‹ Le Livre d'or du BourgogneChapitre 11 sur 17 · JULLIEN · texte numérisé non relu

JULLIEN

Le Clos de Vougeot est un des joyaux de la couronne de l'admirable vignoble bourguignon. Les généraux français avaient tellement le culte de ce grand vin, qu'ils commandaient : Présentez armes ! en passant devant les murs de ce temple des gourmets.

Docteur Van Someren Brand (Extrait de « Les Grandes Cultures du Monde ».)

Le Chablis est un vin dont la valeur réelle est encore plus haute que sa renommée.

Docteur Guyot.

J'arrive à Beaune, exprès pour boire, Volnay, Vougeot, Pommard et Nuits, Pour chanter chaque jour leur gloire Et bien dormir toutes les nuits.

Sous mon lit, ô surprise, ô crainte ! L'enfer ouvre ses ateliers...

Vive le vin, mais Vierge sainte.

Délivrez-nous des tonneliers !

Armand GoUFFÉ.

(Fixé à Beaune en 1827, il était éveillé très tôt par le bruit que faisaient les tonneliers de la rue Sainte-Marguerite et il s'en vengea spirituellement en les chansonnant.)

Tl y a un vin blanc de France qui peut rivaliser avec tous les grands crus du Rhin. Celui-là né dans un des meilleurs climats de la Côte-d'Or : le Montrachet. Sa finesse unie à sa vinosité en fait un type à part dans la famille des grands crus.

Antony Real (Extrait de « Les Grands Vins ».)

Cet admirable vin blanc est le premier des vins blancs de Bourgogne, de même que le Château- Yquem est le premier des vins blancs du Bordelais. Laissons la palme indécise entre eux, disent les enthousiastes, constatons seulement que tous deux sont les premiers vins blancs du monde !

Bertall (Opinion sur le Montrachet.)

Le musicien consciencieux doit se servir du Champagne pour composer un opéra-comique. Il y trouvera la gaîté moqueuse et légère que réclame le genre. La musique religieuse demande les vins du Rhin ou de Jurançon. Comme au fond des idées profondes, il y a là une amertume enivrante ; mais la musique héroïque ne peut se passer du vin de Bourgogne. Il a la fougue sérieuse et l'entraînement du patriotisme.

Hoffmann (Extrait de « Kresleriana ».)

Le Meursault est la pierre du fusil gastronomique.

Léon Malleville de Condat (Gourmet montalbanais.)

Abandonné, le cœur navré

Par le départ d'une cruelle,

Un homme allait, désespéré.

Se faire sauter la cervelle.

Il dit : « Buvons un verre avant

De quitter cette horrible vie ! »

Deux verres... trois... il en boit tant

Qu'à la fin notre homme s'écrie :

« Grâce au Pommard,

Il est trop tard !

En me grisant, je me dégrise...

Allais-je faire une bêtise, Sans le Pommard ! »

Octave Pradels « Le Vin et la Chanson ».

Il est une heure où se rencontrent Tous les grands vins dans un festin.

Heure fraternelle où se montrent Le Lafite et le Chambertin.

Plus de querelles, à cette heure, Entre ces vaillants compagnons ; Plus de discorde intérieure Entre Gascons et Bourguignons.

A des gentUshommes semblables Et non moins armoriés qu'eux.

Les grands vins aux airs agréables.

Echangent des saints pompeux.

Ils ont dépouillé leurs astuces, Tout en conservant leur cachet.

— Passez, monsieur de Lur-Saluces !

— Après vous, mon cher Montrachet.

Pommard, en souriant, regarde Glisser le doux Brane-Mouton.

Nul ne dit à Latour « Prends garde ! » Pas même le bouillant Gorton.

Volnay raconte ses ruines Au digne Saint-Emilion, Qui l'entretient de ses ravines Et des grottes de Pétion.

Voici M. de Léoville, Qui s'avance en habit brodé.

Et qui, d'une façon civile.

Par Chablis se voit abordé.

Musigny, que d'orgueil on taxe. Dit à Saint-Estèphe : « Pardieu !

J'étais chez Maurice de Saxe Quand vous étiez chez Richelieu !

Le jeune et rougissant Montrose, Ayant quitté pour un instant Le bras de son tuteur Larose, Jette un regard inquiétant,

Et cherche, vierge enfrisonnée, Rouge comme un coquelicot.

Mademoiselle Romanée Auprès de la Veuve Clicquot.

Charles Monselet « Les Vins de France ».

La Côte d'Or vaut mieux que le Mont Ida, et je préfère le beurre d'Isigny, les chapons du Mans, les ragoûts de baleine, le miel du Gâtinais, l'huile d'Aix, les pâtés de râles, les huîtres de Cancale et surtout le vin de Bourgogne ; au lait de la chèvre Amalthé, au sangUer d'Erymanthe, aux oies du Capitole, à l'huile antique d'Homère et même au cécube d'Horace...

A leur tête, en première ligne, la Romanée, la Tache et Richebourg. La Romanée, éclat de sa robe ; la Tache

plus sévère, plus ferme, plaira surtout aux palais exercés ; Richebourg, douce chaleur ; après eux, Saint-Georges et le gracieux Chambertin ; Clos Vougeot en troisième rang.

Grimod de la Reyniêre.

(Extrait du tome III du « Journal des Gourmands et des Belles », publié en 1807.)

Les profanes seuls, de vulgaires touristes, peuvent traverser la Bourgogne et sa belle capitale sans faire un pieux pèlerinage dans l'admirable Côte dont les produits ont contribué, plus qu'on ne pense, à faire naître les sympathies que la France inspire à tous les peuples du monde. Une visite au Clos de Vougeot n'est pas seulement remplie d'attrait pour le visiteur intelligent ; l'artiste peut encore retrouver les lieux, à quelques dégradations près, dans l'état où les pieux fils de Saint-Bernard les ont laissés.

M. Leclêre.

XXe SIÈCLE

ijE vin de Bourgogne est opulent.

Maurice Maeterlinck.

Le bonheur, mes amis, devient mûr au soleil ;

Il pousse sur les ceps, il est d'un noir vermeil...

Le Bonheur, c'est du Vin, c'est du vin de Bourgogne !

Il vous met la joie en rouge sur la trogne ;

Il s'appelle Pommard ou Beaune ! — Le Bonheur,

On ne le rêve pas, — on le boit, c'est meilleur.

Dire que le Bonheur peut tenir dans mon verre !

Pas longtemps, il est vrai : tout passe sur la terre !...

Fernand Desnoyers.

Comme les livres d'une bibliothèque précieuse, des flacons poudreux s'étageaient en des casiers portant des étiquettes à faire rêver et des millésimes impressionnants. Beaune, Chambertin, Nuits, Montrachet, Clos-Vougeot, Romanée... Toute la Bourgogne était présente. L'obscurité du sous-sol recelait des conserves de soleil, de tous les soleils qui, depuis de longues années, avaient doré et rougi les flancs de la Côte-d'Or. Ils étaient tous là, les vins célestes, uniques au monde, dont les titres de noblesse remontaient aux moines de Citeaux, aux grands ducs

d'Occident, à la vieille magistrature dijonnaise ; ceux qui avaient fait l'éloquence de Bossuet, la verve mélodieuse de Rameau, l'esprit de Piron, l'élégance de Buffon, la ferveur de Lamartine, l'âme de la France, quoi !

Octave BÉLiARD (Extrait de « La Bouteille de Musigny ».)

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