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COMMENT UN HOMME SIMPLE ET RONNÊrK EST ^D MIUEII DES FAISRUfIS J>\fFAIRES comme un œuf Httt A DES GALETS. — OtJÉLQUBS'VNS DB MES ÉDITEURS. — LE TIMBRE. — PAGE SALIE PAR LB FISC.
En 1840 se trouvait finie la première année des Guêpes; là était un écueil, un récif, que j'étais loin d'avoir prévu.
Les Guêpes, à leur apparition, avaient été précédées de cet avertissement :
c Le petit livre est le premier de douze volumes qui paraîtront successivement, et chaque mois, d'ici à un an.
» Ils contiendront l'expression franche et inexorable de ma pensée sur les hommes et sur les choses, en dehors de toute idée d'ambition, de toute influence de parti.
» Je parlerai sans colère, parce que, à mes yeux, les hommes les plus méchants sont encore plus ridicules que méchants; et que, d'ailleurs, je suis sûr de leur faire ainsi plus de tort et plus de chagrin.
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» le n'appartiens à aiicun parti, à aucune coterie.
» Je juge les choses à mesure qu'elles arrivent, les hommes à mesure qu'ils se manifestent : je prends peu de choses au sérieux, parce que, n'ayant besoin de personne que de mes amis et ne leur demandant que leur amitié, je sens^ je vois et je juge avec le sang-froid et la gaieté tranquille d'un spectateur passablement assis.
» J'adresse mes petits livres aux ami3 inconnus que je crois avoir dans le monde, aux g:ens de bonne foi, de bon sens et d'esprit; c'est dire que j'ai pris mes mesures pour n'avoir besoin que d'un très petit nombre de souscripteurs.
» Nous rirons ensemble de bien des gens qui voudront passer pour sérieux, et nous nous amuserons à mesurer la petitesse des grands hommes et des grandes choses. »
Il y a de cela quarante ans; les Guêpes ont subi quelques interruptions plus apparentes que réelles, parce qu'elles ont reparu sous différents titres : Bourdonnements^ etc. Je crois avoir, depuis quarante ans, été fidèle à mon programme.
Quandj'avais voulu publier les Guêpes^ }e m'étais adressé à un éditeur ; le hasard m'avait fait tomber sur un nommé Dutacq, qui se trouvait pour le moment en vue.
C'était lui qui, en collaboration avec M. de Girardin, avait eu l'idée de faire un journal à 40 francs
par an, ati lieu de 60 fli^nés. Ce prix de 40 francs ne couvrait pas les frais; mais ce bon marché de* vait amener uh grand nombre d'abonnés sur chacun desquels on perdrait quelque chose, et « on se rattrapait sur la quantité»; voici comment : Cq grand nombre d*a:bénnés et de lecteurs donne-* rait avec raison une plus grande valeur aux annonces payées par le commerce et rindustrie ; en effet, il vaut bien mieux faire annoncer sa marchandise par un journal qui parle à soixante mille personnes qu'à une feuille qui ne s'adresse qu'à trois ou quatre mille. Ces annonces, arrivant en foule, devaient combler d'abord le déficit et donner ensuite des bénéfices; l'idée était juste et réussit.
Mais, à la veille de l'apparition du journal à 40 francs, les deux associés se brouillèrent, et chacun fit son journal. Seulement , comme la Presse^ qui restait à M. de Girardin, débutait par être ministérielle, Dutacq mit le Siècle dans l'opposition. Si la Presse eût été dans l'opposition, il eût fait le Siècle ministériel.
Dutacq était un joueur, un «tripoteur d'affaires » ; le produit d'une bonne affaire était mangé par deux mauvaises; il ne tarda pas à gâcher l'excellente position qui lui donnait le Siècle.
Nos arrangements pour les Guêpes étaient simples j^ je fournissais le manuscrit, lui le papier et l'impression, et nous partagions la recette. Cette recette fut assez considérable pour l'époque.
