PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
?H çà! que se passe-t-il donc? Comment! la place est vacante, et on ne me le dit pas! Il faut que je l'apprenne de M. Brisson, organe nasillard de la voix publique? Pas un de mes amis politiques n'aura eu la pudeur de me téléphoner <( Halo! le temps de Grévy expire, la présidence est à prendre ; portez-vous. » A quoi servent les inventions d'Edison alors?
Ils sont bien lâcheurs, dans mon camp; mais à ce point-là, je ne l'aurais pas cru. Car enfin it est connu du monde entier que mon rêve est
d'habiter l'Elysée et d'y cultiver la tulipe. Heur aux variétés orageuses. J'ai dessiné assez souvent ma candidature à la Présidence dans des articles politiques, insérés à cette place même, pour qu'un Congrès sérieux hésite entre M. Duclerc (de la lune), la Lune elle-même et Caliban. Ou bien, c'est qu'on ne croit plus à rien, en France ; c'est que ta vertu n'y est plus récompensée nulle part; c'est que nous en sommes à l'adjonction des incapacités. Zéro et zéro, total zéro, je pose zéro et je retiens zéro. Si c'est cela, notre cher opportunisme ?...
I,e seul homme qui ait songé à moi pour la sinécure des sinécures, c'est ce farceur d'AuréUen SchoU. Mais voilà, il sait que je fais du théâtre, et il croit qu'on n'osera plus me refuser mes pièces quand je les ferai présenter au Comité des Sociétaires par le général Pittié. II a peutêtre raison, car il connaît son temps. Néanmoins, ii ségare ; mon dessein est plus sombre. Dès que j'aurai succédé au père Grévy, je me mettrai franchement à imiter Louis XIV (histoire de changer un peu), et, sous prétexte de protéger les Lettres à tour de bras, je jouerai moi-même, devant ma cour, le rôle de Daubray dans le Haron de Carabasse. Et le premier critique qui bronche... je le décore !
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Je ne veux pas débiner mon prédécesseur, ce serait de mauvais ton en ce moment. J'attendrai un peu. Mais enfin, je puis déjà dire que son gouvernement n'a eu que les grands hommes qu'il méritait. Les deux plus ÎUustres sont Vigneaux et Shiosson. L'histoire impartiale les acceptera pour les Molière et les Racine du règne. Ils ont donné le Tartufe et Xaiihalie du billard, et s'il reste à nos neveux l'espoir de prendre aussi bien qu'eux la bille en tète, personne ne doit nourrir l'illusion de couler sur bande avec la même autorité.
Je l'avoue donc et me résigne. Et si mon concurrent, M. Duclerc (de notaire) veut accepter de moi un conseil généreux, il promettra dans son programme d'autres plaisirs que celui du carambolage à la nation française. Elle en est saoule.
Ainsi, dans le mien, je m'engage à assister à toutes les premières de l'Odéon, et c'est pour flatter la jeunesse lettrée et laborieuse. Poret, tu me verras en grand costume, avec, sur la poitrine, le Lion ïe Perse et des choses en or qui brillent et encouragent les pièces en vers. Je jure encore de m'entremettre entre Emile Zola et les censeurs, s'il y a lieu, et de déclarer dans un ukase qu'il n'y a de périlleux, sous le lustre, que
la bêtise. Enfin, j'ai un programme soigné, plein de jolis arbitraires et de délicieuses tyrannies qui réconcilieront les gens desprit avec la République.
Par exemple, le lendemain de mon installation à l'Elysée, j'enverrai chercher Carvalho entre quarre gendarmes, et, l'ayant fait asseoir devant une choucroute garnie, à ma table présidentielle : — « Mange,lui dirai-je, et écoute. Il paraît que tu n'oses pas monter le tohengrin dans ton théârre parce que l'auteur de ce chef-d'œuvre est, ou fut un ennemi de notre patrie? Est-ce que tu nous prends pour des Allemands?» Et si Calvalha se met à trembler, comme faire se doit en présence d'un chef d'État qui connaît son affaire : a Que dis-tu de cette choucroute, reprendrai-je, elle est bonne, n'est-ce pas, et digne de ma position? Eh bien, elle vient, elle aussi, d'oucre-Rhin, et cette saucisse a vu le jour à Francfort. Et cependant tu la savoures! «
J'ai promis de ne pas tomber mon prédécesseur. J'en remets le plaisir à mon a discours du trône, a je veux dire au speach que je ferai lire à la réouverture des Chambres. On me permettra bien cependant de trouver, dès à présent, que, si il avait une belle signature, il en faisait un usage assez douteux. J'ai une signature également fort belle, surtout quand je m'applique à la par-