‹ Le livre de bord: souvenirs, portraits, notes au crayonChapitre 15 sur 40 · LES ARME4 EST DEMANDÉE A CHARLES HUQO. — IL ME PREND POUR · texte numérisé non relu

LES ARME4 EST DEMANDÉE A CHARLES HUQO. — IL ME PREND POUR

- TÉMOIN AVEC GASCHON DE.MOLÂNEt. — COM-UCNT PIMIT L'AFPAIRE.

Victor Hugo, qui croyait monter en devenant -député ou pair de France, pouvait sur ce chemiû concevoir des espérances encore plus hautes; il était très en faveur auprès de la duchesse d'Or?léans , que l'âge du roi et Tâge du comte de Paris devaient un jour, ; selon toutes les probabi« lités, faire régente. . v

/La révolution dé 1848, qui fut pour tant de gens un écroulement, le fut surtout pour lui.

€ L'homme, dit Pascal, doit une grande partie de ses malheurs à ce qu'il ne sait jpas rester ^ans sa chambre. » * ^

Au lieu de revenir à sa propre royauté légitimé, de grand et illustre poète, Victor Hugo voulut chercher dans le nouvel ordre de choses l'équivàlont de ce que la révolution lui ôtait ; il se fit

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nommer député, et, dans une profession dbfoi restée célèbre, il 3e prononça nettement et éloquernlhefit ppur la nuance qui s'éloignait le moins de ses idées et de ses sentiments : il se prononça pour la repu-» bliqi^e modérée, honnêtç, conservatrice, en M^ trissant les doctrines ou plutôt les appétitis déé pseudo-répubÙcains , émeûtiers et dévastateurs ;

cette république, qui n'allait pas plus loin que ce xju'on appelait alors Je « centre gauche » , avait cependant un grand défaut à ses yeux : c'est que là jpremi^rç place y était prise, et prise avec éclat; par Lamartine, qui, y montra une grande éïévàtibà d'esprit et un courage intrépide.

Hictor Hugo est certes un grand poète, plus ^and poète même que Lamartine, si l'on entend jpar poésie l'art d'expinrtieriilmpcirte quoi éntirèfe Jaemx vers, l'art de revêtir la pensée de vôtementô ipagniûqùes ; mais sa poésie est surtout dansl'eâjHit et dans l'imagination; celle de Lamartihe était dans le coeur et dans le sang.

Victor Hugo a projibncé quelqiies discours qui, littérairement parlant, l'emportent sur la plut)art de *ceu3^ dp LaïQ^iline ;- d'oîi vient que ces discours m produisaient que peu ou point d'effet sur l'auditoire, tandis que Lamartine, persuadait, entraînait^ é(»asait? C'est que Lamartihe même quand il se limEipait, môme quand il devait plus tard changer d'0pinion, disait ce qu'il sentait, ce qu'il croyait) ce tpx'û était prêt à faire ou à soutenir, au péril de sa

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yj^^P; au prix de tou^ son aapg; cette é^loquence: QSt contagieuse : c'estla vraie.

. Victor Hugo, qui p'improviçe pas, dît cô qui tiii sçpihle le ,plqs. beau, ce qulï suppose devoir à*ap* p^ Je plus fortement ràuditôire en ï 'étonnant, et:Ài trouve en ce geiM:^ des effets merveilleux. Servènar^ nou^ Ici d^un^ mpt trè^ f iiTgaire, emprunté, commB tant d'autres, ce qui n'ennoblk pas là langue d^àùfjoujrd'hui, à la bohêmp de^4^1îers, etdiscœà : Victbi?' Hugo « épate 9. son public; La^lartine le l^imnàk: et l'entraînait; I^martine avait trouvé sa voie|,. Hugo . s'écartait d^ la ^ienne; la place était dbne: prise et bien prise v Hi^gp fit quelques pas en iMPICÎèrei et créa, avec ses /deux fils, avec Augusta Vaapierio^ le frère de 3911 gendre mort, avec Mèu?rice et quelques autres, tous ou presque tousr jeuiies gens d'esprit et de talent, un jpumal appelé V Événement; yiçiot Hu^o n'écrivait pas osteii:*- $iblement dans ce journal, ^lais il l'inspirait et le: dirigeait, tout en laissant çur beaucoup de pointa> la bride sur le qou à së$ jeunes associés^ L'épigraphe du journal lui était empruntée :

, 5 Haine vigoureuse de l'anarchie, tendre et pïOr fond amour du peuple.

