‹ Le livre de bord: souvenirs, portraits, notes au crayonChapitre 14 sur 40 · VICTOR · texte numérisé non relu

VICTOR

c Grondez pour moi Ge^tayes, qui m'a rendu une

foule de services; après quoi, il me plante là, Fingrati

> Vous nous faites lire les plus charmanCeSy les {dus spirituelles choses du monde; vous feîtes de la satire en poète , en penseur et en honnête homme ; vous mettez le ^W et l'imagination au service de la raison; aussi, nous vous aimons ici beaucoup, mais nous nous plaignons un peu : nous ne vous voyons plus, c'est mal à vous^

» Tenez donc, un de ces soirs (jeudi excepté)^, âbner place Royale.

» A vous ex tnCima «ortie. j

liVlÇTPR «UGO. »

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▼JLUCQUIBIIr •• La PAMILLB YACdUKRIK. •- LiOPOLDINB HUOO BT 8Gt

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OB' MOI, QUE VICTOR BUCO APPREND LA CATASTROPHE. •— DEUX MÈRKS DE DOULEUR.

Longtemps avant l'ekil vdontaire de Victor Hugo et mon (îèpart de France, tin immense malheur était venu le frapper. Il était en voyage, on ne savait pas bien où; je voulus que cette triste nouvelle ne lui parvint qu'avec les adoucissements, hélas I bien impuissants que pouvait y apporter l'amitié. J'écrivis ce qui suit, dans un journal qu*il lisait de préférence; c'est en effet par ce journal qu'il apprit ce deuil étemel :

« Lundi, 4 septembre.

. » A Yillequier, à quatorze ou quinze lieues du Havre, au pied d'une montagne chargée d'arbres, est une maison en briques, tapissée de pampres verts. Devant est un jardin qui descend à la rivière par un escalier de pierre couvert de mousse. Cette maison, pleine de bonheur il y a quelques jours,

vient d'être le théâtre du plus horrible malhQur; elle appartient à madame Vacquerie, mère de M. Charles Vacquerie, qui a épousé, il y a sept mois, mademoiselle Léopoldine Hugo, fille de Victor Hugo.

» Lundi matin, vers dix heures, M. Charles Vacquerie, en compagnie dé soii oncle, M. Vacquerie, ancien marin, et d'un enfant de ce dernier, âgé de dix à onze ans, prit, pour aller à Caudebec^ à une demi-lieue de Villéquièr, où il avait affaire, un canot que son oncle venait de faire construire. . » Au moment de partir, il demande à sa jeune, iemme si elle veut les accompagner; elle refuse, à cause qu'elle n'est pas habillée ; les trois voyageurs se mettent en route après avoir promis d'être de retour pour le déjeuner.

» Quelques instants se sont à peine écoulés quo M. Charles Vacquerie croit voir que le canot n'a pas assez de lest ; il revient au bas de la maison prendre deux lourdes pierres, qu'il met dans le bateau pour lui donner plus de solidité. La 3.eune tômme alors s'écrie :

» — Puisque vous voilà révenus, je vais aller avec vous : attendez-moi cinq minutes.

» On l'attend; elle monte dans le canot. Madame Vacquerie, la mère, recommande de revenir pour le déjeuner. On part.

» Madame Vacquerie regarde le canot s'en aller et n'a qu'une seule idée :

t — Ilfait trop calme, ils ne pourront pas aller à la voile, nous déjeunerons trop tard.

