‹ Le livre de bordChapitre 33 sur 44 · ON DEMANDE L' ADRESSE DES OREILLES DE M. E. BOUCHEREAU · texte numérisé non relu

ON DEMANDE L' ADRESSE DES OREILLES DE M. E. BOUCHEREAU

Je ne tardai pas à recevoir une lettre anonyme qui m'apprenait que M. Bouchereau s'appelait André Éloi et était fondateur d'une société ayant pour but le soulagement des clercs d'huissiers dans la détresse. On ajoutait l'adresse. Gatayes et Gri4 court s'y transt)ortèrent.

— Pardon, messieurs, interrompit-il dès leurs premières paroles, M. Karr est... blond.

— Non, brun.

— Petit.

— Non,, assez grand, dit Gatayes, qui a cinq pieds huit pouces.

— Très grand, dit Gricourt, qui n'a que cinq pieds ; mais il ne s'agit pas de cela.

— Au contraire, messieurs, il s'en agit beaucoup, et on pourrait presque dire qu'il ne s'agit que de cela, car, si M. Karr est petit et blond, je suis prêt à me couper la gorge avec lui; s'il est grand et brun, je vous prie instamment de lui faire mes très humbles excuses.

Et il commença un récit qu'ils interrompirent :

— C'est joli, c'est même gai, mais ça perdrait beaucoup à être dit par un autre que par vous ; nous allons vous mener à M. Karr, auquel vous raconterez l'affaire.

M. Éloi Bouchereau arrive en effet rue de la Tour-d'Auvergne et me narre qu'il avait rencontré à son c restaurant » un petit blond; qu'il lui avait dit s'appeler Alphonse Kùvv., et que ce petit blond s'était introduit chez lui et lui avait « soufflé » sa maîtresse : inde irx, A quoi il ajouta que ce qu'il avait écrit ne s'appliquait qu'à ce petit blond, et qu'il me priait d'agréer ses excuses pour le quiproquo.

Je l'écoutai le plus sérieusement possible, et je donnai dans les Guêpes le dénouement de l'affaire.

Une autre affaire eut un dénouement différent

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et mit en scène un personnage qui a occupé urio position considérable.

Au moment où Louis Bonarparte s'eiïbrçait^ par deux tentatives, de conquérir « le trône de son oncle >..... Ce mot me rappelle une caricature qui eut beaucoup de succès sous la Restauration. Nous allons ouvrir une parenthèse :

PARENTHÈSE, — On Vendait alors beaucoup de portraits de Louis « le désiré ».

Son costume habituel n'avait rien qui pût flatter et séduire Timagination : les cheveux poudrés avec une petite queue entortillée dans un ruban noir, un habit bourgeois bleu avec des épaulettes de général, et des guêtres de velours rouge ; il était de plus démesurément gi*os. On le montra donc en tenue royale : le manteau, le sceptre à la maiil et la couronne sur la tête.

On publia la contre-partie : d'un côté, Louis XVIII avec manteau, sceptre et couronne ; en face, le petit duc de Reichstadt, s'êcriant : a Tiens, ce vieux qui a mis la casquette à papa ! »

Fermons la parenthèse.

Au moment où un neveu souvent contesté de l'empereur Napoléon revendiquait l'héritage de son oncle, il y avait à Paris deux fils non contestés de Napoléon :

lïn certain comte Léon, qui avait avec lui une ressemblance très frappsmte et dont l'ambition se borna à devenir, après de grandes luttes, chef de

hataillpn de la garde nationale de Saint-Denis;; il donna des preuves juridiques de sa filiation, en faisant ^ sa mère, devenue femme d'un homme d'État allemand, un procès assez scandaleux en revendication d'une somme donnée pour lui par son célèbre père;

Et le comte Colonna Walewski, fils d'une. belle Polonaise, dont l'histoire était très connue. Le comte Walewski avait une ti^ès honorable position dans le monde parisien; il était particulièrement lié avec le duc d'Orléans, fils aîné du roi Louis-Philippe. Arrivé au grade de capitaine de hussards, il avait donné sa démission et s'occupait de. plaisirs, de journalisme, de politique et de littérature : je l'av.'is rencontré quelquefois dans le monde, mais je n'avais aucune liaison avec lui. Il fut plusieurs fois question de lui dans les Gnèpes, quelquefois avec quelques légères critiques, et seulement comme homme politique, journaliste et auteur, le plus souvent avec sympathie.

Il avait fait représenter au Théâtre-Français une pièce appelée Y École du monde. Nestor Roqueplan, son ami, comme le mien, mais plus le sien, que le mien; ce jour-là du moins, était venu me faire de la pièce un compte rendu très élogieux, tandis qu'elle n'avait eu, au contraire, que peu de succès. J'avais, contre ma.coutume^ donné comme mienne, dans les Guêpes^ l'opinion de Nestor, et j'avais reçu de divers côtés des reproches mérités. Je revins

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sur mon jugement d'une façon assez gaie dans le numéro suivant, en racontant la perfidie de Nestor. Voici le passage :

€ Mais qu*est-il donc arrivé âmes Gfteépes? L'escadron que je voulais faire domxér sur le monde et la littérature refuse de marcher.

» Il y a dans un coin de mon .cabinet nw^jardÎT nière en bois sculpté, pleine de jacynthes en fleur dans la mousse verte; elles s'y réfugient comme Adam après avoir mangé le fruit défendu, quand le Créateur lui disait en latin : Adam, ubi ea? Adam, où étes-vous?

T^ Mais elles ne se cachent pas timidement : dles font entendre un bourdonnement guerrier; ma comparaison était mauvaise : elles ressemblent davantage aux Romains réfugiés sur le mont Aventin; je me rappelle qu'en cette circonstance un consul leur récita une fable, et que cette fable les ramena dans le devoir. Si je leur récitais une fable?

>Mais... ohl là, mon Dieu, je suis mort; mes Guêpes en fureur se précipitent sur moi. Attendez, expliquez-vous, causons, qu'avez-vous ? Que vous ai-je fait? Ne m'attaquez pas ainsi brutalement; imitez les héros de Virgile et d'Homère, qui faisaient précéder d'un petit discours chaque coup qu'ils portaient à leur adversaire; au moins je saurai le sujet de cette réyolte.

9 Ah I les voilà retranchées demère leurs barrir cides de jacynthes.

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