' If*

» VICTOR HU60. 1

Be temps en temps, on rfeconaaîssait Tonglé à sa ffrifife, ex ungue leonçm, coname Victor Hugo le

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cUt lui-même dans une de ses lettres que nous verrons tout à l'heure.

C'était pour tous un début dans la politique, qu'à l'exempie du maître ils avaient longtemps traitée : avec le plus profond dédain; on commença par appliquer une idée très juste et trèséleyée que* j'avais entendu exprimer à Victor Hugo à propos des journaux. Ce qu'on appelle « l'article de fond » ou le « premier Paris » , disait-il, dans les journaux, est une chose absurde qui méconnaît les rangs et . l'importance relative des hommes et des choses; il semble qu'aux yeux des journalistes il ne se passe jamais rien de plus intéressant, de plus élevé, que les séances des Chambres, les discours des députés, quelque filandreux qu'ils soient, les compétitions de' portefeuilles, etc.

L'événement du jour est aujourd'hui l'apparition d'un livre, une rejprésentation àun théâtre; ce sera demain un procès, un accident, un crime, une belle action; c'est l'événement du jour qui devrait chaque jour tenir la prenwère place et la plus impor- . tante place dans le journal.

Mais tout doucement le journal devenait moins littéraire, si ce n'est qu'il mettait beaucoup de fantaisie et dans la forme et dans le fond de sa politi- que. On y remarquait parfois peu de mesure et de tact, ht le zèle exagéré des jeunes rédacteurs risquait parfois de compromettre « le maître », que Ton rendait responsable' de leurs wceatrici tés* •

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Ainsi pn eût pu traduire par un sentiment peu élevé et indigne de lui certaines attaques quelquefois de mauvçiis goût et violentes contre Lamartine.

Je me souviens d'un paissage que je dus relever, où l'on prétendait que Lamartine s'abreuvait large-^ ment de vin de Bordeaux avant dé monter à la tribune. .

Je fus moi-même attaqué dans le journal, et je dus prévenir Hugo que ce n'était pas à ses jeunes gens, mais à lui que je répondrais, et je lui expliquai amicalement les points vulnérables sur lesquels porteraient mes représailles.

Élu député de Paris à TAssemblée constituante, Victor Hugo vota avec la droite; il appuya le décret contre les clubs, repoussa le droit au travail, l'impôt progressif, l'impôt sur le revenu, etc., etc.

Je ne puis bien comprendre, peut-être faute de me rappeler les détails des événements, comment Victor Hugo se trouva partisan du prince Louis ^ et conséquemment bonapartiste; il est vrai qu'il avait à choisir entre les diverses opinions qu'il avait successivement exprimées sur ce sujet.

Si l'on trouve: • ...........

Oh ! quand il bâtissait, de sa main colossale. Pour son trône, appuyé sûr l'Europe vassale^

Ce pilier souverain»

Ce bronze devant qui tout n'est que poudre et scble, 8ubUme monument, deux fois impérissable, .

Fait de gloire et d'airain;

nu

Quand il le bâtissait, pour qa*un jour, dans la ville» Qu la guerre étrangère on la guerre civiie,

Y brisassent leur char, Et pour qu'il fît pâlir sur nos places publiques Les frôles héritiers de vos noms magnifiques,

Alexandre et César !

É'était un beau spectacle I — Il parcourait la terre Avec ses vétérans, nation militaire

Dont il savait les noms; Les rois fuyaient, les rois n'étaient point de sa taille Et, vainqueur, il allait par les champs de bataille

Glanant tous lénrs canons.

