‹ Le livre de bordChapitre 7 sur 44 · VIENNOT · texte numérisé non relu

VIENNOT

Je répondis que j'acceptais, et je me rendis au journal.

A l'heure indiquée, un domestique monta, porteur d'une carte sur laquelle on avait écrit à peu près ces mots :

« M. de Girai*din est en bas avec ses témoins ; M. Viennot et les siens sont invités à faire suivre par leur voiture celle de M. de Girardin. »

Je répondis sur la môme carte

€ MM. L. Reybaud et A. Karr, témoins de M. Viennot, prient les témoins de M. de Girardin de monter. »

Je ne tardai pas à voir entrer Lautour-Mézeray, qui, depuis, est mort préfet d'Alger; le second était Dufougerays , directeur du journal légitimiste la Mode.

— Messieurs^ dis-je, vous agissez avec beaucoup de présomption, de légèreté ou d'inexpérience. 11 n*y a aucune raison pour que ^ la voiture de M. Viennot suive celle de H. de Girardin i, parce qu'il n'ap-

partient ni à l'un ni à l'autre des adversaires de décider seul l'endroit où le combat doit avoir lieu ; cela est l'office des témoins, qui ont également à fixer préalablement un certain nombre de conditions et de conventions qu'il ne serait ni opportun ni de bon goût de discuter sur le terrain.

Commençons donc par choisir ensemble : 1** le lieu ; 2° les armes ; puis fixons quelques menus détails.

Je ne me rappelle pas quel fut l'endroit proposé et accepté. Reybaud et moi, nous reconnûmes que M. de Girardin, comme l'offensé, avait le choix des armes ; tout bien convenu, je dis :

— Il reste, messieurs, un dernier point à traiter : Il doit être cruel pour votre ami d'avoir à se battre contre un vieillard qui, évidemment, n'est pas l'auteur de l'offense dont il demande réparation. M. Viennot n'écrit pas une ligne dans son journal. Je vais le tirer de cette anxiété : toutes les conditions que nous venons d'établir sont maintenues ; mais, en place de M. Viennot, je présente à M. de Girardin un adversaire qu'il lui sera sans doute plus agréable de rencontrer : c'est un jeune homme et l'auteur de l'article, moi.

Lautour et Dufougerays répondirent qu'ils devaient en référer à M. de Girardin; ils descendirent et remontèrent quelque temps après, et noua dirent que M. de Girardin n'acceptait pas ce changement d'adversàiîpe et n'admettait que la respon-

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sabilité légale du gérant du journal, M. Viennot. Nous maintînmes^ Louis Reybaud et moi, la position que j'avais prise; Lautour et Dufougerays maintinrent la décision de leur ami, et un procèsverbal fut signé, et, je crois, imprimé dans le Corsaire. Il n'y eut pas de duel ; mais je crois qu'il y eut quelque chose comme un procès. Je trouve une lettre de Louis Reybaud qui en parle; je ne sais plus si ce procès fut suivi ou arrangé.

« Mon très cher,

» Je me suis introduit de jour chez vous, comme un enfbnceur de portes ouvertes; j'aurais pu prendre votre robe de chambre, assassiner votre tortue, me suicider avec votre sabre, que personne ne serait venu voir si je tuais ou mourais avec gi'âce ; notez que j'ai trouvé votre bourse sur la table et que je l'y ai laissée.

» J'étais venu pour causer avec vous de toute l'affaire d'hier, car elle a plusieurs rameaux, l'affaire : quand on en a coupé un, il en reste d'autres. A-t-il été question entre Lautour-Mezeray et vous de l'instance judiciaire? Pour que nous metr tiens tout ceci dans la classe des sauriens et des races perdues, il faut qu'on nous fasse officiellement part de la trêve; autrement la guerre sub-^ siste; tachez, mon ami, qu'ils disent oui ou non, sans lantiponer. Entre nous, je crois qu'il vaudrait mieux que, des deux pails, on s'accommodât. Voua

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seriez charmant si vous arrangiez aussi ce petit reliquat; M. Yiennot vous en saui^ait un nouv^u gré.

> A vous de cœur.

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