‹ Le livre d'or du 8e Régiment d'infanterieChapitre 7 sur 35 · BRILLANT PRESTIGE DU RÉGIMENT · texte numérisé non relu

BRILLANT PRESTIGE DU RÉGIMENT

Le régiment de Champagne jouissait déjà à , celte époque d'une telle réputation que beaucoup de gentilshommes et des plus renommés ne voulaient accepter de capitaineries qu'autant qu'on les fpjrait entrer dans Champagne ; — aussi le roi Henri III donna-t-il l'autorisation d'augmenter d'un tiers le nombre des compagnies du régiment. Cette faveur exceptionnelle suscita de nombreux jaloux à Champagne, mais celui-ci ne fit que justifier %l accroître de plus en plus la glorieuse renommée qu'il avait su conquérir.

Hardi stratagème du lieutenant-colonel Pigeolet.

De 1575 à 1615, le régiment prit part à un grand nombre M'a^tions de guerre et, entre au-

tres, aux combats de Dormans et d'Ivry, et aux sièges de La Fère, Etampes, Beaune et Amiens. En 1615, Champagne sauva la ville de Gîen par la manœuvre hardie du lieutenant-colonel PiGEOLET ; ce brave officier, jugeant par les mouvements de l'ennemi que son intention était de s'emparer de Gien et de passer la Loire, partit avec quatre compagnies, traversa, tambour battant, le camp des adversaires comme s'il eût été de leur parti, et arriva heureusement dans la ville qu'il mit en état de défense.

Le lieutenant Gomminges et l'enseigne Pontis.

En 1620, Champagne se distingua devant les Pouts-de-Gé où il combattit à côté des célèbres gardes-françaises ; à l'attaque du pont^ le lieutenant Gomminges qui commandait les enfantsperdus de Champagne pendant que Maleyssie conduisait ceux des gardes, arriva le premier au sommet des retranchements, et là, à cheval sur la crête, il cria au maréchal de Bassompierre qui le suivait de près : « Je vous demande par- ^ don, Monsieur le Maréchal, de vous avoir précédé, mais il est de tradition qu'à l'assaut Champagne doit toujours arriver premier. i>

Le régiment fut rejoint ce jour-là par l'enseigne Pontis qui lui amenait âOO recrues après avoir réussi à échapper à l'ennemi d'une façon qui mérite d'être rapportée. — Pontis s'étant vu tout à coup, pendant la marche, enveloppé par 600 cavaliers, se barricada au milieu de voitures chargées de vin qu'il rencontra sur la route et, à l'abri de ce singulier rempart, il dirigea si bien la mousqneterie de ses hommes que les ca-

Vâliors ennemis, après plusieurs charges infruc< teuses où ils laissèrent chaque fois bon nombre des leurs sur le carreau, finirent par se rebuter. — La nuit venue, Pontis fit allumer des feux pour laisser croire qu'il campait et fila avec tout son détachement.

Admirable dévouement du soldat Mutbonis.

Nous retrouvons de nouveau le régiment, Tannée suivante, devant Saint-Jean-d'Angély où son colonel, M. de Montrevel, fut tué et remplacé par son fils qui fut à son tour, quelques mois après, si cruellement blessé devant Royan qu'il se vit dans Tobligation absolue de renoncer au service.

Durant cette même campagne, au siège de Montauban, dans une sortie que firent les assiégés, le colonel du régiment de Picardie ayant été mis hors de combat et fait prisonnier, fut presque aussitôt délivré par l'intrépide Pontis dont l'audacieuse bravoure est demeurée légendaire.

C'est encore le môme Pontis qui, quelque temps après, au siège de Tonneins, réussit, à la tête de 50 hommes seulement, à s'emparer d'un, retranchement que les assiégés avaient établi sur le front d'attaque ; mais il ne put s'y maintenir et dut céder devant une sortie furieuse de la garnison ; débordés de toutes parts, nos braves se replient en combattant vers le camp. Pontis, percé de part en part d'un coup d'épée, n'évita la mort que par le dévouement d'un soldat nommé Muthonis qui, bien que blessé lui-même au moment où il emportait son officier dans ses bras, et ne voyant pas d'autre chance de salut, n'hésita pas, plutôt que d'abandonner son précieux

fardeau, à se laisser rouler avec lui du haut en bas de la brèche d'où il put heureusement rejoindre le camp.

