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A BLOIS

faits, il voulut les décorer et, d’essais en essais, il en arriva bientôt à faire construire lui-même un four afin de pouvoir réaliser ce qu’il avait conçu. L’originalité et la vigueur de ses premières œuvres, frappèrent vivement quelques amis très compétents, et attirèrent sur elles l’attention des étrangers. Quelques mois après, on se les arrachait, les commandes affluaient de toutes parts, et Ulysse dut abandonner la peinture pour se livrer à l’industrie nouvelle qui venait d’éclore à La Croix-des-Pèlerins, dans le faubourg du Foix.

N’ayant eu d’abord d’autres guides que les conseils de son potier et les anciens traités qu’il avait pu se procurer sur la matière, il adopta naturellement le procédé des premiers céramistes, et depuis, il a cru devoir le conserver.

Pour la décoration, il ne procède que de lui-même : généralement, il transporte sur la faïence les scènes qui firent le succès de ses toiles; et celui qui aurait la patience de rassembler l’œuvre du

maître, dispersée aujourd’hui aux quatre coins du monde, reconstituerait en même temps le tableau le plus complet et le plus animé de la vie au seizième siècle, depuis les personnages isolés, types de seigneurs, de soldats, de malandrins finement saisis et crânement posés, jusqu’aux grandes compositions historiques telles que la fuite de Charles-Quint dans la nuit du io mai i552, qu’on a admirée au Salon de 1880. L’encadrement des sujets, comme l’ornementation des pièces de moindre importance, est presque toujours puisé dans les motifs de la Renaissance que présentent à profusion les sculptures du château de Blois ; cependant Ulysse s’est quelquefois inspiré des chefs-d’œuvre étrangers ; il a notamment reproduit les fonds bruns plaqués d’or mat des faïences espagnoles et mauresques, ainsi que les arabesques aux tons vifs et aux reflets métalliques italiens du seizième siècle, or et rubis, dont le marquis Ginori a également retrouvé le secret à Doccia. Comme les célèbres céramistes

les faïences

LES FAÏENCES

d’autrefois, l’artiste Blaisois ne se répète jamais; depuis la fondation de son établissement, il a produit plus de 28,000 pièces, dont aucune n’est la copie de l’autre.

Ses formes présentent également une grande variété. Les unes sont remarquables par la pureté des contours ; les autres par leur originalité ; parmi ces dernières, je citerai la bouteille en couronne, les vases en conque marine, les encriers en pirogue et les plats avec bordures à jour.

Ulysse a formé un grand nombre d’élèves; deux d’entre eux, MM. Tortat et Thibault, sont arrivés à se faire un nom à côté du maître.

Tortat, qui a son atelier dans Blois même, se sert également de terre brune et peint sur cru; mais, au lieu d’employer, comme la plupart des céramistes une engobe blanche, il a adopté des fonds de couleur, et spécialement des bleus, qu’il décore soit en camaïeu, soit en vert, soit enfin avec de vigoureuses

LES FAÏENCES

touches blanches, dites blanc fixe. De là des impressions nouvelles, extrêmement agréables, qu’on peut comparer à celles qu’obtiennent les dessinateurs quand au papier blanc ordinaire ils substituent des papiers teintés. Tortat recherche avant tout l’effet décoratif par l’élégance du profil et la grâce des enroulements empruntés à une flore idéale. Les amateurs admirent avec raison ses grandes pièces à fond ivoire, niellées de noir, de jaune et de rouge, mais elles atteignent des prix assez élevés; je signalerai aux simples curieux, parmi les mignons objets, un beau modèle d’encrier et des baguiers en forme de fleurs de lys dont l’ornementation varie à l’infini. M. Tortat a fabriqué, d’après les descriptions de Héron d’Alexandrie, quelques-uns de ces vases à surprise dont les Grecs étaient si amateurs.

Quant à M. Thibault, il est établi à la Chaussée-Saint-Victor, à 4 kilomètres de la ville. Lui, peint sur terre blanche, et il possède à un haut degré

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LES FAÏENCES

toutes les qualités inhérentes à ce procédé : l’éclat des couleurs et la netteté du décor. Il ne s’est jamais inspiré, croyonsnous, des faïences françaises, si ce n’est de celle d’Oiron pour le dessin de ses nielles à la fois si vigoureux et si fins, genre qui lui est bien personnel et dans lequel il excelle comme pour les armoiries et emblèmes héraldiques. Dans un séjour de trois ans qu’il fit en Italie, étant encore fort jeune, il se passionna pour les ornements de la Renaissance italienne dont il pouvait chaque jour admirer et étudier partout les merveilleux spécimens. 11 n’est pas difficile de reconnaître dans son œuvre les grotesques de Pésaro, les candelieri de Castel-Durante, les arabesques en couleur sur fond blanc d’Urbino et les rinceaux capricieux emmêlés d’enfants, d’oiseaux, de monstres, de trophées qui constituent le fond du décor de ces vases, de ces grands plats que les Italiens appellent Piatti da Pompa ; Thibault réussit surtout cette dernière ornementation quand il l’exé-

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