Î48 APOTHÉOSE
Si je ne l'aï pas demandée plus tôt, c'est d'abord que le moment n'était pas venu. On me l'aurait refusée, il y a vingt ans, quoique la mode commençât à en prendre. Attendre ? Je pourrais mourir, je n'en jouirais pas. Or je désire en jouir. Ah ! quel plaisir ce doit être !
On arrive négligemment, comme par hasard, au confluent de deux rues populeuses, et l'on se heurte à quelque chose de dur : c'est un socle. Comme on est toujours un peu myope en ce monde, on agrafe son lorgnon, on lève la tête, et, sur un fond de nuages, on aperçoit un raccourci. D'abord des souliers, puis un pantalon, puis un ventre, et enfin, sur ce ventre, une tête. Telle une petite boule sur une grosse.
Dans le premier étonnement, on n'ose d'abord se reconnaître. On recule, on prend son point de vue, et l'on s'écrie :
— Mais c'est ma statue !... Dors-je?... Oui, c'est bien moi, moi-même en matière précieuse, au sein des nuées!... Ah! mes chers compatriotes!... Quel grand pays!... Voilà ce que c'est, jeunes gens, que de bien payer ses contributions.
J'imagine qu'il doit y avoir là une joie aiguë, une titillation prodigieuse peut-être. Qu'importe après cela si des gavroches effrontés vous en font