Hardi coup de main du colonel i^rnaud.

Eu 1622, le régiment fut envoyé de nouveau devant La Rochelle pour en commencer le blocus ; il y construisit/ sur une petite éminence qui domine la mer, le fort Louis destiné surtout à contrarier les relations des assiégés avec les Anglais. Les premiers mirent tout en œuvre pour empêcher l'achèvement de ce fort ; mais Champagne, se servant alternativement de la pioche et du mousquet, repoussait leurs attaques et perfectionoait ses travaux ; il se signala, entre temps, par un coup de hardiesse probablement unique en son genre.

Un navke anglais s'étant jeté à la côte en face des positions qu'occupait le régiment, le colonel Arnaud prend 400 hommes, traverse le chenal à mer basse ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, mais s'avaoçant toujours en aussi bon ordre que s'il eût été sur la terre ferme. — Malgré la mousqueterie que ne cessent de lui tirer les gens du navire, il y met le feu avec sa propre paillasse qu'il avait tait apporter ; l'équipage se rend à merci et le navire est bientôt dévoré par les flammes. Le colonel Arnaud songe alors à la retraite ; mais ne pouvant plus revenir par le même chemin parce que la mer montante avait rempli le chenal, il se décide à prendre pied du côté de la ville et regagne son camp en tournant autour de La Rochelle, tambour battant et eu tel ordre que les assiégés ne jugèrent pas à propos de le déranger.

Hist. 8* d'inC i

La paix s'étaut faite cette même amiée, Cbam* pagne resta seul à la garde du fort Louis. Pour faire diversion aux ennuis d'une telle position, le mestre de camp Arnaud, le plus savant homme de guerre de son temps, entreprit d'introduire dans son régiment les principes de la discipline et de la tactique des anciens ; sa réputation de savoir et d'habileté était telle que bientôt le fort Louis vit arriver dans ses murs une foule de jeunes gentilshommes qui venaient apprendre sous ce maître les diverses sortes d'exei^cices, les formations par bataillons et les théories des campements, des marches, des passages de défilés, etc. — Le roi Louis XIII lui-même voulut qu'un oflicier de ses gardes allât puiser à l'école de Champagne les vrais principes de la guerre pour les rapporter dans son régiment.

Le colonel Arnaud mourut en 1624 et eut pour successeur le marquis de TomAS, le plus digne assurément de le remplacer.

Champagne s'immortalise dans l'ile de Ré.

En 1624, les hostilités ayant repris, le régiment débarque dans l'ile de Ré, bat complètement l'ennemi et s'empare de tous ses drapeaux et canons.

L'énergique ToiRAs, nommé gouverneur de l'île, s'empresse de s'y fortifier en consi misant une citadelle à la pointe de SainMdarlin ; la précaution était bonne comme on va le voir.

Le duc de Buckiugham, amoureux de la reine de France et furieux contre la cour qui refusait de le recevoir comme ambassadeur d'Angleterre, avait poussé son pays à recommencer la guerre.

Le âO juillet 1627, Buckingham, à la tête d'uue flotte de 120 voiles, parait devant l'île de Ré avec l'intention évidente d'y prendre pied. Le lendemain, en effet, les Anglais an nombre de 8,000 débarquent sur la pointe des Sablanceaux, étroite langue de terre d'une longueur de 1,200 pas sur 300 de largeur seulement. Ils descendent prudemment vers rextrémité pendant que leurs vaisseaux, embossés des deux côtés de la presqu'île» balaient le seul cbemin par lequel on pouvait venir les attaquer. Ces redoutables dispositions n'empêchent point Toiras de s'élancer sur l'ennemi à la tête de deux bataillons de Champagne qui courent sus aux Anglais et les heurtent avec tant d'impétuosité qu'ils les jettent dans la mer ; les navires redoublent alors leurs feux et couvrent, d'une telle grêle de projectiles l'étroit espace où combat le régiment, que celui-ci est enfin forcé de se replier.

