‹ Le livre de familleChapitre 1 sur 197 · T. MI · texte numérisé non relu

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vu dis boutiques fort brillantes, et de très - jolies illuminalions. Je ne pourrais jamais vous dire combien il y avait de belles poupées. Ma cousine Lucie ne pouvait se rassasier de les voir. Elle sautait de joie à chaque pas.

iM""' DE VERTEUIL. — Vous avcz fait sans doute de belles emplettes? Ton papa

l'avait douné de l'argent pour avoir Lien appris tes leçons. Voyons, qu'est-ce que tu apportes ?

HENRIETTE. — Mamau , je n'ai apporté qu'une petite bonbonnière de bergamotte pour ma sœur.

M""'DE VERTEUIL. — Tu as doHC micux aimé garder ton argent que de le dépenser ? Ton papa cependant ne te l'avait donné que pour en faire usage.

HENRIETTE. — Aussi m'cu suis-jc servie , ma chère maman. Je n'ai plus rien de reste.

M'"'' DE VERTEUIL. — Qu'cn Rs-tu donc fait ?

HENRIETTE. — Je vais vous conter tout cela. Nous étions occupées , ma cousine et moi , à regarder une jolie boutique. 11 y avait tout près de nous une pauvre femme. Elle avait un petit garçon sur l'un de ses bras , et elle tenait une petite fille par la main. 0 ma chère maman ! ils étaient tous les deux si jolis ! le petit garçon avançait son corps et étendait ses petites mains pour atteindre les joujoux qu'il voyait ; puis il pleurait de ne pouvoir les saisir.

Je me suis alors avancée vers sa mère , et je lui ai dit: Eli bien, la bonne femme, est-ce que vous n'achetez rien pour vos enfaus? H y a tant de choses qui leur feraient plaisir ! et il me semble qu'ils en auraient bonne envie.

Ah ! ma chère petite demoiselle ! m'at-cUe répondu , comment achèlerais-je des joujoux pour mes enfans ? Je serais bien contente d'avoir toujours du pain 'a leur donner. Je ne suis pas venue ici pour leur faire des présens. C'est ma pauvre Louison qui m'a tant pressée de la mener à la foire , que je n'ai pu la refuser. J'ai pensé que la vue n'en coiîtait rien ; et c'était bien le moins que je pusse faire que de leur procurer ce plaisir, puisque je ne suis pas eu état de leur en procurer d'autres. 11 faut que je travaille toute la

journée pour leur donner de temps on temps un morceau de pain , avec un pou de lait ou une mauvaise soupe à midi , cl autant le soir.

Oh ! j'en suis bien fâchée, ai-je dit à la bonne femme ; mais voulez-vous nous permettre de leur acheter quelque chose ? Tenez, voici une poupée que je puis donner à votre fille.

Et moi , a dit Lucie, je puis donner un carrosse ou un tambour au petit garçon.

Los pauvres enfans tressaillaient de joie ; mais leur mère nous a répondu : Ah , mes braves demoiselles , cela est trop beau pour eux. Puisque vous voulez leur faire du bien , voyez , voici l'hiver, et mon petit garçon n'a pas de bas aux jambes , il faut que je les couvre de mou tablier. Pour la pauvre petite Louison , elle n'a plus que cette camisole , qui est près de tomber on lambeaux.

Oh ! s'il ne lient qu'à cela , lui ai-je répliqué, laissez-nous faire. Je me suis alors adressée au maître de la boutique , et je lui ai demandé s'il pourrait nous vendre des bas et des camisoles.

11 s'est mis a sourire d'un air dédaigneux , et il m'a répondu : Non , mademoiselle, je ne vends pas de ces guenilles. Je vous conseille d'employer mieux votre argent.

Comment donc faire? ai'-je dit à Nanette. Oh ! n'en soyez pas en peine, m'at-elle répondu. Je sais une boutique où nous trouverons tout ce qu'il nous faut.

Allons , Nanette , allons ! s'est écriée Lucie.

Et moi , j'ai dit au marchand : Monsieur, s'il nous reste quelque chose, nous achèterons des bonbons et des bijoux ; mais ce ne sera pas des vôtres , puisque vous avez voulu nous détourner de faire du bien à ces pauvres enfans.

Nous avons alors couru vers la boutique où Nanette nous a conduites. La , nous avons acheté deux paires de bas et

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une bonne camisole , que nous avons données à la pauvre femme.

Ce n'est pas lout, ai-jedit : h présent, avez-vous du pain pour ce soir ? Oh , oui ! ma chère demoiselle, m'a-t-elle répondu, j'en ai pour la journée; mais celui de demain , je ne sais guère où le prendre. Allons , Nanette , voyons s'il demeure près d'ici un boulanger. Tiens, voilà de l'argent pour aller acheter quelques pains mollets à la pauvre femme.

