L. REYBAUD
^ Plusieurs années après eut lieu le duel, qui fit beaucoup de bruit alors, entre Armand Carrel, rédacteur en chef d\i National^ et M. de Girardin; les deux adversaires furent blessés, et Carrel, au bout de quelques heures, mourut de sa blessure. M. de Girardin fut rapporté chez lui; ce résultat causa une grande rumeur dans Paris, et on répandit le bruit que « les étudiants » devaient venir le soir assiéger la maison du blessé. C'était injuste ; le combat avait eu lieu loyalement ; j'allai passer la soirée et une partie de la nuit dans la maison de la rue Saint-Georges, attendant, pour les « haranguer » ou les repousser , les « étudiants », qui ne vinrent pas.
CaiTel avait beaucoup d'amis politiques et autres; plusieurs parlaient de le v^ger. M. de Girardin, guéri, risquait fort d'être insulté et provoqué violemment à sa première sortie; il prit sagement le parti nécessaire d'aller au-devant des dangers et de se présenter au foyer du théâtre Italien, alors très fréquenté.
Boutmy, « un ami » qu'il avait à son service et qui en est mort riche, m'écrivit et, vint me trouver
5â LE LIVRE DE BORD '
chez Bohain, où je dînais ce jour-là, pour avoir ma réponse. , -.
Il me priait d'entrer et de rester avec M. de.Girardin et quelques amis au foyer du théâtre Italien.
Je n'étais pas l'ami de M. de Girardin, et il y avait dans cette sortie au moins un duel à ramasser; mais j'étais alors lié avec madame Gay, et avec ses deux filles et son fils ; de plus, c'était un danger ; je n'osai pas refuser.
J'entrai donc aux Italiens et restai avec l'ami de Boutmy au foyer, où personne ne s'approcha de nous; mais je m'ôsquivai à la sortie.
Le lendemain, je reçus de M. de Girardin la lettre que voici :
« Monsieur, J'ai à vous remercier, et je vous remercie en effet de l'empressement que vous avez mis. à répondre à la lettre de Boutmy et des quelques lignes que vous avez mises ce matin dans votre journal, relatives à notre donquichottade d'hier soir. J'avais espéré vous retrouver hier soir près de madame de Girardin, qui nous attendait; ce n'est que tardivement que je me suis aperçu qu'il manquait à la cohorte un de ses plus vaillants. Encore une fois, mes remerciements.