Tous les officiers sont tués ou blessés. Toiras ramène les débris du régiment dans la citadelle de Saint-Martin dont il se hâte d'achever les travaux pendant que les Anglais, démoralisés par leurs pertes et redoutant une nouvelle rencontre avec des soldats qui se battent c comme des fous », s'entourent de retranchements sur la pointe des Sablanceaux.

Ce ne fut que dix jours après seulement que Buckingham osa se diriger enfin sur Saint-Martin et threr sur la citadelle. Au bout d'un mois de siège infructueux, les Anglais, comprenant qu^avec de tels adversaires ils avaient tort de compter sur une victoire par les armes, se décident à attendre que la famine leur ouvre le fort qui, outre ses vaillants défenseurs, renfermait un

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grand nombre d'ouvriers avec leurs familles. Les horreurs de la faim ne tardèrent pas, en effet, à se faire sentir et, d'un autre côté, l'eau douce était fort rare.

Cependant, toute la France avait les yeux tournés vers ce coin du pays et tous les coeurs faisaient des vœux ponr les héroïques défenseurs de Saint-Martin.

Un intrépide pêcheur parvint un jour à diriger sa barque à travers la flotte anglaise et apporta à ToiRAS, qui venait de refuser une capitulation des plus honorables, une lettre du roi qui remonta tous les courages. Louis XIII annonçait l'arrivée de secours et ajoutait que, voulant reconnaître d'une façon éclatante le sigoalé service que rendaient à la patrie les braves défenseurs de Saint-Martin, il priait qu'on lui envoyât les noms de tous ceux qui étaient enfermés dans la citadelle, afin que nul d'entre eux, officier ou soldat, ne demeurât sans récompense.

Quelques premiers secours arrivèrent peu après, en elBfet; le brave lieutenant-colonel Com- MiNGES qui, gravement blessé le jour de la descente dansl'ile, avait dû retourner au fort Louis, réussit, le 5 septembre, avec quelques grandes chaloupes chargées de vivres, à venir s'échouer, malgré tous les obstacles et la violente canonnade des vaisseaux anglais, sous les murs de la citadelle où il fut reçu comme un libérateur. Mais ce n'était là, en somme, qu'un faible soulagement et l'on ne tarda pas à se trouver de nouveau réduit aux abois ; les Anglais avaient redoublé de surveillance et rien ne pouvait plus approcher des côtes de nie ni s'en éloigner.

Admirable dévouement du soldat Pierre Lanyer.

TomAs, ne sachant plus comment faire connaître sa détresse au dehors, demanda, en désespoir de cause, un soldat de bonne volonté qui, se dévouant pour le salut de tous, oserait entreprendre de traverser à la nage le détroit qui sépare rile de Ré du continent. Il s'en présenta trois. Il s'agissait de franchir un bras de mer de plus d'une lieue de largeur, parcouru par des courants rapides et couvert de navires anglais ; ces hommes intrépides et dévoués se jetèrent résolument à l'eau en recommandant leur âme à Dieu.

Au milieu de la traversée, les forces manquent à l'un d'eux qui se noie ; un second allait en faire autant quand il fut recueilli par une embarcation anglaise ; le troisième, dont l'histoire trop souvent oublieuse a heureusement conservé le nom, Pierre Lanyer dit La Pierre, natif des environs de Bordeaux, ne se laissa point décourager ni aller à la peur. Découvert par une barque anglaise qui lui donna la chasse, son habileté à plonger et à nager entre deux eaux le tira d'affaire et il aborda heureusement sur la plage près du lieu où le maréchal de Bassompierre, chargé de réunir l'armée de secours, avait son campement. On le vêtit aussitôt et on le conduisit au maréchal auquel il dit, le brave Gascon, ainsi qu'à tous ceux qui l'interrogèrent ensuite « que ce qu'il avait eu le plus à combattre en passant à la nage étaient les poissons qui s'entêtaient à lui vouloir happer certaines parties du corps comme friands asticots».

Le roi Louis XIII, à son arrivée au camp, voulut voir I^A Pierre et, émerveillé de soïx intrépidité

et de sa bonne hnmeur, il le plaça dans ses gardes avec une pension viagère de 250 écus par an. Le brave La Pierre fut, pendant quelques mois, le lion de la France.