» En effet, la voile du canot retombait languissam ment sur le mât, pas une feuille ne tremblait aux arbres; il n'y avait pas lieu de prévoir un danger, même pour une mère, même pour une mère éprouvée coup sur coup par tant de. pertes successives. •

» Cependant un léger souffle vient de temps en temps gonfler la voile. On marche lentement, mais on marche; on arrive à Caudebec, on va voir le notaire, auquel M. Charles Vacquerie allait parler pour des affaires relatives à la succession de son père, mort dernièrement. Le notaire veut leur', persuader de ne pas s'en retourner par! la rivière, . non qu'il prévoie ni redoute le moindre danger,,^ mais, au contraire, parce qu'il ne fait pas de vent, pafcequ'ils feront la route trop lentement. Il leur offre sa voiture pour les reconduire à Villequier. Les voyageurs refusent : il n'est pds tard, ils arriveront à temps, et puis c'est si amusant de voyager sur l'eau 1 la rive est si belle I

3> On se met en route pour le retour; l'oncle- Vacquerie tient la barre du gouvernail, l'enfant regarde couler l'eau, les deux, époux se tiennent par la main et respirent l'atmosphère de bonheur qui les entoure. .t

. » En effet , Léopoldine Hugo est toujours cette gracieuse jeuue fille que nous avons vue croître au m. 8

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sein de cette famille ai unie; toute la vie lui souril : elle a dix-hoilans; ^l6 vient d'épouser un homm^ qu'elle aime et doni elle est adorée.

)» Elle est venue ratee&er la joie da^ns ^nç famille décimée, qui pocte «ayourd-hui sept deuils àlafbis^ ;i

i> Charles yacqueF|e>n'a pas vingt'^ieptaiisuI^aiMus trois ans, ila donné sajviè entière h l'espoir de: C0 bonheur dont il jouit maiatenâtntf. Ses anû^) l'ont vu; pendant tn»s ans^ rassemUer des meublés curieux, de prédeage» JaagateUeg pour elle, <i quand elle sera ma feetee jf^ .

» Tout le monda tes aim&y tout le monde applaudit à leur félicité ; ite. pensait à tout cela, ils ne désirent rien, si ce n'est un pe» de vent, parce que le c^ftot ne marche pas. .

Y Âh! vous êtes heureux! ah! vous êtes jeunes I àhl vous êtes beaux! abi vous êtes riches! ah I vous êtes heureux! ; j j ■ • ^^Malhëuretel'-- -^l i;j:-o ,,/;

) Le malheur est un créancier auquel l'hom?)(ie dôîtla dime de sa vie : ce qu'il ne paye pas porte im intérêt usuraite et s -^masse^

* » Ah ! vous ôtesau comble de vos vœux, vous avez atteint le but de toutes vos pensées! eh bien, c'est derrière ce but, c'est âwrière ce bonheur que la mort est embusquéei

» Tous les pas que vous avez^ faits vers yotre bonheur , vous lès faisie^^eiis ellei^qui voug attendait là.

SE LIVRE DV HORB iS^

- » Tout h ûoup^ entre deux ooilines s^élève 'iBin 4ociitHlldn de veiit, qui/ «ans file rien ail pu le faire predeentir , s'abat sur la veile ^ lait brusquement chavîrer le canot.

» Des paysans, sur la rive opposée^ ont v^ (Jharles Vacquerie reparaître sur Teau et crier, puis plonger et disparaître, puis monter et crier encore, let replonger et disporaUre.u shc fois!,.. ; • » Ils ont cru qu'il s'amtcsaCt/

» n plongeait et tâchait d'arracher sa femme, qui, sous Feaii, Se tenait au canot renversé, mais qui se tenait comme se tiennent les noyés; ses pauvres petites mains étaient plus fortes que des crampons de fer. Les efforts de Charles, ses efforts désespérés, ont été sans succès. Alors il a plongé une dernière fois, et il est resté avec 'elle. • ' , ' '

» Charles Vàquerie était: bon nageur ; personne n'eût été étonné qu'il eût pai^ié de traverser vingt fois, trente fois l'espace qui le séparait de la terre : il n'a pas voulu être sauvé.

>i Je feux que dé pauvre père, quf né sait rien au moment où j'écris ces lignes, q'ùi croit sa fille vivante et heureuse, je veux que Hugo sache que l'homme auquel il avait donné sa fille a voulu mourir pour ne pas reveiiir sans elle ; je veux qu'il sache qu'il doit les confondre tous deux dans son amour et dans son deuil. Charles Vacquerie a fait tout ce qu'un homme brave, dévoué, amoureux

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pouvailJ faire^ pour sttiivepsâ feinmè; puisj quatiii il a vu qu'il ae la ^ramènerait pas aveô lui dans la y i€^ , il eat resté avec ^elle dans la mort.

