‹ Le livre d'or des proscritsChapitre 7 sur 26 · ARRACHÉ · texte numérisé non relu

ARRACHÉ

Il faut ANÉANTIR LA RELIGION BT DiBU LUI-MEME.

Si nous le dirions franchement, le peuple' Serait effrayé; il faut le tromper; inventons un mot pour couvrir notre jeu. Ne disons pas : la Religion c'est l'ennemi, mais disons ; le Cléricalisme c'est V ennemi.

Les cléricaux sont les ennemis de la société moderne, de Vidée moderne, de la France moderne.

§ 3. ^ Le Coup do lance.

Le masque une fois arraché, voici le grand coup de lance. M. Jules Ferry le reçoit en pleine poitrine. Écoutez :

« Je suis citoyen français ! s'écrie le P. Félix. Mais peut-être Votre Excellence tient à savoir si, en même temps que citoyen français, je ne «uis'pas encore

autre chose. Dieu me garde de dissimuler devant vous ce que je .considère, comme le pitiâ grand honneur de ma vie. Eh bien ! oui, je suis fils de ce Loyola dont le fantôme obsède aujourd'hui tant d'imaginations, et dont le nom seul semble donner à tant d'hommes faits, des peurs d'enfant. Je suis jésuite, et c'est ma gloire.

« Donc, que Votre Excellence, derrière ma demande, veuille bien ne voir ni la robe blanche du dominicain , ni la soutane noire du jésuite, ni un spectre clérical quelconque : cette vision vraie ou fantastique troublerait la sérénité de son esprit, et plus ou moins l'empêcherait de bien entendre mes raisons. Clérical ou non, jésuite ou non, c'est un citoyen français qui prend la hardiesse confiante de demander à M. le ministre de l'instruction pjjblique en France pourquoi il prétend interdi^^e à des citoyens français la liberté de se vouer à renseignement de la jeunesse française, et quelles peuvent être, dans la pensée intime d'un homme qui parle d'affranchir et de relever la France, les raisons avouables de frapper d'ostracisme une fraction considérable des enfants de la France, et avec eux la très -grande majorité des pères et des mères de famille que porte la patrie française.

« Réfléchissez bien avant de répondre et prenez bien garde de ne pas tomber en contradiction.

« Eh bien ! monsieur le ministre, cette humiliation, c'est la vôtre : Vous tombez de contradiciion en contradiction. »

Prenons la lance du courageux et éloquent champion, et résumons en deux mots les deux cents pages de son ardente et sublime Apologétique, et parlons avec lui et comme lui.

Oui! voici la contradiction où vous tombez, et cette contradiction vous écrase.

Vons dites f t)ôpuis 89 nous sommes soue nû régime nouveau et nous en sommes fiers. Depuis 89 le temps n'est plus aul privilèges, nous ne connaissons pas de religieux devant la loi, nous ne connaissons que des citoyens. Nous sommes le régime de la Liberté, de VÉgalite et de la Fraternité, voilà notre gloire 1

C'est bien, Monsieur le Ministre, merci de cette superbe affirmation, je m'en sers comme d'une lance, et atec cette lance, je vais vous frapper au cœur.

Je me présente , et je réclame comme Français , avec mes diplômes et mes brevets en main, le droit d'enseigner quiconque veut entendre mes leçons, droit reconnu et consacré par la loi comme le droit de tous, et vous me dites : Halte-là! vous êtes religieux , vous êtes jésuite, dominicain, capucin ! Vous n'avez pas le droit d'enseigner.

Mais, Monsieur le Ministre, prenez garde, vous Vous mentez publiquement et formellement à vousmême : Mentita est iniquitas sibi. Vous tombez sot» ce stigmate t la coNTRAMcnoif .

Quoi! voua êtes le régime de l'a liberté, et la première chose que vous faites, c'est de me prendre ma liberté!

Vous êtes le régime de l'égalité, de l'égalité de tous devant la loi , et la première chose que vous faites, c'est de m'enlever le bénéfice de l'égalité !

Vous êtes le régime de la fraternité, et précisément, parce que nous nous sommes faits religieux pour vivre, en frèreô, vous m'enlevez ce droit de vivre en fraternité !

Vous m'expulsez de l'enseignement, vous m'expulserez bientôt de mon couvent sans que je Paie en rien mérité.

Les gouvernements que vous nommez despotique» et que vous avez renversés vous-même ne l'ont pas

fait; n'ont paè osé le fadre, et Tonè ôsèiE le faire et vous les faites!

