‹ Le livre de demainChapitre 37 sur 136 · TOAST A NOS AÏEUX · texte numérisé non relu

TOAST A NOS AÏEUX

La prière adressée à un saint arrive jusqu’à Dieu; à la mer court l’eau du petit ruisseau ; tout se réunit, tout s’enchaîne, et dans l’amour du foyer le sage discerne l’amour de la patrie; aussi bien vers la splendeur, l’enthousiasme nous transporte, car notre cause est sainte et la France applaudit .

Tous ensemble élevons le verre à la gloire de nos aïeux.

Beaux et fiers chevaliers, venez nous exciter; troubadours aux lèvres mielleuses venez nous inspirer, car, ainsi qu’au temps du paganisme, cela se voit, à cette heure les peuples ont besoin de nouveaux apôtres et puissions-nous être les prêtres courageux et empressés qui ramènent à la maison les enfants oublieux !

A la gloiro-de nos aïeux, tous ensemble choquons le verre.

Traduit littéralement des vers provençaux d' Alphonse TA VAN.

SYMPHONIE EN BLANC MAJEUR

De leur col blanc courbant les lignes.

On voit, dans les contes du Nord,

Sur le vieux Rhin, des femmes-cygnes Nager ea chantant près du bord.

Ou suspendant à quelque branche Le plumage qui les revêt,

Faire luire leur peau plus blanche Que la neige de leur duvet.

De ces femmes, il en est une,

Qui chez nous descend quelquefois, Blanche comme le clair de lune Sur les glaciers, dans les deux froids

Conviant la vue enivrée De sa boréale fraîcheur,

A des régals de chair nacrée,

A des débauches de blancheur 1

SYMPHONIE EN BLANC MAJEUR

Son sein, neige moulée en globe, Contre les camélias blancs Et le blanc satin de sa robe Soutient des combats insolents.

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Dans ces grandes batailles blanches Satins et fleurs ont le dessous,

Et sans demander leurs revanches, Jaunissent comme des jaloux.

Sur les blancheurs de son épaule, Paros au grain éblouissant,

Comme dans une nuit du pôle,

Un givre invisible descend.

De quel mica de neige vierge,

De quelle moelle de roseau.

De quelle hostie et de quel cierge A-t-on fait le blanc de sa peau ?

A*-t-on pris la goutte lactée Tachant l’azur du ciel d’hiver Le lis à la pulpe argentée,

La blanche écume de la mer ;

SYMPHONIE EN BLANC MAJEUR

Le marbre blanc, chair froide et pâle Où vivent les divinités ;

L’argent mat, la laiteuse opale Qu’irisent de vagues clartés ;

L’hermine vierge de souillure,

Qui, pour abriter leurs frissons, Ouate de sa blanche fourrure Les épaules et les blasons ;

Le vif-argent aux fleurs fantasques Dont les vitraux sont ramages ;

Les blanches dentelles des vasques, Pleurs de l’ondine en l’air figés.

L’aubépine de mai qui plie Sous les blancs frimas de ses fleurs ; L’albâtre où la mélancolie Aime à retrouver ses pâleurs ;

Le duvet blanc de la colombe, Neigeant sur les toits du manoir,

Et la stalactite qui tombe,

Larme blanche de l’antre noir ?

4 SYMPHONIE EN BLANC MAJEUR

Des Groënlands et des Norvéges Vient-elle avec Séraphita ?

Est-ce la Madone des neiges, .

Un sphinx blanc que l’hiver, sculpta.

Sphinx enterré par l’avalanche, Gardien des glaciers étoilés,

Et qui, sous sa poitrine blanche, Cache de blancs secrets gelés ?

Sous la glace où, calme, il repose, Oh ! qui pourra fondre ce cœur !

Oh ! qui pourra mettre un ton rose Dans cette implacable blancheur ! ..

Théophile GAUTIER.

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