J'avais eu, pendant; toute l!année^ .b^uûoup de peine à obtenir ma pàF^; la miiUiplicitéLdes s^Sui^s entreprises par JDutacq VoMigemt à mêler le iemà de toutes ses caisses. J^àv^ plus de peine encore h savoir quelle était. cette part; on ^aé cfaieailait les moyens de contrôle, et je me rebuta fiidlement de tentatives eijpuyeuses ; seulement notre traité n'était (ait qi;ie pour un an, et j'annoRçaf à Dutacq que je ne le renouvellerais pas* il ne dit rien; mais, à l'apparition du. dernier numéro de l'année, il m^ fit un procès.
Rien ne semblait plus clair que nos conventions; le traité est fiiit pour un an : a M, KaiT fournira le manuscrit de douze num^r^®»^'^ par mois; M. Dutacq, le papier et l'impression de ces douze numéros, un par mcûs, » .
J'avais écrite il avait imprimé et vendu douze numéros, un par mpi8,j)endaût un an ; c'était donc fini. Dutacq revendiqua lek propriété du titre : Zes Guêpes^ Le procès paraissait absurde et l'était, et Dutacq l'avouait «Je, perdrai, disait-il, te procè^, mais vous perdrez Votre affaire. J'imagin^ai tant de délais et de longueurs, que Vous ne pourrez pas d'ici à plusieurs mois commencer votre seconde année. » En effet, le procès arrivant devant le tribunal, il demandait des remises, élevait des inci« dents ; il avait été clerc d'avoué et avait étudié l'escrime de la procédure.
Le tribunal ajournait sa décision ; mais les juges.
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consultiez in'àveitiàsâièftt que, < lè titre des titiêpes> élBiXit en M\géy il m'était' interdit de m*en siryir jusqu'à jug^ement défmiiif; car Dutac(| ne cachait pas quej «ôii |>rôcèfs perdu en première instance, il épuiserait tous les dégrés de juridiction.
J'imaginai ced; qiii eut ùii dertain succëë : je fis paraître le second Voîume de la seconde année sans titre, avec mon nom; j'annoiïçàî, dans quelques lignes de préface, que; le titre des Guêpes m'étant contesté^ je ne donnais pas à mes petits livres le titre de Guêpes; ptxiê^ sin lièù de séparer mes sujets et mes alinéas par de petites Guêpes, je lis dépecer la gu^pe et la remplacer par une tète, par une aile, par une patte, par un abdomen avec son aiguillon, etc.
Dans l'intervalle du premier ail second volume, un ami qui intervînt me persuada de faire un sàdrifice pour ne plus être tracassé ; je voulais quitter définitivement Paris» et je dus donner lino certaine somme d'argent à Dutacq pour rentrer en possession de ce qui m'appartenait, mais ne me serait revenu que plue tard eh me donnant et des soucis et de la colère.
J'avais besoin d'un commis pour continuer l'affaire. Je pris un nommé H**% qui avait été chargé chez Dutacq, qui n'en avait plus besoin, de la € fabrication » et de la vente des Guêpes. ,
J'avais vu, pendant un an, ce H*** au moins une
fois par semaine; il était poli, obligeant, obséquieux m» i8
même; cependant il me déplaisait : je Tavais ce qu'on appelle vulgairement c pris en grippe ». Je sttid naturellement sujet à des instincts tyranniquesy yiolentSy presque féminins.
Il est des gens que je tutoierais à la première vue, d'autres qui m'inspirafit aussi subitement une profonde antipathie. Mon amour de la vérité, de la justice, m'a fait longtemps lutter contre ces iuh stincts; je m'en suis toujours repenti.
En examinant les gens qui m'inspiraient de Téloignement, sans autre cause que celle-ci, qu'ils étaient eux et que j'étais moi, je me disais : — Voyons, ces gens ne sont pas mauvais. Mais je découvrais plus tard que, s'ils n'étaient pas mauvais absolument, ils Tétaient relativement à moi, quelquefois même par un défaut venant de moi; mais enfin le plus sûr était de les éviter.
