LA BATAILLE DE ROCROI
Figurez-vous : Un bloc de têtes basanées,
Près du chef, vieux, vainqueur depuis soixante années,
La pique au poing, la flamme aux yeux, les rangs serrés Debout, hautain, compacte : q^i rempart de carrés!
Coudé charge lui-même, et charge avec furie...
Quand on voudra, messieurs, de cette infanterie Raconter un exploit qui passe ses exploits,
On dira que Condé dût la charger trois fois,
Qu’il recula trois fois sous cette masse sombre.
Même quand le canon les troue et les dénombre,
Ils nous rendent la mort, et gardent leur terrain. —
Le bronze se brisait aux poitrines d’airain,
On ne vit point fléchir la vivante muraille ;
11 fallut la saper à grands coups de mitraille;
Les derniers résistaient, un à un, corps à corps. . .
Si nous sommes vainqueurs, messieurs, — c'est qu’ils sont morts.
Simone ARNAUD.
O Corse à cheveux plats, que ta France était belle, Au grand soleil de messidor !
C’était une cavale indomptable et rebelle,
Sans frein d’acier ni rênes d’or;
Une jument sauvage à la croupe rustique,
Fumante encor du sang des rois ;
Mais fière, et d’un pied fort heurtant le sol antique, Libre pour la première fois :
Jamais aucune main n’avait passé sur elle Pour la flétrir et l’outrager ;
Jamais ses larges flancs n’avaient porté la selle Et le harnais de l’étranger;
Tout son poil était vierge; et, belle vagabonde, L’œil haut, la croupe en mouvement,
Sur ses jarrets dressée, elle effrayait le monde Du bruit de son hennissement.
Tu parus; et sitôt que tu vis son allure,
Ses reins si souples et dispos,
Centaure impétueux, tu pris sa chevelure,
Tu montas botté sur son dos.
Alors, comme elle aimait les rumeurs de la guerre, La poudre et les tambours battants,
Pour champ de course, alors, tu lui donnas la terre Et des combats pour passe-temps ;
Alors, plus de repos, plus de nuits, plus de sommes, Toujours l’air, toujours le travail,
T oujours comme du sable écraser des corps d’hommes, Toujours du sang jusqu’au poitrail ;
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