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LES VAUDOIS

Entre les massifs glacés du Thabor, du Pelvoux et du Viso, les Alpes se creusent profondément. Là, s’ouvre une série de vallées qui communiquent les unes avec les autres’ et dont les habitants possèdent, depuis des siècles, les -mêmes mœurs, le même langage. Déjà, il y a 1800 ans, le roi Cottius les avait réunies sous son sceptre, et la féodalité ne parvint qu’à les scinder en deux contrées : le Briançonnais et les vallées vaudoises.

Placés sur les flancs de la grande voie qui mène de France en Italie, le long de la Durance, et qui redescend la Doire après avoir traversé le mont Genèvre, les indigènes ont dû chercher de tout temps, dans le commerce et l’émigration annuelle, un moyen de contrebalancer la pauvreté de leur sol et l’accroissement de leur nombre : de tout

les vaudois

temps aussi, ils ont dû voir les persécutés des puissances religieuses et politiques venir chercher dans leurs montagnes un asile ignoré. Vivant en présence de la nature alpestre, dont la sublimité réduit à néant les inégalités sociales ; assistant, mais de loin et en spectateurs désintéressés, aux. luttes des grands dont ils ne connaissaient que les victimes ; sans besoins comme sans ambition, ils ont traversé les civilisations diverses en conservant, même aux temps les plus ténébreux de l’histoire, la tradition de l’existence patriarchale des anges bibliques .

De là un mélange d’honnêteté rustique, de finesse mercantile, de culture intellectuelle et de dignité indépendante, qui en a fait des citoyens vertueux mais des sujets souvent incommodes, et qui, au temps où l’umte de foi paraissait essentielle à la constitution des états, a provoqué les persécutions de ceux-là même qui les estimaient.

Albert de ROCHAS.

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