» Pendant ce btemp^^là, qu6 faî^it la pauVFo /iDère? Elle attendait €kin^ le jardin, en p^nsanU: Pas de vent! cependi^ ^iiè prit une longue-vtie >^t r^arda dans la direction de Caodebec; ses yeux sa troublèrent ; ^^Ite appela un pilote et lui dit :

» r-r Regardez .vitel je ne vois plus clair; il seuli^le que le batem e$t de côté.

> Le pilote regarda et dit :

. j? -^ Nqn, madame,, œ n'est pas l^ir bateaux

» Puis, comme il avait bien vu,lui,le canot cha«viré, il courut en toute Hûte, av^c ses camarades; mais il était trop tard, et on apporta quatre cadavres à madame Vacquerie, sur ce même escalier d'où étaient partis, trois heures auparavant, son fils, sa belle^fiUe, son frère ^et son neveu, heureux et riantsi

» Qui pourra dire où cette pauvre femme, seule dans sa maison, a pris la force et le courage de^ne pas mourir aussi? £Uq n^ voulait pas les croire morts ; tous les soins furept inutiles.

» On envoya un exprès au Havre, à un ami de la fomille Vacquerie, en lui donnant la triste commission d'annoncer cette épouvantable catastrophe à madame Victor Hugo, qui était à Graville.

. » H était onze heures du soir. Tout le monde était

L« iLlYBG. D« 'BORD dSi

couché. M. *-* alla d'^boFd prévenir madame Le- (èvre, sœur de Charles Vacqtierîe. ' , *

> Madame Lefèvre est ûtie jeiine femme qui, il y a ' {Âoins de deux ans, avait un mari, trois enfants^ un père, une grand'môre, deux frères, toute une ^ bonqe et honorable femiHey aimée et considérée ; ^ en moins dé deux ans, la mort lui avait déjà pris son père, sa grand'mèréy son mari et deux enfisuits.

» Il fallait lui apprendre qu*elle venait encore de Jui prendre un frère et une sœur qu'elle aimait à la fois comme une sœur et' comme un enfant, et deux autres parents. •

>Elle trouva la fbrce daller dire leur commun malheur à madame Hugoi Madame Htigo était au milieu de ses autre? enfants. Un ami profita de son désespoir, voisin de l'égarement, pour la faire monter en voiture et l'entraîner à Paris avec 1^ enfants qui lui restaient. - ■■'*,'■

» Le lendemain^ tout le monde était consternédans le Havre : la fatale nouvelle circulait de bouehe en bouche ; il y avait quelque chose.de funèbre sur tous les visages^ qui eût fait dire à un étranger : c Qu'est-il dôiic arrivé au Havre? »

» Je songeai alors à Hug6, qUi est en voyage et qui va, chose horrible ! apprendre la mort de sa fille chérie par hàôard, pak'ôottt'àttt négligemment: un journal après dîner dans quelque auberge/ -

» Tout le monde a lu lès. beaux vers que lui ont tant dé foii» inspirés ses ehfahts ; tnàïs, moi, j'ai vu

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souvent tôûâ àésëHàitna^nfôe^^ dQ ,)f|i,

et je sais toute là plà6é'^pi;^s occ^i^t cU^n$ $pi^,, ,

Il On lui a écrit, mais où? En Espagne^ où il est allé; en' France, où il revient peutr^tre.; presqi^eatt hasard, sur la route qu'il: doit paroourir»

» Cest épouvantable I ï .

