‹ Le livre de demainChapitre 69 sur 136 · Livre mignon, vêtu d’argent sur parchemin · texte numérisé non relu

Livre mignon, vêtu d’argent sur parchemin

L’un de ces lins travaux d’ancienne orfèvrerie Où se sentent l’audace et la peur de la main J’ai trouvé cette fleur flétrie.

On voit qu’elle est très- vieille au vélin traversé Par sa profonde empreinte où la sève a percé.

Il se pourrait qu’elle eût trois cents ans ; mais n’importe. Elle n’a rien perdu qu’un peu de vermillon,

Fard qu’elle eût vû tomber même avant d’être morte, Qui ne brille qu’un jour, et que le papillon En passant, d'un coup d’aile emporte.

Elle n’a pas perdu de son cœur un pistil,

Ni du frêle tissu de sa corolle un fil ;

La page ondule encore où sécha la rosée De son dernier matin, mêlée à d’autres pleurs ;

La mort en la cueillant l’a seulement baisée Et, soigneuse, n’a fait qu’éteindre ses couleurs Mais ne l’a pas décomposée.

Une mélancolique et subtile senteur,

Pareille au souvenir qui moDte avec lenteur,

L’arôme du secret dans les cassettes closes,

Révèle l’âge ancien de ce mystique herbier ;

11 semble que les jours se parfument des choses Et qu’un passé d’amour ait l'odeur d’un sentier Où le vent balaya des roses.

Et peut-être, dans l’air sombre et léger du soir,

Un cœur, comme une flamme, autour du vieux fermoir, S’efforce, en palpitant, de se frayer passage;

Et chaque soir peut-être il attend Y Angélus Dans l'espoir qu’une main viendra tourner la page Et qu’il pourra savoir si rien ne reste plus De la fleur qui fut son hommage.

Eh bien ! rassure-toi, chevalier, qui partais Pour combattre à Pavie et ne revînt jamais ;

Ou page qui, tout bas, aimant comme on adore,

Fis un aveu d’amour d’un Ave Maria.

Cette fleur qui mourut sous des yeux que j’ignore, Depuis les trois cents ans qu’elle repose là Où tu l’as mise, elle est encore.

SULLY-PRU DHOMME,

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LA DEMOISELLE

Sur la bruyère arrosée De rosée ;

Sur le buisson d’églantier ; Sur les ombreuses futaies :

Sur les haies

Croissant au bord du sentier

Sur la modeste et petite Marguerite

Qui penche son front rêvant Sur le seigle, verte houle Que déroule Le caprice ailé du vent ;

Sur les prés, sur la colline Qui s’incline Vers le champ bariolé De pittoresques guirlandes ;

Sur les landes,

Sur le grand orme isolé ;

LA DEMOISELLE

La demoiselle se berce ;

Et s'il perce

Dans la brume, au bord du ciel, Un rayon d’or qui scintille,

Elle brille

Gomme un regard d’Ariel.

Traversant, près des charmilles, Les familles

Des bourdonnants moucherons Elle se mêle à leur ronde Vagabonde

Et comme eux décrit des ronds

Bientôt elle vole et joue Sur la roue

Du jet d'eau qui, s’élançant Dans les airs, retombe, roule, Et s’écoule

En un ruisseau bruissant.

Plus rapide que la brise Elle frise,

Dans son vol capricieux, L’eau transparente où se mire Et s’admire

Le saule au front soucieux.

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LA DEMOISELLE

Et quand la grise hirondelle Auprès d’elle

Passe, et ride à plis d’azur.

Dans sa chasse circulaire.

L’onde claire.

Elle s’enfuit d’un vol sûr.

Bois qui chantent, fraîches plaines D’odeurs pleines,

Lacs de moire, coteaux bleus.

Ciel où le nuage passe,

Large espace,

Monts aux rochers anguleux ;

Voilà l’immense domaine Où promène

Ses caprices, fleur des airs,

La demoiselle nacrée,

Diaprée

De reflets roses et verts.

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