VoUà le coup de lance en pleine poitrine. Mais ce n'est pas assez d'un coup de lance, pour un crime semblable, avant que notre blessé expire, il faut un plus humiliant, un plus terrible châtiment^ il faut la potence.

S 4. — La Potence.

Il est raconté dans les saints livres qu'un ministre fameux, grand-maître du palais, Aman était son nom, avait un orgueil satanique, il voulut être adoré et il y réussit, il y avait des lâches qui ne voulaient pas fléchir le genou devant Dieu et qui le fléchissaient devant lui : Flectebant genua et adorabcmt Aman.

Jamais homme plus rusé, jamais homme couvrant son orgueil d'un masque plus hypocrite, figurez-vous qu'il allait jusqu'à baiser les pieds d'Esther, contre laquelle cependant il avait préparé un arrêt de mort. Mais celui qu'il détestait entre tous c'était Mardochée, parce que celui-ci, homme d'intelligence, de prière et de courage, ne rampait pas devant lui; aussi une potence fut dressée et c'était devant sa. propre demeure qu'il voulait pendre son ennemi pour rassasier sa vue de ses convulsions dernières et son œil de tigre couvait toujours sa victime.

Mais qu'advint-il? miracle de la justice et de Ifi sagesse de Dieu ! Le roi Assuérus dit ce seul mot : « Qu'Aman soit pendu à la potence qu'ira dressée pour Mardochée. » Aman y fut pendu et tous les sieps avec lui.

« Suspensus est itaque Aman in paJibulo quod pa- ^ave?*at Mardochœo, »

« Nou<i n'en voulons nas à la religion, nous lui bai-

sons les pieds; nous n'en roulons qu'à renseignement clérical et, par conséquent et avant tout, aux jésuites, parce qu'entre tous ils donnent un enseignement clérical. L'Etat est en danger, la République est perdue si cet enseignement existe! « Lb suffrage UNIVBRSBL> d'ailleurs, BST PASSIONNÉ CONTRE

LUI, l'bnseignsmsnt catholiqub sort db l'auons^ ifBNT. » Textuel^.

L'allgnementl mais c'est la caserne , c'est le commandement militaire clouant à leur place une file de soldats sur une même ligne droite , sans bouger ni desserrer les coudes 1 Fixe! portez armel droit alignement I marche! ou la salle de police!... genoux terre ! devant M. le ministre de l'instruction publique et ses décrets !... ou la potence!

Jésuites, TOUS y serez demain ; la potence est dressée. Voyez ce 7 de mon Article, vraie forme de potence !... et le journal ofâciel du maître, la République Française, oubliant cette fois d'être opportuniste et démasquant sa vraie figure de jacobin, encourageait l'opération et applaudissait à l'avance, disant tout doucereusement, tout mielleusement : « Il est temps que la République cesse de se montrer aimable pour les cléricaux. »

Merci de l'avertissement! quelle naïveté, la République aimable! la République de 93, aimable ! la République des insurgés de juin, aimable ! la République du 4 Septembre et de la Commune, aimable ! la République des Gambetta, des Jules Ferry, des Ck)n8tans! aimable ! Merci de la naïveté ! aimable 1 et déjà elle avait supprimé l'aumônerie militaire, avait chassé les Frères et les Religieux de leurs écoles, avait supprimé la loi du dimanche, diminué le traitement de

1. Voir les discours de Jnles Ferry contre les jozyi Q^xtes et pour rartide 7

nos Btd^ueg, énohiaîûé Pftdmi«liSi^atiôn de nos Fabriquas, éésorgftaieé l*araié«, la m«f istratiire, tous i%s serrioes publies, poa TB o iTa«i i partout les oMricaux, faisant la obasse aux ctéricaux, comme on fait la chasse aux loups! et cet atoiraisrle jouroal nous dit :

<c H est temps que ta Répubii^que cessa de se montrer aimable pour les cléricaux. »

« M. Ferry, ami dé mon maître, et mini^tire de sos hautes-œuvres, préparez la potence î à la potence les Jésuites, à la potence les clédcaux \.)> Quelle amabilité t

Sénateur^, prenez garde et tous, prenez gaide que le Maître ne soit pas content de vous, et demain : En avant! marche I

Le lendemain, 9 mars, la potence est dressée aux pieds de la tribune du Sénat, la France, l'univers entier la contemplent : Quelle sera la viet^ne? les Jésuites ?

