DEMI-BRIGADE
Du 19 février 1796 au 24 septembre 1803, date à laquelle les corps reprirent déflnitivemeut le titre de régiment, la 8^ demi-brigade se signala dans 21 combats et surtout à la célèbre bataille de Hohenlinden, dont le nom brille à si juste titre sur le drapeau du régiment.
Le grenadier Aubert.
Le 25 août 1800, le lendemain du combat d'Offenbourg, il se passa près du village de Grissen une affaire chevaleresque entre le grenadier Aubert de la 8® demi-brigade et un soldat autrichien du corps des Manteaux-rouges.
La compagnie de grenadiers du 2^ bataillon se trouvant postée à la lisière du village de Grisseu, il s'engagea entre elle et une troupe ennemie qui occupait un village voisin une assez vire fusillade. Les grenadiers avaient reçu Tordre formel de ne pas quitter leur poste pour courir sus à l'ennemi; celui ci, ignorant cette circonstance et attribuant à une toute autre cause l'attitude passive de cette compagnie, en prit occasion pour rinsulter. — Un soldat du corps des Manteauxrouges, parlant français, s'approcha plus près que les autres en proférant des paroles outrageantes. Le grenadier Aubert, brave et excellent soldat, lui proposa aussitôt d'en finir avec les insultes que les Autrichiens se permettaient gratuitement à l'égard de sa compagnie^ en réglant l'affaire à
eux deux par un combat singulier au fusil. Le Manteau-rouge accepta et les deux adversaires se placèrent sur la grande route à 150 pas Tun de l'autre.
A cet instant, la fusillade cessa des deux côtés, car l'attention de tous était attirée sur les deux combattants. Les armes à feu avaient très peu de précision à cette époque ; aussi, quoique le grenadier Aubert, après avoir tiré, marchât chaque fois sur son adversaire et s'exposât ainsi davantage, trois coups de fusil furent d'abord tirés de part et d'autre sans résultat ; enfin, au quatrième coup, le Manteau-rouge tomba pour ne plus se relever. Eiectrisés par l'exemple de leur camarade, tous les grenadiers sollicitèrent la permission d'aller provoquer l'ennemi et de le combattre corps à corps ; mais l'ordre de ne pas quitter le poste était formel, et l'autorisation ne put leur en être accordée.
Le brave grenadier Aubert reçut un fusil d'honneur en récompense de sa noble intrépidité.
Bataille de Hohenlinden.
Le 3 décembre iHOO, jour de la célèbre bataille de Hohenlinden, la division Richepanse, dont faisait partie la 8® demi-brigade, formait l'extrême droite de l'armée française.
La veille, le général en chef Moreau, prévoyant que les Autrichiens allaient commettre la faute de l'attaquer dans la vaste forêt où il avait suies attirer, avait donné mission au général Richepanse de prendre l'ennemi à revers , au moment où celui-ci, débouchant du bois dans la large éclaircie qu'occupaient notre centre et notre gau-
che, viendrait se heurter de front contre nos troupes.
Le 3 décembre, à 7 heures du malin, Richepance se met en marche par des chemins impraticables et couverts de neige vers Mattemboët, son objectif ; il ne tarde pas à donner dans un corps ennemi qui flanquait la gauche des Autrichiens. Laissant la brigade Drouet pour le contenir, il continue sa route à la tête des 8® et 48« demi-brigades ; arrivé au village, il le trouve occupé par les cuirassiers de Nassau, les fait prisonniers, traverse Mattemboët et se forme en bataille au débouché : mais bientôt cerné par des forces supérieures, il confie au général Walther et A la brave 8®, sur laquelle il savait qu'il pouvait compter, le soin de leur tenir tête et, suivi par la 48^ il s'élance Pépée à la main contre l'entrée du bois solidement occupée ; ni la fusillade, ni la mitraille ne l'arrêtent ; une colonne de grenadiers hongrois s'avançant sur lui au pas de charge, Richepanse se retourne, jette les yeux sur ses soldats et leur crie : « Que dites-vous de ces gens-là ? — Ils sont morts ! » répond tout d'une voix la 48® qui, prompte comme la foudre, se précipite tête baissée sur la colonne ennemie, la culbute et la met en déroute. — A ce moment, on entendit des cris confus à l'autre extrémité de la forêt ; c'était l'intrépide Ney qui refoulait de son côté les Autrichiens dans le bois. — Ney et Richepanse se rejoignent et s'embrassent aux acclamations des troupes. L'ennemi est débandé.
Richepanse vole au secours de l'héroïque 8®, qu'il avait laissée aux prises un contre cinq, mais qui n'en avait pas moins su, elle aussi, cueillir
sa bonue part de laariers ; il trouve le vaillant général Walther grièvement blessé, porté par ses soldats, mais le visage rayonnant de joie d'avoir contribué à une si éclatante victoire.
Parmi les braves de la S^ demi-brigade qui se signalèrent plus particulièrement durant cette mémorable journée, on doit citer surtout le sergent Thulot qui se précipita sur une pièce de canon au moment où le feu allait y être mis, tua le canonnier qui tenait la mècbe et, aidé de quelques camarades, emmena triomphalement ce trophée dans nos rangs.
Trois braves.
Au mois d'août 180i, nous retrouvons la 8® demi-brigade devant Boulogne où elle repousse toutes les tentatives que font les Anglais pour prendre pied sur le littoral.
Dans ces divers engagements, le sergent Bbau- DiN et les soldats Jarry et Bourgogne se signalèrent d'une façon toute spéciale.
Le i7 août, jour du bombardement, le sergent Beaudin ne quitta un bateau sur lequel il était monté pour signaler rapproche des Anglais, que lorsque ce bateau eut été coulé ; le 27. le même sergent ayant le premier aperçu l'eiinemi qui cherchait à débarquer dirigea si bien le tir d'une batterie près de laquelle il avait été placé en soutien avec ses hommes, qu'il força les Anglais à reprendre le large.
Le soldat Jarry fit preuve, ce même jour, d'une grande intelligence et de beaucoup d'initiative en postant on ne peut plus avantageusement ses camarades pour le combat ; il leur donna, en outre,
l'exemple da plus intrépide sang-froid en allant tuer de sa main plusieurs Anglais qui s'étaientdéj à accrochés aux filets d'abordage.
Bourgogne, qui s'était déjà fait remarquer le n août, eut dans cette deuxième journée la jambe brisée par deux coups de biscaîen et n*en continua pas moins à combattre comme un lion, assommant avec des boulets tous les Anglais qui se présentaient à sa portée.