‹ Le livre de demainChapitre 84 sur 136 · A MA ROBE DE CHAMBRE · texte numérisé non relu

A MA ROBE DE CHAMBRE

Il faut donc te quitter, ô ma robe de chambre, Toi les os de mes os et la chair de ma chair,

Toi dont les larges plis, quand revenait décembre, Me rendaient presque doux le retour de l’hiver.

Le ciel m’en est témoin ! pour retarder cette heure, Pour réparer, le soir, les brèches du matin, J’avais en atelier converti ma demeure ;

Mais aiguille, mains, fil, se lassèrent enfin.

Hélas! il est donc vrai, tout s’use dans ce monde, La laine par le ver, la rive par le flot,

Et sous le même auvent pendent à la rotonde Et le manteau de pair et l’humble paletot.

Tu n’auras pas, du moins, à subir cet outrage : Un vieux bahut sculpté deviendra ton cercueil, Et celle à qui le sort garde ton héritage Pour moi sera longtemps une robe de deuil.

Car, visages, habits, — la froide expérience,

Qui plus tôt, qui plus tard, nous amène tous là, — Pour les nouveaux venus j’ai de la méfiance :

Ce n’est pas très-chrétien, mais c’est comme cela.

Fortuné PIN.

Apt.

Page 1