LA RÉPUBLIQUE S*AMU|SE
ou : •
Le National s'amuse
Toujours est-il que l'un et l'autre y étaient attaqués, invectives, insultés, avec plus de perse vérance çt d'âcreté, quelquefois, que de bon goût.
On appelait les rédacteurs du National et leura amis c farceurs, pantins, polichinelles, paillasses,, voleurs >, etc.
Si bien qu'un matin Auguste Vacquerie et Paul Meurice arrivèrent chez moi avec une lettre de madame Hugo.
— Savez-vous ce qui nous arrive? me dit je ne sais plus lequel des deux. Le National se fâche et demande une réparation par les armes ; vous nous voyez stupéfaits d'étonnement.
— Ah çà! demandai-je, est-ce que vous n'aviez. pas l'intention d'en venir là ?
— Pas le moins du monde ! nous écrivons comme •
<^ela sans mauvaise intention ; nous avons vu dans ces articles- dont on se fâche plutôt une chose farce qu'une chose offensante.
— Eh bien, excepté vous, tout le monde sera étonné d'une autre chose : c'est que les gens du National aient attendu si longtemps.
— Madame Hugo vous prie, nous vous prions d'intervenir, avec Paul de Molènes, qui accepte, à condition d'être avec vous ; l'article incriminé est "de Charles Hugo. ■'
Paul Gaschon, qui avait ajouté au nom de son père le nom de famille de sa mère, était un jeune homme •spirituel, loyal et auquel on ne pouvait reprô- <îher qu'un peu d*aff cotation, des attitudes et des airs mousquetaires, matamores, etc., reiH?oche tjui tomba de lui-même lorsqu'aux journées de juin il s'engagea dans la garde mobile, se battit avec intrépidité et reçut une blessure assez grave sur les barricades. '
Nous allâmes au National, nous trouvâmes les « adversaires » très montés. Ils parlaient de leur longue patience, motivée par la jeunesse et l'inexpérience de leurs adversaires; mais tout a un terme, et ils étaient'décidés à avoir une réparation par les armes, à moins qu'on ne leur fit des excuses, qui alore devaient être tellement complètes, qu'ils ne prenaient pas sur eux de les demander, les jugeant eux-mêmes inacceptables.
Nous étions assez embarrassés, de Molènes et
iSO LE LIVRE DE BORD
moi; l'insulte était grave, elle avait été réitérée avec obstinatioa ; notre sentiment était que, dans une pareille situation, il n'y avait à parler que des conditions du combat; mais de Molènes avait. vu madame Hugo, et évidemment ce n'était pas ce qu'elle attendait de nous; d'autre part, nos jeunes gens semblaient plus stupéfaits qu'avides du sang de leurs ennemis; nous savions Charles Hugo tout jeune alors, peu ou point- expérimenté en escrime; nous demandâmes, avec toutes les précautions qui mettaient à couvert « l'honneur » de celui que nous représentions, qu'on nous donnât par écrit la formule des excuses qu'on réclamerait, c si par impossible on venait d'autre part à admettre cette solution »•
Cette formule était dure; nous en discutâmes certains termes; nous en fîmes adoucir quelques autres, et nous allâmes aux bureaux de VÉvénement^ comme il était convenu, parfaitement convaincus tous les deux que tout arrangement était impossible. Meurice et Vacquerîe nous reçurent dans un bi*reau; nous leur rendîmes compte des résultats de notre mission; ils nous laissèrent seuls pendant un quart d'heure. On nous dit depuis que M. de Girardin était dans une autre pièce et qu'on nous quittait pour aller prendre ses avis et ses inspirations.
On revint nous demander si, en cas où l'on insérerait la note imposée, nous la signerions comme témoins. Nous répondîmes que non. On retourna
dans l'autre pièce; il se passa encore quelque temps, et on revint nous demander notre opinion; nous répondîmes que notre refus de signer la note nous paraissait assez clair pour que nous crussions devoir ne rien dire de plus; nous nous retirâmes.
La note fut insérée.
Ajoutons que, quelques années après, Charles Hugo eut une autre affaire et s'en tira très honorablement.
Hugo m'écrivit à ce sujet :
€ Mon cher ami,
> Je veux tous les jours vous chercher et vous serrer la main, mais vous savez dans quel tourbillon je vis.
» Vous m'excusez, n'est-ce pas? J'ai été bien touché.
» Â vous de tout cœur I
VICTOR HUGO
UM DIMER CHES PSADIIE. — iLECTIOMS DB PARIS. » PRBMl&RB MAHlftRK DE < L'évBNEMEHT ». — LA ROUTB DB DAMAS. — NAPOLÉON LB PETIT. » HUGO A JERSEY. — LES CHATlltEMTS.
Le président de la République venait d'être nommé, lorsque je reçus une lettre de Pradier, le grand sculpteur :
« Bien cher Karr,
» On m'annonce une truite pochée dans le lac de Genève pour être mangée chez moi jeudi 22, h six heures et demie précises, avec nos amis accoutumés. Voudrez-vous me feire l'honneur d'en venir prendre votre part? Vous savez, cher ami, combien votre présence me sera agréable.
» Votre bien affectionné,