CHAPITRE DEUXIÈME
UBS DÉCRETS
§ i. --- Nonvelle potence où Ils seront tous pendus.
Voici la nouYelle potenoe; oelle-ci est bifurquée; ce n'est pas pour rien. Elle peut servir en ménoe temps de fourche pour enlever tous les religieux d'un seul coup et de potence pour les pendre tous à la fois. C'est vraiment un coup de génie infernal. Lisez. C'est le ministre de l'intérieur et des cultes, M» Charles Lepère, le protecteur par conséquent de la religioB et des religieux qui parle; M. Jules Cazot, ministre de la justice, le défenseur par conséquent de tous les droits des citoyens parle avec lui et signe avec lui le préambule des décrets.
« Un recensement opéré en 1877 constate, disentils, l'existence de cinq cents congrégations non autorisées, comprenant près de vingt-deux mille religieux des deux sexes. j> ,
Ces vingt-deux mille religieux sont citoyens fran-^ çais ne l'oubliez pas; ils paient exactement l'impôt et ne répandent que des bienfaits sur tout le sol de la patrie. MM. les ministres vont féliciter certainement la patrie de les posséder, tout le monde l'aurait cru; détrompez-vous, c'est pour les pondre à la potence, et pour quel crime :
Le préambule vous le dit : c'est la Chambre des députés et par conséquent c'est Gambetta, son président et son satrapô» av^ ses séides : Jules Ferry, Lepère, Cazot, etc.
dbyGoOgfe
Et qu'ont-ils tous ces messieurs? et qu'est-il arrivé à cette pauvre Chambre? Le préambule encore vous le dit : i
« C'est la discussion de la loi de renseignement supérieur », c'est le triomphe de la liberté sur l'Article 7 qui en est la cause; tout est furieux, tout est dans la rage, Chambre, Gambetta, Ferry et consorts.
« La Chambre, dît toujours le préambule, confiante « dans le Gouvernement et comptant sur sa fermeté « pour appliquer les lois relatives aux congrégations <c non autorisées «> (c'est-à-dire pour expulser vingt- « deux mille religieux ou religieuses) » passe à l'or- « dre du jour. »
De leur côté, Gambetta, Ferry et consorts le redisent à satiété. Tous les jours, depuis le triomphe de la liberté sur l'Article 7, la République française s'écrie : « Quoi qu'il arrive, la volonté nationale « triomphera. » (J'aime beaucoup cette volonté nationale, la volonté de ces aimables messieurs !). « La (L France ne veut pas d'un régime qui accorde des « privilèges aux congrégations religieuses : elle veut « s'arracher au joug du cléricalisme. »
Entendez la Petite République .* « Le Sénat a voté « pour Jes Jésuites. La question cléricale n'est pas « enterrée pour cela ; elle renaît plus impérieuse, plus « urgente. Dans le duel engagé entre la démocratie « et le cléricalisme » (j'aime beaucoup ce duel entre un fils et son père! le clergé catholique n'a-t-il pas été, n'est-il pas et ne sera-t-il pas toujours le seul, le vrai père du peuple), « dans ce duel, ce n'est pas la démocratie qui « sera vaincue, nous en faisons LE SERMENT. » (Style dos Loges maçonniques.)
Donc, tout est réglé ; et au nom de la liberté, de Végalité et de la fraternité, les frères et amis demandent au président de la République un premier décret, ou l'ej^pulgion des Jésuites à jour û%o et sans
rémission et un second décret réglant les formalités à remplir par les autres congrégations dites, à faux, non autorisées.
Comment résister à des accents si pathétiques?
M. Jules Grévy, président de la République, a un cœur si sensible ! A la minute, les deux Décrets demandés sont confectionnés et parfaitement signés, insérés au Bulletin des Lois et au Journal Officiel,
PEEMIER DÉCEET
ARTICLE FBEMIEB. — Un délai de trois mois, à dater du présent Décret est accordé à l'agrégation ou association non autorisée dite de Jésus pour se dissoudre et évacuer les établissements qu'elle occupe sur le territc-'re de la République.
Ce délai sera prolongé jusqu'au 31 août pour les établissements dans lesquels l'enseignement littéraire et scientifique est donné par les soins de î'Ap{:;o(îir.tiou à la jeunesse.
Art. 2. — MM. les ministres sont chargés, etc.
Fait à Paris, le 29 mars 1880.
Joules Grbvy.
(Et la signature des deux ministres.)