Ces joies du futur triomphe sont déjà Si enivrantes, les palmes cueillies dans la persécution et dans l'exil sont si belles, que leur seule pensée fiait sur les grands cœurs l'effet de l'aimant irrésistible.

« Je n'attends plus, mon Révérend Père, m'écrit un « jeune homme de grande famille, Je n'attends plus. « L'heure du combat est la plus belle pour s'enrôler. « La persécution, l'exil, rien de tout cela ne m'effraie « puisque c'est pour Dieu que Je dois souffrir et n'est- 4c ce pas pour souffrir qu'on se fait Capucin?.., »

« Vos novices sont déjà en Espagne, me dit-on, « sera-t-il possible de recevoir un nouveau soldat ? <ç Le local, les vivres, tout doit manquer là-bas, « mais il y a toujours place dans une armée au mo- « ment de la lutte ; donnez-moi donc l'adresse de ces « chers exilés! Avec eux je mangerai le pain de « l'exil, avec eux j'attendrai le jour de Dieu et je « serai Canucin!!! »

Et ces choses, nos oreilles les entendent! Et ces merveilles, nos yeux les voient !

Après cela, il n'y a plus qu*à contempler le ciel !

Oui, le ciel ! et je veux finir ce Livre par les mêmes paroles que Dieu mit dans ma bouche au moment de nos dernières joies, quand, le jour de la Toussaint, nous célébrions pour la dernière fois dans notre chère chapelle, maintenant solitaire, les fêtes du ciel que nous ouvrent nos persécuteurs. Voici mon dernier cri :

« La persécution élève les âmes, les agrandit, les « fortifie, les enflamme 1... Ils croient couper le chêne « au pied et le faire mourir, et moi je vois germer « sous la hache la génération des élus ! 1 !

« Regardez- les plongés éternellement dans la gloire, « s'énivrant de lumière, de bonheur et d'amour ! I !

« Là, plus de tristesse ni de douleurs ; là plus de « larmes \ ni de souf&anees; là plus de séparation, « mais éternelle félicité, et rien ne pourra jamais en « troubler, en interrompre la béatitude!... Là plus « de décrets d'expulsion ; là plus de crochetage : la « porte du ciel est inaccessible.

« Mais une autre porte aussi le sera : la porte de « l'enfer!... une fois fermée, elle ne s'ouvrira plus!.., « Ils ne riront plus alors; ils grinceront des dents, et « le ver rongeur déchirera leurs âmes î...

« Et ainsi chacun sera à sa place I... et pour Féter- « nité! »

La foule émue et en larmes répondit par ce chant :

Dieu de clémence, 6 Dieu vainqueur.

Sauvez, sauvez la France Au nom du Sacré-Cœur 1

A ce cri, la Révolution frissonne; mais nous, nous priona, nous aimons, nous espérons! I!

Cri de Reconnaissance.

Notre dernière parole, cher lecteur, doit être un cri de reconnaissance et une bénédiction.

Reconnaissance à Dieu qui est tout en toutes choses et qui est tout dans la composition de ce livre.

Reconnaissance à Marie-Immaculée, ma mère du ciel, et à TÉglise catholique, ma mère de la terre, au jugement de laquelle je soumets, en fils soumis, toutes ces pages, toutes mes paroles, toutes mes pensées.

Reconnaissance à vous, cher lecteur, d'avoir, en les lisant, mis votre cœur à Puni sson du mien pour aimer avec moi Dieu et la France.

Oui, reconnaissance éternelle, au nom de tous les PROSCRITS DE JÊsus-CHRiST, et que cette lettre, déjà écrite pour les habitants de Toulouse, arrive par vous, chers lecteurs, à tous ceux qui voudront bien réciter une petite prière pour TÉglise, pour la France et pour tous les religieux persécutés.

Les religieux Capucins s'étant faits pauvres pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, n'ont d'autre trésor que Téternelle affection de leur cœur et leurs ardentes prières pour témoigner leur gratitude à tous leurs bienfaiteurs et amis qui viennent défaire éclater pour leur' défense tant de courage et d'héroïques vertus.

Cette affection et ces prières leur sont acquises à tout jamais.

Le Dieu du ciel, qui entend toujours la prière du pauvre, exaucera les nôtres, et ils seront tous bénis et récompensés au centuple.

Reconnaissance éternelle à n®s gardiens et défenseurs.

Reconnaissance éternelle à tous nos bienfaiteurs-.

Reconnaissance éternelle aux bons habitants de la chère ville de Toulouse.

Reconnaissance éternelle aux bons habitants de la Côte-Pavée.

Au nom de tous les Pères et Frères du couvent de Toulouse.

P. Marie-Antoine,

Capucin,

Toulouse, ce 5 novembre 1880,

Bénédiction miracnlense de notre séraphtqne Pèi*o saint François d'Assise.

Que le Seigneur vous bénisse et vous conserve î... Que le Seigneur tourne sa face vers vous et qu'il

vous donne sa paix !

Que le Seigneur vous fasse miséricorde et vous

montre son divin visage I Que le Seigneur vous donne sa sainte bénédiction.

Ainsi soit-iK

Que le Seigneur vous donne une heureuse et sainte vie, pleine de mérites et de vertus, une douce et sainte mort et une belle couronne dans le Ciel l Ainsi soit-il.

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