RÉGIMENT D'AUSTRASIE
Les destinées du régiment d'Austrasie furent courtes, mais brillantes; formé tout d'abord sous le litre de Ponthieu, avec les l®"" et 3« bataillons de Champagne, le 25 mars 1776, il prit, le 31 du même mois, le nom d'Austrasie qui convenait mieux au dédoublement de l'ancien régiment de Champagne.
Austrasie s'illustre dans l'Inde.
Le régiment s'embarqua au commencement de l'année 17ai sur la flotte de l'illustre bailli de Suffren qui le transporta dans l'Inde, où l'attendait une gloire immortelle. Il allait lutter presque seul pendant dix-huit mois, dans ce lointain pays, contre toutes les forces des Anglais.
Le 19 février 178îi, après quelques rencontres en mer avec les vaisseaux anglais, le régiment débarque près de Pondichéry et marche aussitôt sur la ville de Gondelour qu'il emporte d'assaut et doDt la garde lui est confiée. Ce poste était de la dernière importance puisqu'il était le seul point où l'illustre Suffren pût trouver un mouillage assuré et un appui pour ses vaisseaux.
Au mois 9e juillet, un détachement d'Austrasie, fort de 1,200 hommes, s'embarque sur la flotte, prend part au combat naval de Nagapatman, puis va assiéger Trinquemale qu'il force à capituler le 30 août ; il y laisse garnison et rentre
aussitôt à Gondelonr que le régiment va préserver pendant un an contre toutes les tentatives des Anglais.
Combat de Gondelour.
Cependant les Anglais, ayant reçu de nombreux renforts, vinrent en juin i783, au nombre de 14,000, mettre le siège devant Gondelour. Le comte de Bussy, commandant des troupes françaises dans rinde qui ne comptaient que 7,000 hommes seulement, se plaça bravement entre les remparts de la place et Tarmée anglaise.
Le i3 juin, un combat très vif s'engagea. — Bussy, à Ja tête d'Austrasie, attaqua avec une audace extrême un corps de troupes anglaises; mais, emporté par son élan, il s'éloigna assez du gros de l'armée pour qu'une autre colonne ennemie pût le prendre en flanc et par derrière. Lorsqu'il voulut rallier le gros de ses forces, le brave Bussy s'aperçut que le chemin lui était fermé : « Soldats, s'écria-t-il, dans cette extrémité, souvenez-vous que vous êtes des enfants de Champagne! » Ces mots, cfi souvenir produisent un effet électrique. Austrasie se précipite avec rage sur les Anglais, les renverse, les écrase et reprend, à la pointe de la baïonnette, son poste de bataille sur les glacis de Gondelour.
Dans cette brillante affaire, le régiment eut iO officiers tués et 12 blessés; parmi ces derniers était le lieutenant-oolonel de Villeneuve qui mourut peu de jours après des suites de ses blessures. Le nombre des sous-officiers et soldats tués ou blessés était de 230.
Sur ces entrefaites, on reçut la nouvelle que la
paix était signée en Europe, et les hostilités cessèrent aussitôt.
Austrasie reste à Gondelour, qu'il avait si vaillamment défendue, jusqu'en décembre 1783; il passa l'année 4784 à Pondichéry, puis retourna à rile-de-France qu'il quitta au printemps de 1785 pour rentrer dans la mère-patrie. A sa rentrée en France, il alla tenir garnison à Grenoble, puis à Besançon.
Le 1*"* janvier 1791, une loi ayant établi la nouvelle organisation de l'armée et prescrit la suppression des noms portés jusque-là par les différents corps, le régiment d'Austrasie devint le 8® régiment de ligne.
Hist. B* d'inf. S