Non ! non t Dieu est j^uste t I>ieu seul est grand !

Une majorité de 148 voix contre 129, a repoussé l'Article 7.

Ferry, le cher Jules, Taimable Jules y est pendu t qui a tenu la corde pour le pendre? Un autre Jules, * devenu éternellement illustre par cette opération CBr pitale : M. Jules Simon, désormais digne du nom de clérical *.

1. KoiLS a^entiUons anena des gloriettx défenaetin de la liberté à la tTibnne du Sénat; oui nom îéMoitcma tous oeac qui ont yoté et sortent parlé contre Finlqve ÂiHtàt 7. Ànrait-on jamais cra pouvoir tmir an nom de MM. Bavigftan, Ohesnelong, Baragnon, de Larciy, les nomi de MM. Litfcré, Vadierot, Laboulaye, Wal« Ion, Joies SisBLon, DQfanie, de yetgma>Ijav6miére» tous du camp répabUoein. M. Joies Ferry s'en sonTiendra, tons l'ont flagellé à Venvi : était-il mordant ce bon vieiHard, M. Dofaure ! quels coups de verge quand il a rappelé les pérégrinations à trayers la France de cette d personnalité voyageuse d essayant de pla* cer son Article 7,

Tandis que le Journal du Maître rerse des larnies et ppdftd le detni, tou^s liMS feuiiies rftdioalds haus» sent les éf a!»le3 et imtuftent. Le JHUtppei s'éerie : « Oh t quel Bsalftëi^it, artron jarnais ru pins d'inH»éeUllté 1 » La Lanterne : « Oh t qiisl désastre powp M. Ferry ! » et le M^i â^^dre : « M. Ferry a stérilement et niaiseinent a^lté'te pa^rs pendant plus d'un an, arec son faiaenx Artiele 7, et yoilà ce qu'en a fait le Sénat! »

Bt tandis (}ne la l^uhli^iHe fran^Mse pleurait et que Fefi journaux radicaux riaient, rëglise catholique teot entière tressaillait d'allégresse, et ch«Mittait son c%a^t^|8e de recannaissanoe au Christ tri^mphataar.

Tout Téplecopat, sans exceptioi, arait fait entendre sa grande Toix pour détourner la tempête t Tous les pré^^es, tous les religieux, tous les âdMes avaient prié, prot€«té ; plus de deux millions de si^natares èèatent arrivées au Sénat.

Bntenées la reix des pères cëvétieas «t des mferes sbrétiennes

KlOTfiSTA^eK DBS PÂaVg OHRlftniNS

« Les catàoliques français, MM. les sénateurs, sa- « vent toute la soumission qu'ils doivent aux lois de « leur paysj mais ils savent aussi qu'avant d'obéir « aiux hommes, ils doivent obéir à Dieu, Or, il n'est « rien que Dieu nous commande comme rédncatton « chrétienne de nos enfiants; ne cesaptez donc pas « que jamais ils reculent devant les luttes et les sa- « criflces, pour arracher les âmes de leurs enfants « aux périls qui les menacent. »

PROTESTATION DBS MERES CHRÉTIBNNBS

« Nous, mères chrétiennes, nous revendiquons nos « ^r<9itd imprescriptibles : nos^ enfants nous' appar-

« tiennent. A TÉtat, nous abandonnons leurs vies « quand il s'agit de défendre la patrie, mais sans lui « livrer leurs âmes, dont nous répondons devant Dieu.

« Nous protestons de toutes nos forces contre le « projet qui menace de fouler aux pieds la liberté de « nos consciences et les plus chères aspirations de « nos cœurs.

« Si notre voix n'est pas entendue, nous nous en^ « gageons à redire sans cesse à chacun de nos âls, ce « que l'illustre mère des Machabées disait au plus « jeune des siens, après le martyre des six autres : « Mon âls, ne crains pas le bourreau ; mais reste di- « gne de tes frères, et meurs plutôt que d'offenser « ton Dieu ! »

Quand on entend un tel langage et qu'on sent très-* ' saillir ces cœtirs, on comprend facilement l'immense joie qui inonda toutes les âmes françaises dignes de ce noble nom : c'était la joie d'une mère retrouvant son fils qu'elle croyait perdu. Voici une page des saints livres qui la peint au vif; elle clôturera admirablement ce chapitre :

Un petit enfant venait de naître au milieu des fils d'Israël; sa mère ne put l'embrasser pour la première fois, qu'en l'arrosant de larmes. Le tyran d'Egypie, où vivaient captifs ces fils d'Israël, venait de décréter que tout enfant premier né devait être jeté dans le fleuve du Nil... Et cet enfant était le premier né de sa mère... Et sa mère déjà le trouvait si beau!... Elle réussit à le cacher pendant trois mois, mais il fallut bien se rendre, la loi étant à la fois : laïque, obligatoire et tyrannique.