Déroute des Anglais.

Cependant Buckingham, comprenant que Toiras n'allait pas tarder à être vigoureusement secouru, se résolut à livrer un assaut général à la citadelle ; mais Champagne repoussa vaillamment toutes les attaques; — alors Buckingham envoya un parlementaire à Toiras pour obtenir la faculté d'enlever ses morts, le prévenant qu'il allait lever le siège et attribuant tout l'honneur à la contenance et au courage de la garnison.

Buckingham leva le siège, en effet, mais trop tard pour lui, car, le lendemain même, l'armée de secours débarquait enfin dans Pile ; à son approche les Anglais cherchent à se retirer dans la presqu'île de Loix, mais serrés de près par Bassompierre et pris en flanc par Toiras qui, avec tout ce qui lui restait de valide, — 400 hommes environ, — avait aussitôt exécuté une sortie, ils furent presque tous passés au fil de l'épée ou noyés.

Trois mille cadavres jonchaient la plage, et la mer en avait emporté autant; 5 colonels, 3 lieutenants-colonels, 150 capitaines et lieutenants avaient péri ; lord Montjoie et les chefs de la cavalerie et de l'artillerie anglaise étaient parmi les prisonniers; tous les canons restaient entre nos mains ainsi que 45 drapeaux qui furent triomphalement transportés à Paris pour être déposés à Notre-Dame^

Après cette brillaDte Ttffaire, le roi ne voulut point conûer à d'autres qu'aux soldats de Champagne l'honneur de garder l'île de Ré qu'ils avaient si vaillamment conquise et défendue; de nombreuses récompenses furent distribuées etToiRAs fut nommé bientôt après maréchal de France.

Quand ce vaillant homme de guerre fut tué en 1636, dans le Milanais, ses soldats trempèrent leurs écharpes dans son sang, afin, disaient-ils, de se rendre invincibles.

Mordantes ripostes aux Espagnols.

En 1630 et 1631, Champagne alla guerroyer en Italie; ce fut, durant cette campagne, après un combat gagné par les nôtres contre les troupes espagnoles, très supérieures en nombre, que le général en chef de ces dernières, Légonez, fit dire au général français d'Harcourt qui venait de le battre, un contre cinq, que s'il était lui, Légonez, le roj de France, il lui ferait trancher la tête pour avoir hasardé sa petite troupe contre une si grande armée ; à quoi le général (f Harcourt répondit aussitôt que s'il était lui, d'Harcourt, le roi d'Espagne, il lui ferait couper le col pour s'être si mal défendu avec une si grande armée contre une si petite troupe.

De 1633 à 1642, le régiment opère dans les Flandres et prend part aux sièges de Louvain^ Landrecies, Maubeuge, Saint-Omer, Lillers, Hesdin, Arras et Aire.

Le colonel de Varennes, tué au siège de Louvain, fut remplacé par son frère qui fut tué, à son tour, devant Gra vélines, en 1658.

^u 1639, Champagne bat à plate couture une

partie de l'armée espagaole retranchée dans les marais près de Saint-Omer.

Au siège d'Arras, les Espagnols qui, à la faveur de nos troubles, étaient devenus maîtres de cette place et qui la regardaient, défendue par eux, comme imprenable, avaient écrit sur une des portes : c Quand les Français prendront Arras, les souris mangeront les chats t » Les Français prirent la ville et conservèrent cette inscription en effaçant simplement le p du mot prendront.

OniGINE DE LA DEVISE DU RÉGIMENT

De 1642 à 1689, Champagne lutte encore contre les Espagnols, mais celte fois en Catalogne et daos le Roussillon.

En 1652, le corps dont faisait partie le régiment ayant été enveloppé à l'improviste par l'armée espagnole tout entière, fut taillé en pièces ou fait prisonnier. Champagne parvint seul à se faire jour et se jeta dans la petite place de Miradoux ; son chef, le ]ieutenant*colonel Lamothe-Vedel, sommé de se rendre, avec menace, s'il tardait trop, d'être pendu et de voir son régiment passé au fil de l'épée, se contenta de répondre cette simple et flère parole : t Je m'en f,.. î » qui, traduite en langage plus noble, devint' la devise du corps, sous la forme : « Je suis du régiment de Champagne t • Lamothe- Yedel justifia, d'ailleurs, la hauteur de sa réponse par une belle défense qui permit au secours d'arriver et de le dégager.