Et puis il revenait avec la grande armée, Encombrant de butin sa France bian-aimée,

Son Louvre de granit.

Et les Parisiens poussaient des cris de joie, Comme font les aiglons, alors qu'avec sa proie

L'aigle rentre & son nid!

Et lui, poussant du pied tout ce métal sonore, Il courait à la cuve où bouillonnait encore

Le monument promis.

Le moule en était fait d'une de ses pensées.

Dans la fournaise ardente il jetait à brassées , Les canons ennemis 1

Puis jl s'en revenait gagner quelque bataille; Il dépouillait encore à travers la mitraille

Maints affûts dispersés; Et, rapportant ce bronze à la Rome française, 11 disait aux fondeurs penchés sur la fournaise :

<4 En avez -vous assez? »

Ohl quand par un beau jour sur la place Vendôme, Homme dont tout un peuple adorait le fantôme,

Tu vins grave et serein, Et que tu découvris ton œuvre magnifique.

Tranquille, et contenant d'un geste pacifique

Tes quatre aigles d'airain;

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A cette heure où les ti^ns f entouraient par cent milita; Où, comme se pressaient autour de Paul-Émilc ,

Tous les petits Romains, . Nous, enfants de s^ ans, rangés sur ton passage, Cherchant, dans ton cortège, un père au fier visage,

Nous te battions des moins;

Ohl qui t'eût dit alors à ce faite sublime, .Tandis que tu rêvais sur le trophée opime

Un avenir si beau, Qu'un jour à cet affront il te faudrait descendre, Que trc»s cents avocats oseraient à ta ce^idre

Chicaner ce tombeau 1

Dors, nous t'îrons chercher I ce jour viendra peut-être!

Car nous t'avons pour dieu sans t'avoir eu pour maître! ,Car notre œil s'est mouiUé de ton destin fatal,

Et, sous les trois couleurs comme sous l'oriflamme, 'Nous ne nous pendons pas à cette corde infâme Qui t'arrache à ton piédestal I

oh trouve aussi , et cité avec éloge , dans une brochure de M. de Madrolle publiée en 1840, ce quatrain, dû également à l'auteur de Y Ode à la Colonne^ et à propos de la même colonne :

Si le sang qui coula pour assouvir ta rage.

Autour du monument se pouvait amasser.

On le verrait bientôt atteindre ton image, Et tu boirais sans te baisser.

A propos de cette colonne, rappelons qu'un des reproches que faisait le poète dans sa femeuse profession de foi des deux républiques, était la prophétie inspirée que ses alliés d'aujourd'hui renverseraient la colonne.

Avant l'élection de Louis Bonaparte à la prési* dence, V Événement était devenu non seulement bonapartiste fervent, mais tout à fait antirépublicain; il y avait même un article quotidien, dont le titre était parodié d'une pièce du maître; cet article s'attaquait surtout au journal le National, dans lequel il personnifiait la République.

Je ne me rappelle plus si le titre était :

LA RÉPUBLIQUE S'AMUÇE

ou :

Le National s'amuse

Toujours est-il que l'un et l'autre y étaient attaqués, invectives, insultés, avec plus de persévérance et d'âcreté, quelquefois, que de bon goût.

On appelait les rédacteurs du National et leura ' amis e: farceurs, pantins, polichii^elles, paillasses, vojeurs >, etc.

Si bien qu'un matin Auguste Vacquerie et Paul Meurice arrivèrent chez moi avec une lettre de madame Hugo.

— Savez-vous ce qui nous arrive? me dit je ne sais plus lequel des deux, Le National se fâche et demande une réparation par les armes ; vous nous voyez stupéfaits d'étonnement.

— Ah çà ! demandai-je, est-ce que vous n'aviezi. pas l'intention d'en venir là ?

— Pas le moins du monde! nous écrivons comme

cela sans mauvaise intention ; nous avons vu dans ces articles dont on se fâche plutôt une chose farce <iu'une chose offensante.

— Eh bien, excepté vous, tout le monde sera étonné d'une autre chose : c'est que les gens du 'NaMonal aient attendu si longtemps.