Oh non ! je vous prie , mademoiselle , a répondu celle-ci , du pain de seigle , si vous le voulez bien ; c'est assez bon pour nous , et nous en aurons davantage pour le même argent. Je sais ce qu'il vous faut , a dit Nanette, et j'y pourvoirai.

Elle est aussitôt allée chez le boulanger, après nous avoir recommandées à la maîtresse de la boutique où nous étions. Elle n'a pas tardé a revenir avec un grand pain sous le bras. Elle l'a donné à la pauvre femme , qui l'a pris dans son tablier, et s'est mise h pleurer. Ah, maman ! nous pleurions aussi, ma cousine Lucie et moi , et je ne sais guère à quel propos, car nous étions si joyeuses !

Cependant les pauvres enfans regardaient toujours du côté de la première boutique , et ils ne paraissaient pas aussi contens que leur mère,

Lucie s'en est aperçue , et elle m'a dit : Je serais fâchée queles pauvres petits eussent quelque chose à regretter. J'ai encore un peu d'argent de reste , et je leur achèterai un pain d'épice à chacun. Et moi , ai-je ajouté, je leur achèterai à chacun une pou(x%.

Nous sommes allées à une autre boutique où j'ai commencé par acheter cette petite bonbonnière pour ma sœur ; puis nous avons donné h chacun des petits enfans son pain d'épice et sa poupée. Oh ! il aurait fallu voir comme ils ont alors paru joyeux ! c'élait un plaisir de les regarder, La petite Ulle me mangeait les

mains de baisers, et la bonne femme s'est retirée , après nous avoir donné mille bénédictions,

M™*' DE VERTEUIL. — Jcuc tc dcmaudc pas si tu étais alors bien-aise toi-même. HENRIETTE, — Ah , mamau I nous les avons un peu suivis des yeux. Si vous aviez vu avec quel plaisir les enfans grignotaient leur pain d'épice , et comme ils caressaient leur poupée ! Le petit garçon surtout; il bondissait de joie sur les bras de sa mère. J'étais fâchée de ne leur avoir pas acheté une grande quantité de pain d'épice et de joujoux, au lieu de leurs bas et de leur camisole , car ils n'avaient pas l'air de s'en soucier.

M'"^ DE VERTEUIL. — Heureusemeut leur mère a pensé plus prudemment qu'eux et que toi. Car, dis-moi, Henriette, si tu avais bien faim, et que je te donnasse un chariot pour aller courir dans la grande allée, au lieu de te donner quelque chose à manger , serais-tu contente ?

HENRIETTE. — Non ccrtcs , maman; j'aimerais mieux , pour le moment , un morceau de pain sec , que le plus beau chariot.

M""" DE VERTEUIL. — Jc Ic crois aussi. Et si , pendant Thivcr , tu étais obligée de rester dans une chambre sans feu , sans bas aux jambes, et sans camisole, et que je te donnasse , au lieu de tout cela , une belle poupée pour jouer, ne seraistu pas réduite à pleurer de froid? et ne donnerais-tu pas ta poupée pour le moindre vêtement qui pourrait te réchauffer?

HENRIETTE. — Oui , saus doute, m""*" de VERTEUIL, — Eli bicu , il en aurait été de même des petits malheureux, lorsqu'ils seraient rentrés dans leur cabane et qu'ils auraient eu bien faim,

HENRIETTE. — Wais , luamau , ils auraient alors pu manger leur pain d'épice. m'"'' de VERTEUIL. — Oui , ma fille ; mais s'ils en avaient mangé assez pour

apaiser leur faim, ils ea auraient été malades : cela t'aurait fait sûrement de la peine ?

HENRIETTE. — Oli ! oui , vraiment.

M™* DE VERTEUIL. — Et tOUS leS JOU- JOUX que tu leur aurais donnés de plus , les auraient-ils garantis du froid pendant l'hiver?

HENRIETTE. — Hélas ! uon , j'cn conviens.

M™*' DE VERTEUIL. — Tu VOIS doUC

que leur mère était bien plus avisée , en demandant pour eux du pain , une camisole et des bas. Au reste , ma chère fille,

je ne puis m'empêcher de te dire combien je suis satisfaite de l'emploi que tu as fait de ton argent; je ne manquerai pas d'en instruire ton père , qui sûrement t'en aimera davantage, ainsi que moimême.

HENRIETTE. — Oh 1 tant mieux, maman ; c'est ce que je désire le plus.

M™^ DE VERTEUIL. — Tu t'cs privéc de ce que tu aurais pu acheter pour toimême , afin de faire du bien à des malheureux , et pouvoir offrir un petit cadeau a la sœur : voilà un beau jour de foire pour toi.

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