Le capitaine Chennevières. — Le soldat Lagorce. De 166S à 1679, le régiment prend part, dans

les Flandres et en Allemagne, à quatorze sièges ou combats. A la paix, il est dirigé sur le Languedoc et y tra^ille au canal de jonction des deux mers.

En 1683. Champagne est de nouveau sur la Sarre; le 17 octobre, sa compagnie de grenadiers postée, sous les ordres du capitaine db ChenneviÊREs, dans un petit village, y est attaquée par 2,000 ennemis.

Ghennevièrks, retranché dans Téglise et le cimetière, s'y défend comme un lion; forcé dans cette position et déjà atteint de deux blessures, il se réfugie dans les voûtes de l'église d'où il fait une fusillade enragée; pour ne pas être étouffé par la fumée, il avait découvert la toiture. Ce brave capitaine ne se rendit que lorsqu'il eut épuisé toutes ses munitions, et encore ne le fit-il qu'à des conditions très fières.

Le nommé Lagorgb, jeune et vigoureux soldat qui s'était signalé d'une façon toute particulière dans ce combat d'un contre dix, fut fait oflBcier et se rendit célèbre plus tard en tuant de sa main, à la bataille de Steeokerque, le fameux général anglais Mac-Hay.

Champagne se couvre de gloire à Steenkerque.

De 1683 à 1692, le régiment se signale dans onze sièges et dans deux batailles rangées, la bataille de Fleurus, où son colonel, le comte CoLBERT DE SCEAUX, fut tué, et la bataille de Steeokerque où Champagne, voyant que la droite de l'armée menacée d'être prise en flanc allait être compromise, y court en franchissant tes haies, tombe sur l'ennemi à la baïonnette,

Tenveloppe, en fait un carnage horrible et anéantit complètement les magnifiques gardes anglaises qui, seules, résistai^t eucore.

Ce brillant succès fut, à la vérité, chèrement payé : Champagne eut 67 officiers et plus de 200 soldats tués ou blessés; le colonel Colbert DB Blainville était parmi ces derniers. Le roi, voulant témoigner sa satisfaction au régiment, lui laissa le choix de ses quartiers d'hiver, et Champagne alla prendre garnison à Saint-Omer, où il resta jusqu'au mois de juin i693.

Batailles d'Hochstedt et de Malplaquet.

Champagne fit vaillamment son devoir aux deux batailles d'Hochstedt, la première (20 septembre 4 703), si glorieuse pour nous, et la seconde (13 août 1704), si désastreuse.

Au début de celle-ci, l'ancien colonel du régiment, devenu général, le marquis de Blainville, passant devant son ancien corps et faisant allusion aux membres de sa famille tués dans ses rangs, lui dit : « Régiment de Champagne, il te faut donc bien des Colbert ! » Il îut tué, en effet, ce jour-là au milieu de Champagne comme l'avaient déjà été ses deux frères aines qui l'avaiept précédé dans le commandement du régiment.

Le jour de Malplaquet, le régiment se trouvait au centre eu première ligne; trois colonnes ennemies vinrent l'attaquer; il les prit en flanc, les chargea à la baïonnette et en avait déjà culbuté une grande partie quand les progrès de l'ennemi vers la droite le forcèrent à rétrograder ; il fit sa retraite en bon ordre et se retira

sur Valenciennes ; il était réduit de moitié et comptait plus de 50 officiers hors de combat. Mais, le leodemaio, il eut du moins la gloire d'arborer sur sod front de bandière 9 drapeaux qu'il avait pris la veille h l'ennemi.

Champagne en Italie.

En i733, Champagne rejoint l'armée en Italie devant Pizzighetone ; dès le lendemain, il entre dans la tranchée tambour battant et enseignes déployées; c'était là un usage qui n'était pratiqué que par Champagne seul et qui ne manquait certes pas de crânerie. Quelques jours après, le régiment enlevait la place.

