J. PRADIER
Pradier, Suisse de naissance, avait fait la statue de Rousseau qui est à Genève, dans l'île des Peupliers, et heureux, dit-il, de l'honneur qui lui était
fait, n'avait voulu recevoir aucun prix de son travail. De temps en temps, la république ou quelqu'un de ses membres lui envoyaient des truites monstrueuses, contre lesquelles il invitait un certain nombre d'amis. Cette fois, la circonstance réunissait une quinzaine de personnes qui venaient de combattre, à propos de la présidence, dans les camps opposés, mais qui considéraient la maison de Pradier comme un asile, comme un champ neutre ; d'ailleurs, à cette époque, on n'était pas fâché, de se reposer quelquefois de la politique; il y avait, entre autres convives, Hugo et Cavaignac. Cavaîgnac venait de « descendre du pouvoir »
avec une noblesse et une simplicité antiques, et emportait dans, sa retraite l'estime de tout le monde. Hugo seul, emporté par l'ardeur qui distingue les nouveaux convertis, il faut le dire, manqua de tact et — je le vois encore adossé à la cheminée — entama quelque chose comme un chant de triomphe sur le résultat de l'élection. Cette inadvertance jeta un froid; on se regarda, on se souvint... J'interrompis Victor Hugo.
— Messieurs et amis, dis-je, une motion ! Convenons de ne pas parler de politique... par égard... pour les vainqueurs.
. On rit. La glace, était rompue, et la plus franche gaieté régna pendant le dîner, qui avait failli être compromis. J'aurai à reparler de Pradier.
. Le hasard fait tomber entre mes mains un nu-
méro de VÉvénement; il est daté du 19 mai 1849; il donne le résultat définitif des élections à FAssem^ blée législative.
Voici la liste de Paris :
!• Prince Murât 134,823 voix.