— Madame Hugo vous prie, nous vouô prions d'intervenir, avec Paul de Molènes, qui accepte, à condition d'être avec vous ; l'article incriminé est •de Charles Hugo.

^ Paul Gaschon, qui avait ajouté au nom de son père le nom de famille de sa mère, était un jeune homme spirituel, loyal et auquel on né pouvait reprocher qu'un peu d'affectation, des attitudes et des airs mousquetaires, matamores, etc., reproche tpii tomba de lui-même lorsqu'aux journées de juin il s'engagea dans la garde mobile, se battit avec intrépidité et reçut une blessure assez grave sur les barricades.

•" Nous allâmes au National, nous trouvâmes les TK adversaires » très montés. Ils parlaient de leur longue patience, motivée par la jeunesse et l'inexpé^ rience de leurs adversaires; mais tout a un terme, Bt ils étaient décidés à avoir une réparation par leâ armes, à moins qu'on ne leur fit des excuses, qui alors devaient être tellement comjplètes, qu'ils ne prenaient pas sur eux de les demander, les jugeant "eux-mêmes inacceptables.

Nous étions assez embarrassés, de Molènes et

mot; l'insolte était grave, elle avait été réitérée avec obstination; notre sentiment était que^dans une pareille situationyil n'yav^t à parler, que des conditions du combat; rnsôs de Molènes avait. vu madame Hugo, et évidemment ce n'était pas ce qu'elle attendait de nous; d'autre part, nos jeunes gens semblaient plus stupéfaits qu'avides du sang de leurs ennemis; nous savions Charles Hugo tout jeune alors, peu ou point expècimenté en escrime; nous demandâmes, avec toutes les précautions qui mettaient à couvert « Tiionneur > de celui que nous représentions, qu'on nous donnât par écrit la formule des excuses qu'on réclamerait, c si par impossible on venait d'autre part à admettre cette solution ».

Cette formule était dure; nous en discutâmes certains termes ; nous en flmes adoucir quelques autres, et nous allâmes aux bureaux de VÉvénement^ comme il était convenu, parfaitement convaincus tous les deux que tout arrangement était impossible. Meurice et Vacquerie nous reçurent dans un bureau ; nous leur rendîmes compte des résultats de notre mission; ils nous laissèrent seuls pendant un quart d'heure. On nous dit depuis que M. de Girardin était dans une autre pièce et qu'on nous quittait pour aller prendre ses avis et ses inspirations.

On revint nous demander si, en cas où l'on insérerait la note imposée, nous la signerions comme témoins. Nous répondîmes que non. On retourna

daiis rautre pièce; il se passa encore quelque temps, et on revint nous demander notre opinion; nous répondîmes que notre refus de signer la note nous paraissait assez clair pour que nous crussions devoir ne rien dire de plus; nous nous retirâmes.

La note fut insérée.

Ajoutons que, quelques années après, Charles Hugo eut une autre affaire et s'en tira très honorablement.

Hugo m'écrivit à ce sujet :

« Mon cher ami,

» Je veux tous les jours vous chercher et vous serrer la main, mais vous savez dans quel tourbillon je vis.

1 Vous m'excusez, n'est-ce pas ? J'ai été bien touché.

» A vous de tout cœur 1

VICTOR HUGO

UN PINCR CHCS PRADIIR. — iLCCTIOMS DB PARIS. — PRKMI&RC MASlftRK

DE < l'Événement >. — la route de damas. — mapoléom le petit.

— HUGO A jersey. — LES CBATISIBMTS.

Le président de la République venait d'être nommé, lorsque je reçus une lettre de Pradier^ le grand sculpteur :

« Bien cher Karr,

» On m'annonce une truite pêchée dans le lac dé Genève pour être mangée chez moi jeudi 22, à six heures et demie'préGises, avec nos amis accoutumés. Voudrez-vous me faire l'honneur d'en venir prendre votre part? Vous savez, cher ami, combien votre présence me sera agréable.

» Votre bien affectionné,

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