E. BOUCHEREAU
Je reproduisis, selon mon habitude, dans les
. Guêpes^ où Ton peut les, retrouver, les principaux
passages de cet. . . engueulement.
£t je répondais h cette accusation de corruption :
« Il y a des gens qui crientii tue-tête : Moi, je ne
me vends pas à l'or du pouvoir; des gens qui,
aussitôt qu'on n'adopte pas les idées saugrenues
LE livAe hë bord !25I
qu'ils puisent je ne sais où, car leur cervelle est si aride qu'il n'y pousse même pas de sottises et qu'elles y sont transplantées d'ailleurs, vous déclarent corrompu et vendu.
» Je pense que ces gens ont besoin de beaucoup de vertu et de désintéressement pour consei'ver ainsi leur indépendance, et que le gouvernement est sans cesse à leur porte pour les supplier d'accepter cinquante mille livres de rente, une voiture à panneaux œil de corbeaUvCt des cbevaux alezan brûlé.
» Pour moi, j'avoue humblement que je ne puis me rendre compte à moi-même de la brutalité de ma vertu, attendu qu'elle n'a jamais été attaquée jusqu'ici; et, comme dit un poète latin, n'a pas le droit de se dire chaste h femme que personne n'a priée.
Costa quam neoio rogayit»
» Je suis subventionné, il est vrai, et je vais vous dénoncer mes corrupteurs. Tenez, en voici un qui passe : c'est un étudiant avec un habit noir blanchi aux coudes et aux coutures; il monte ses cinq étages avec mon petit livre qu'il vient d'acheter.
» Tenez, en voici un autre' celui-ci, c'est une femme ; la voyez-vous à la fenêtre de sa mansarde : ses cheveux blonds se mêlent au feuillage bruni des cobœas; elle lit un de mes romans.
» J'en ai un peu partout de ces corrupteurs qui
258 LE LITRE DE fiORD
me subventionnent, j'en ad dans les salons et dans les ateliers; il y a quelque temps, comme je courais les bois avec un de mes amis, nous avons trouvé un volume des Guêpes chez un gardechasse, dans une hutte, au milieu d'une forôt; ce brave homme mé fait un revenu de trois francs par an. »
Et je terminais par quelques lignes adressées à l'auteur de la brochure : -
a Comme à la rigueur, mon bon monsieur Boucherrfau, on peut être un imbécile et ne pas être un lâche, je vous prierai, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, de me faire savoir où je pourrais rencontrer vos oreilles, n
Et, comme mon éditeur faisait apposer chaque mois des affiches annonçant l'apparition d'un nouveau numéro des Guêpes^ on lut sur ses affiches répandues daçs tout Paris :