L'année suivante, Champagne fit des prodiges de valeur à la sanglante bataille de Parme où il s'élança tête baissée sur une profonde colonne autrichienne, la rompit et lui tua 800 hommes ; mais il essuya de son côté des pertes fort sensibles et n'eut pas moins de S4 officiers, y compris le colonel duc de la Trêmouillis, le lieutenantcolonel et tous les commandants de bataillon tués ou blessés.

Encore c Un contre dix ! >

* Le 18 septembre 1743, en Bohême, la compagnie de grenadiers du régiment soutint un combat acharné contre 1,500 hussards autrichiens.

Complètement enveloppés, nos hommes combattaient à coups de crosse et de baïonnette ; à force d'énergie et de sang-froid, ils parvinrent à gagner une maison où ils se retranchèrent et forcèrent enfin les hussards à lâcher prise.

I^es quatre o^ciers de )a compagnie perdirent

la vie daus cet héroïque combat : c'étaient MM.

DE MONTPORT, LE CAMUS, TERLONGE et JOSEPH.

Presque tous les grenadiers furent frappés.

A la fin de cette année-là, Champagne prit ses quartiers d'hiver à Terbach où il perdit, en l'espace de quelques mois, 500 hommes par les maladies et la misère.

Le sergent Bienvenu.

En mai i743, l'armée commença la retraite de Bohême après un séjour de deux ans daus ce pays néfaste, où elle avait été décimée surtout par les fièvres et les privations.

Le maréchal de Brogiie, prévenu que les Autrichiens vont s'emparer de Deckendorf, y envoie le 3® bataillon du régiment qui %e trouvait réduit à 80 hommes. A son arrivée, la place était déjà envahie et le bataillon eût été pris sans l'extrême bravoure des soldats et l'énergie des capitaines Darimont et Ghauvigny. Dans ce péril extrême, Darimont assemble ses hommes et leur rappelle qu'ils sont du régiment de Champagne ; ces mot& magiques produisent leur effet habituel.

A la faveur du feu de quinze grenadiers postés dans une tour en ruines sur la rive du Danube^ on rétablit le pont qui venait d'être incendié et sous les yeux de l'ennemi émerveillé de tant d'intrépidité, le bataillon traverse le fleuve. Restaient les quinze grenadiers commandés par le ser • gent Bienvenu. Le général en chef autrichien, apprenant qu'il y avait encore à Deckendorf un poste qui tenait ferme, le fit sommer de se rendre. Le brave 3ienvenu ne voulut remettre la

tour qu'à la condition qu'on lui permettrait de rejoindre son drapeau avec ses quinze hommes, ce qu'il obtint.

Après cette pénible retraite, le régiment repassa le Rhin et, quand les Autrichiens se présentèrent pour tenter de franchir ce fleuve à leur tour, leur entreprise échoua par la magnifique défense que fit dans la redoute de Rheinweiler un piquet du régiment, sous les ordres du capitaine DB Jarente et du lieutenant Liouville.

Merveilleux traits d'intrépidité.

En 1746, Champagne est encore une fois envoyé dans les Flandres et y fait le siège de Namur. Pendant une de ses gardes de tranchée, le fort Ballard fut pris en plein jour par quatre officiers dont deux étaient du régiment, le capitaine d'Amèrb et l'aide-major de Ladnay. Nos quatre braves sautèrent seuls par dessus les retranchements et firent mettre bas les armes à la garnison qui, ne pouvant croire à tant de confiance et d'audace, les supposait suivis.

Quelques années plus tard, dans la Hesse, le capitaine des grenadiers de Champagne, de Geoffrb, s'empara à peu près de la cascade de Gâssel, sorte de tour en pierres de taille abordable d'un côté seulement par un escalier de plus de 400 marches et défendue par une compagnie anglaise. De Geoffrb, suivi de quelques hommes de bonne volonté, marcha froidement à Tescalier, franchit les obstacles qui en barraient l'entrée et, malgré une grêle de balles et de pierres, parvint jusqu'au haut de la tour, où il renversa d'un coup d'épSb le capitaine

anglais qui essayait de s'opposer à son passage et fit mettre bas les armes à la garnison frappée de stupeur.

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