CAMPAGNE CONTRE L'ALLEMAGNE
Les extrêmes se touchent ! Après la brillante campagne dltalie. en 1859, qui fut pour nos troupes une véritable marche triomphante, nous arrivons à la funeste campagne de 1870-4871
durant laquelle la France eut à subir une terrible série de revers inouïs.
Hâtons- nous toutefois d'ajouter que, si durant cette guerre désastreuse, nos armées submergées par le nombre, virent la fortune des armes trahir tous leurs efforts, elles ne luttèrent pas du moins sans gloire, et, comme Ta si bien dit l'auteur des Chants du soldat.
« Elles surent encor mourir, sinon combattre ! « Et puis nous n'avons pas toujours été si bas : « Freschwiller est l'assaut d'un homme contre qua-
[tre, c Et de ces assauts-là les Prussiens n'en font pas ! < Gravelotte etBorny ne sont pas des défaites; « Les vivants ont vengé les morts de Champignj' ; « Les gloires de Strasbourj^ échappent au^ con- € Et Paris affamé n'a jamais défailli ! » [quêtes
Libre donc à nos adversaires de croire que la campagne de 1870 1871 a été pour eux la revanche complète de la campagne de 1806; certes, au point de vue des résultats matériels, cela est indéniable, mais l'impartiale Histoire dira que tandis qu'eu 1806 la France vainquit la Prusse à armes égales, en 1870, l'Allemagne ne dut, eu grande partie, ses succès qu'à l'écrasante supériorité numérique de ses forces.
Durant la campagne contre l'Allemagne, le régiment Ût partie de la i""® brigade de la 2® 4ivi-
sion du 2^ corps de Tarmée du Rhin. 11 assista, le 2 août, à Tafifaire de Sarrebruck et u*y eut que quelques blessés.
Le Se de ligne à Spickeren.
Le 6 août 1870, — au sanglant combat de Forbach, — le 8*^ fut d'abord maintenu en réserve jusque vers 4 heures du soir; à ce moment les 2° et 3» bataillons, sous les ordres du lieutenant-colonel Gabrielli — {le colonel, M. Haca, remplissait les fonctions de général de brigade), — reçurent Tordre de se porter au secours des troupes qui, depuis le matin, défendaient avec acharnement contre des forces sans cesse grossissantes le plateau de Spickeren.
Le i^^ bataillon resta dans la plaine et fut dirigé sur Styring, où il servit à masquer, en arrière de la i^^ division, l'absence des réserves qui nous faisaient défaut. Ce bataillon ne fut pas sérieusement engagé et ne perdit, ce jour-là, que quelques hommes.
Lorsque le 2^ et le 3® bataillon débouchèrent sur le plateau, la situation était des plus critiques ; notre artillerie, trop inférieure en nombre, venait d'être réduite au silence ; quelques batteries prussiennes, au contraire, avaient réussi à se hisser sur les crêtes nord-est du plateau d'où elles dirigeaient un violent tir d'écharpe sur nos troupes que foudroyait déjà, depuis longtemps, un feu direct des plus intenses. Dans le bas, la plaine était toute noire de colonnes prussiennes s'avançant pour envelopper ce contre-fort en saillie sur lequel notre 3® division se tenait désespérément cramponnée.
Le lientenaDt- colonel Gabrielli se rendant promptement compte de la situation, comprit que le point capital, à cette heure, était d'arrêter, coûte que coûte, sur la gaucbe de la division Lavaucoupet, la marcbe enveloppante de Tennemi ; il lança, en conséquence, dans cette direction, ses deux bataillons qui ne tardèrent pas à s'y trouver violemment aux prises avec des forces supérieures.
En vain pendant trois heures, secondés par leur formidable artillerie, d'innombrables essaims d'assaillants, se glissant le long du ravin boisé qui écbancre cette partie du plateau, font les plus vigoureux efforts pour en déloger les vaillants combattants du 8^, ceux-ci restent inébranlables et, par des feux précis et bien nourris, infligent à leurs adversaires les pertes les plus sanglantes, mais non sans en essuyer, eux aussi, de fort sensibles. C'est à ce moment de la lutte que le brave lieutenant-colonel Gabrielli, qui ne cessait de donner à tous l'exemple de la plus ferme intrépidité, fut renversé par un obus qui lui brisa une jambe et une main et tua son cheval.
Cependant la nuit approchait et les cartouches commençaient à manquer ; que se passa-t-il alors ? Qui donna le premier le signal de la charge? On ne Ta jamais su et il est probable que ridée de se ruer sur l'assaillant courut spontanément comme une étincelle électrique dans les rangs de nos deux bataillons qui, soudain, avec un enthousiasme admirable et un entrain irrésistible, se précipitèrent dans le ravin, renversant et chassant à coups de crosse les Prussiens afifolés !
Mais bientôt rennemi, renfcnrcé par de nouvelles troupes, et s'apercevant alors seulement qu'il vient de plier devant une poignée d'bommes, opère contre ses bardis agresseurs un retour offensif et cbercbe à les cerner ; débordés par le nombre, nos braves se voient alors contraints de regagner les crêtes, et leur situation eût été, à ce moment, fort critique sans la vigoureuse et très opportune intervention du commandant CoLONNA d'Istria ; — celul-ci qui, au moment où la cbarge s'était produite, prévoyant bien ce qui allait se passer, avait maintenu sur le plateau une partie du 3^ bataillon s'élança à son tour, tête baissée, conire une colonne qui débouchait déjà sur les sommets à gaucbe du ravin et la rejeta dans la plaine. Nos deu& bataillons purent alors se regrouper et tous les efforts des Allemands vinrent se briser contre leur énergique résistance.
Le 8» se maintint sur son terrain d'action jusqu'à 9 beures du soir, heure à laquelle le général en chef ordonna la retraite; les 2^ et 3^ bataillons se retirèrent avec ordre, par échelons, sans que l'ennemi qui, après leur départ, était enfin parvenu à prendre pied sur les crêtes, osât dépasser celles-ci et cherchât à nous inquiéter.