H*** portait des gilets bleu de ciel et des cravates écarlates; c'était laid, c'était bruyant, c'était choquant; mais je ne lui savais aucun autre défaut, et ça ne suffisait réellement pas pour justifier l'antipathie qu'il m'inspirait. Je voulus me punir de ce sentiment qui me paraissait injuste et sauvage à l'égard de H*** et me donner une leçon à moi-même; cette lutte vertueuse contre moi fût, en très grande partie, ce qui me décida à prendre pour commis H***, qui se trouvait sur le pavé, et à lui confier la fabrication, l'administration et la vente de ma brochure.
Eh bien, c'était l'instinct qui avait raison; mon homme me fit les plus mauvais tours ; il se chargea, entre autres, en cachette, de fabriquer, d'administrer et de vendre dans mon magasin même une des imitations faites en concurrence des Guêpes, d'adresser cette brochure à mes abonnés, à mes correspondants ; enfin, un jour, après quelque autre incartade, je dus le renvoyer assez brusquement ; il s'emporta, tira un couteau de sa poche et s'avança sur moi. Je fus obligé de le jeter du haut en 'bas d'un escalier. Cette épredve et quelques autres m'ont amené à consulter mes instincts avec confiance et à leur obéir.
Un des mauvais tours qu'il me joua fut celui-ci : Il y avait un an et demi que je publiais mes petits volumes, lorsqu'un matin on me fit savoir qu'on allait exiger que les Guêpes fussent timbrées. M. Human, ministre des finances, venait, le 7 décembre 1840, de présenter à la Chambre la carte à payer des folies de M. Thiers; de cette communication, il résultait que les dépenses privées, pour 4841, excéderaient les recettes ordinaires de huit cent trente-neuf millions.
On se mit à faire flèche de tout bois pour combler ce déficit, et les Guêpes se trouvaient une des brindilles d'un des foyers.
— Quel bonheur, m'écriai-je à ce sujet! que j'aie eu, il y a un an et demi, l'idée de faire paraître les Guêpes; voyez un peu ce que, sans cette idée, allait devenir le gouvernement I
Je consultai les légistes; l'issue d'un procès était douteuse; je me résignai; mais je demandai qu'on imaginât pour de petits volumes, qui alors s'imprimaient avec un grand soin, sur du très beau papier, quelque autre chose que ce gros, épais et sale timbre noir.
— Le timbre, dîsais-je, apposé sur les journaux, n'a pour but que de marquer les exemplaires qui ont payé l'impôt, pour ne pas le leur demander deux fois, et ne pas oublier surtout de le demander aux autres I Tant qu'il ne s'est agi que dès journaux imprimés sur papier vulgaire et ne devant vivre que quelques jours, cela allait à peu près; mais puisqu'on voulait timbrer les brochures et les livres imprimés avec luxe, et ayant la prétention de figurer dans les bibliothèques, il faut faire un timbre qui ne soit pas une grosse tache.
Ma demande fut repoussée.
Or la loi était précise; le timbre devait être appliqué à l'angle gauche supérieur du papier; les employés n'y faisaient guère d'attention, mais j'exigeai qu'on se conformât à cette prescription; et, ayant commandé un papier spécial, je fis tomber le timbre au milieu d'une de mes pages; je laissai cette page en blanc, en écrivant sous le timbre :
Page salie par le fisc,
et je passai à la page suivante, et toujours ainsi à chaque numéro. L'excellent Louis, qui était alors
directeur du timbre, vînt me voir dix fois, pour me prier de mettre fin à cette plaisanterie, qui Tagaçait. JelTus inflexible; mais H*** imagina je ne sais quelle fraude qui mettait dans sa poche le prix du, timbre d'un certain nombre d'exemplaires, et je fus obligé de renoncer à ma vengeance, qui avait duré plus d'un an,