» Il y a à peine un mois, comme il vei^ yo^r le. txmheur de âa flUe, il eut 1^ bonne pensée à§ij^^ pr^idre dans ma retraite, et, pendant quelque^: heurék, par une belle âùit d'été^ sur 1^ mer é^in^e-r lante de phosphore, je lïierétrottT^i.enç!^^ fois aii milieu de tduté c^te hfeureu^^^ ffimille, augmentée de Charles VaofueHe, ]quil<9^ ador£|^ tpuS|, et plus heureuse <(ue je ne Favais jamais yue ; puis^. le lendemain. Usé mit en route le: pœur heureux et tranquille, et je me rappelai qu'il y a quelqu^^ mois à peiiie il ôtait> yeni;i,iaYeo jupi, .conduire mcm père à sa derhière demeura» ;

i Où est-il ? Qld loi i^pètera le^ i^ tW-

chantes choses €(uUl me disait ceiouifTlà? » ,

' ' ' ' ' ^ -■ ■ ■•':^ ■■■■: '^ .l:u-ii-i.. ...■■ . : ..^.^ , ,.

Je partis en toutehâtepouirall^r le remplacer aiiprès du cercueil dé sa fOOle^ pour aller reçi^HUr pour lui dans mèn coe/ur toutes fies tristes circonstances, tous les peignants détailsi ^ue v^ul^t

savoir ceux qui perdent les objets de leur^ten-,

orésse. '." ^ -^ ., ;^ ,.,, ,.■ -^ >

Il y avait à Villequier quatre morts dan&l'i^lisie;

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mais une teiidresse ji^éniey^e s^yaiii réuip les dieux jeunes époux dans un mèmç cercM^U^ .,,,..

L'église était pleine de gens qui pleuraient et qttiî priaient avec fegrvcur; ce n'est que plus tard qtiè je isus ^ tjue i'éloignemjçni n'ayait permis de convoquer que 'quelques, parents de la famille Vacquerie, et que presque tous ces geiiâ qui pléuràienti et' qui p^iaiient,. étaient des gens du pays et n'étaient qufune femille d'aiïeotion/ '■'••'■•■; •.: ■. ,■■

LôTsqae ié rentrai dans la mai$op, sçutenant le frère de Chartes Vacqu^rte^jMffi^ué^ les sanglots, je lï'essa^rsù^ pas de. i peindre dç quel sentiment de respect et d,^ vénérÊition je fus saisi à l'aspect de ces deux femmes si écrasées, à la vue de leur douleur si profpiîide et si modeste.'^ •'. '■ '■ <;■- -

Jë ne sais rien de si gi^andy de 9i i^aj^tueux, de si imposant qu'une douleur ;pareille*

On l*a dit à propos des TOyageset des séparations : c'est celui qûireste€(ui estle plus à plaindre; on peut le dire surtout à propos de cette triste séparation qtf'oh appelle la mort.

Léopoldine Hugo ej Charles Vôcquerie ^ont morts ensemble au milieu de leur beau rôye; si heureux Tun et l'autre, qu'ils ne pouvaient plus que l'être moins. y

Sur la tombe où ils dorment réunie, c'est pour ceux qu'ils laissent que j'ai, isût 46i? pn^i'es.

« De Paris à Sainte-Adresse.

> Vous m'avez fait pleurer dans ce moment horrible ; vous m'avez déchiré et soulagé ; merci, cher et noble Alphonse Karr I Vous avez un grand cœur : vous avez bien parlé d'elle et de lui, ma pauvre fille bien-aimée ; vous figûrez-vous cela, que je ne la verrai plus ? Hélas I j'ai le cœur brisé.

'■': » A vous! ' '' :r,;' ^"^ T' ..' ;."'

Après la mort funeste de sa fille, madame Hugo, entraînée à Paris avec ses enfants, revint seule au Havre, chez madame Lôfèvre et me fit appeler pendant la nuit; elle voulut que je lui racontasse tous leâ détails que je pouvais savoir ou deviner; je lui fis comprendre la mort évidemment volontaire de Charles; je lui expliquai que Léopoldine avait dû perdre connaissance inimédiatement et n'éprouver que peu ou point de souffrances...

v:cTOR nuoo candidat a la DipoTATion. — sa propmsiom de foi. —

- PARALLAlK entre lui et LAMARTINE, COMME POÈTE tT COMME kOMMC

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