Pauvre mère!... Elle entoure de bitume un petit berceau de joncs, elle y place l'enfant de son cœur en le couvrant de baisers et de larmes, l'abandonne dou-

cernent aa courant des eaux et, toute tremblante, le suit des yeux; en ce moment, la fille de Pharaon vient se baigner au fleuve. Oh ! surprise, elle voit un enfant dans un berceau tout près du rivage; Tenfant, par ses vagissements, appelait sa mère. Oh! cher enfant, s'écrie la fille. du roi, je te prends pour mon fils, et elle cherche une nourrice. La vraie mère se présente sans décliner son nom, elle est acceptée. Nourrissezmoi bien cet enfant, lui dit la fille du roi et vous aurez une grande récompense ; Accipe puet^um et nutri mihi. Et la mère le nourrit avec une ineffable tendresse : SuscepU mulier et nutrivit puerum. »

Et Tenfant grandit et devint le sauveur et le législateur de son peuple.

Il avait été arraché à la loi laïque et obligatoire, il avait été arraché au fleuve satanique et universitaire où Ton voulait Tengloutir et il avait été remis par un miracle dans les bras de la religion, son unique, sa vraie, sa tendre mère l

La fille du roi, c'est la France.

Le jeune Moïse, ce sont nos enfants bien-aimés.

La mère, la nourrice, c'est l'Église catholique qui, seule, donne la vie et peut nourrir les âmes.

11 faut que la France sauve l'enfant du fleuve universitaire et l'arrache aux griffes de la marâtre pour le rendre à la mère.

D'ailleurs, qu'on le sache bien, comme conclusion pratique de ce chapitre sur l'Article 7, — qu'on peut appeler l'article universitaire, —je le proclame bien haut, appuyé sur les principes théologiques les plus incontestables.

Si l'Université adopte franchement Véeole sans Dieu, et retire le christ des classes des lycées et des classes communales, si elle n'y admet plus la prière et l'enseignement du catéchisme, si elle remplace, en ua mot, par l'irréligion ft^ancUemwt afflohée, la

demi-religion de teinte voltairienne qu'elle a toujours eue, je tiens quLun confesseur ne pourra, sans engager gravement sa conscience, donner l'absolution aux parents qui, de gaîté de cœur, laissent leurs enfants dans ces classes et les condamnent ainsi euxmêmes à une mort morale presqu'infaillible. L'agneau qu'on mène à la boucherie n'est pas plus à plaindre que ces tendres victimes.

Quand le peuple est lui-^même, c'est-à-dire tel que Dieu l'a fait et non tel que nous le font les fils de Satan qui l'exploitent, sa voix est la voix de Dieu : VOX POPULI, voi Dei.

Entendez la voix du vrai peuple chrétien :

Un ouvrier est venu me trouver au monastère; père de famille, il me conduisait ses deux enfants me priant de lés bénir et, au moment où je levai ma main sur leur tête inclinée, cet ouvrier tout ému s'écrie ;

• <K Ah I mon Père, qu'avons-nous fait au bon Dieu « pour vivre sous un pareil régime. Ces gaillards -là <c (sic) ne se contentent pas de nous arracher jus- « qu'au dernier sou, avec leurs impôts qu'ils aug- « mentent toujours et qu'ils exigent sans pitié, ils « voudraient encore nous arracher nos enfants, nous « enlever nos bons Frères et nous forcer à mettre « nosjanfants dans des Ecoles où, en leur enseignant ^ à ne pas aimer le bon Dieu, ils les enseigneraient èi « devenir nos assassins î »

« Et en me disant ces paroles, que je rapporte textuellement, ce pauvre ouvrier en blouse pleurait et il ajoutait avec un accent de sublime dignité : « Ah î « nos sous ! ils peuvent nous les arracher, mais nos « enfants, non, jamais ! jamais ! »

Ici la voix du peuple est la voix i>b Dieu.

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